Midnight Sun en Français !!!
Midnight Sun (Soleil de Minuit)
1. Premier regard
C'était le moment de la journée pendant lequel je souhaitais le plus être
capable de dormir.
Le lycée.
Ou était-ce purgatoire le bon mot ? S'il existait une quelconque façon
d'expier mes péchés, cela devait peser assez lourd dans la balance.
L'ennui n'était pas une chose à laquelle je m'habituais ; chaque jour
semblait incroyablement plus monotone que le précédent.
Je suppose que c'était ma forme de sommeil – si le sommeil était
défini comme l'état d'inertie entre deux périodes actives.
Je contemplais les fissures qui couraient le long du mur dans le coin
opposé de la cafétéria, imaginant des motifs qui n'existaient pas. C'était
une façon d'affaiblir les voix qui formaient un brouhaha, comme le flot
d'une rivière, à l'intérieur de ma tête.
J'ignorais plusieur centaines de ces voix par pur ennui.
En ce qui concernait l'esprit humain, j'avais déjà tout entendu.
Aujourd'hui, toutes les pensées étaient tournées vers l'insignifiant drame
d'un nouvel ajout au petit corps étudiant du lycée.
Il en fallait si peu pour les exciter tous. J'avais vu le nouveau visage
répété, pensée après pensée, sous tous les angles.
Rien d'autre qu'une humaine ordinaire. L'excitation à propos de son
arrivée était péniblement prévisible – comme si l'on montrait un objet
brillant à un enfant. La moitié des garçons, se comportant comme des
moutons, s'imaginaient déjà amoureux d'elle, simplement parce qu'elle
était quelque chose de nouveau à regarder. J'essayais encore plus de faire
la sourde oreille.
Il n'y avait que quatre voix que je bloquais par courtoisie plus que
par dégoût : ma famille, mes deux frères et mes deux s½urs, qui étaient
tellement habitués au manque d'intimité en ma présence qu'ils y pensaient
rarement. Je leurs donnais autant d'intimité que possible. J'essayais de
ne pas écouter si je pouvais m'en empêcher.
J'essayais tant que je pouvais, n'empêche que... je savais.
Rosalie pensait, comme d'habitude, à elle-même. Elle avait aperçu le
reflet de son profil dans les lunettes de quelqu'un et méditait à présent
sur sa propre perfection. Son esprit était une mare peu profonde, sans
beaucoup de surprises.
Emmett rageait à propos d'un match de catch qu'il avait perdu la nuit
précédente contre Jasper. Il lui faudrait toute sa patience limitée pour
attendre la fin de la journée afin d'organiser une revanche. Je ne m'étais
jamais senti gêné en entendant les pensées d'Emmett, car il ne pensait à
rien qu'il ne dise ensuite à voix haute ou ne mette en ½uvre.
Peut-être me sentai-je coupable de lire les pensées des autres seulement
parce que je savais qu'ils contenaient des choses qu'ils n'avaient pas
envie que je sache. Si l'esprit de Rosalie était une mare peu profonde,
celui d'Emmett était un lac sans zones d'ombre, parfaitement limpide.
Et Jasper... souffrait. Je réprimais un soupir.
Edward. Alice avait pensée mon prénom, et obtint immédiatement mon
attention.
C'était comme si elle m'avait appelé à voix haute. J'étais heureux que mon
prénom ne soit plus à la mode – ça aurait étè agaçant. A chaque fois que
quelqu'un aurait pensé à un quelconque Edward, ma tête aurait pivoté
automatiquement...
Pourtant cette fois-là, je ne tournai pas la tête. Alice et moi
étions doués pour ces conversations privées. Il était rare que quelqu'un
nous surprenne. Je gardais les yeux fixés sur les lignes du mur.
Comment va-t-il ? demanda-t-elle.
Je grimaçais, seulement une petite altération au coin de ma bouche.
Rien qui pourrait interpeller les autres. Je pouvais très bien grimacer
d'ennui.
La voix mental d'Alice était alarmée à présent, et je vis dans son
esprit qu'elle surveillait Jasper de sa vision périphérique.
Y a-t-il un danger ?
Elle cherchait dans le futur immédiat, survolant les visions de monotonie
pour découvrir la raison de ma grimace.
Je tournais lentement la tête vers la gauche, comme si je regardais
les briques au mur, soupirai, et revins vers la droite en fixant les
fissures du plafond. Seule Alice savait que j'étais en train de secouer la
tête.
Elle se relaxa.
Dis-moi s'il va trop mal.
Je ne bougeai que les yeux, vers le plafond au-dessus de moi, puis
les baissaient.
Merci de faire ça.
J'étais heureux de ne pas avoir à répondre à voix haute. Qu'aurai-je
dit ? "Tout le plaisir est pour moi"? Ce n'était pas le cas. Je n'aimais
pas avoir à écouter les luttes internes de Jasper. Etait-il vraiment
nécessaire de le tester ainsi ? Le chemin le plus sûr ne serait-il pas
d'admettre simplement qu'il ne serait jamais capable de contrôler sa soif
comme nous, et de ne pas se pousser dans ses retranchements?
Pourquoi flirter avec le désastre ?
Cela faisait deux semaines que nous n'avions pas chassé. Ce n'était
pas une période trop longue pour le reste d'entre nous. Un peu incommode
de temps en temps – si un humain marchait trop près, si le vent soufflait
dans la mauvaise direction. Mais les humains marchaient rarement trop
près. Leur instinct leur disait ce que leur esprit conscient n'admettrait
jamais : nous étions dangereux.
Jasper était très dangereux à cet instant précis.
A ce moment, une fille de petite taille s'arrêta au bout de la table
la plus proche de la nôtre, parlant à une amie. Elle ébouriffa ses cheveux
courts, couleur sable, en passant ses doigts dedans. Les ventilateurs
envoyèrent son parfum dans notre direction. J'avais l'habitude des effets
que cette odeur avait sur moi – la douleur sèche dans ma gorge, le creux
languissant dans mon estomac, la contraction automatique de mes muscles,
l'afflux de venin dans ma bouche...
Tout cela était normal, habituellement facile à ignorer. C'était plus
dur à présent, avec des sensations plus fortes, doublées, puisque je
ressentais la réaction de Jasper. Deux soifs, au lieu de la mienne seule.
Jasper laissait son imagination l'emporter. Il se le représentait –
se représentait se levant de sa chaise près d'Alice pour se placer près de
la fille. Il pensait à se pencher vers elle, comme s'il allait lui
murmurer à l'oreille, à laisser ses lèvres toucher la courbe de sa gorge.
Imaginant quel goût aurait le flot chaud du pouls qui battait sous la peau
fine une fois dans sa bouche...
Je donnai un coup dans sa chaise.
Il me regarda dans les yeux un instant avant de baisser le regard. Je
pouvais entendre la honte le disputer à la rébellion dans sa tête.
- Désolé, marmonna-t-il.
Je haussai les épaules.
- Tu n'allais rien faire, lui murmura Alice, apaisant son chagrin. Je
pouvais le voir
Je retins la grimace qui aurait trahi son mensonge. Nous devions nous
serrer les coudes, Alice et moi. Ce n'était pas facile d'entendre des
voix ou d'avoir des visions du futur. Tous deux des monstres parmi ceux
qui étaient déjà des monstres. Chacun protégeait les secrets de l'autre.
- Ça aide si tu penses à eux en tant que personnes, suggéra Alice, sa
voix haute et musicale trop rapide pour les oreilles humaines, si l'un
d'entre eux avait été assez près pour nous entendre. "Elle s'appelle
Whitney. Elle a une petite s½ur, un bébé, qu'elle adore. Sa mère avait
invité Esmé à cette garden party, tu te souviens ?"
- Je sais qui elle est" répondit-il sèchement. Il se tourna pour
regarder à travers une des petites fenêtres qui étaient placées juste sous
l'avant-toit, tout le long de la salle. Le ton de sa voix mit un terme à
la conversation.
Il devrait chasser cette nuit. Il était ridicule de prendre des
risques comme cela, à tester sa force, construire son endurance. Il
devrait accepter ses limites et apprendre à faire avec. Ses anciennes
habitudes n'étaient pas favorables au mode de vie que nous avions choisi ;
il ne devait pas poursuivre dans ce chemin-là.
Alice soupira silencieusement et se leva, emportant son plateau – son
accessoire, en fait –avec elle et le laissant seul. Elle savait qu'elle
l'avait assez encouragé. Bien que la relation de Rosalie et Emmett soit
plus flagrante, c'étaient Alice et Jasper qui connaissaient l'humeur de
l'autre aussi bien que la leur.
Comme s'ils pouvaient également lire dans les pensées – bien que ce
ne soit que dans celles de l'autre.
Edward Cullen.
Je réagis par réflexe. Je me tournai vers l'endroit d'où on m'avait
appelé, bien que mon nom n'aie pas été prononcé, seulement pensé.
Mon regard croisa pendant une fraction de seconde une paire de grands
yeux humains marron chocolat, appartenant à un visage pâle en forme de
c½ur. Je connaissais ce visage, bien que je ne l'aie encore jamais vu. Il
avait été présent dans presque toutes les têtes humaines aujourd'hui. La
nouvelle élève, Isabella Swan. Fille du chef de police de la ville, amenée
à vivre ici par quelque nouvelle situation de garde. Bella. Elle avait
corrigé tous ceux qui avaient utilisé son nom en entier...
Je détournai le regard, ennuyé. Il me fallut une seconde pour réaliser que
ce n'était pas elle qui avait pensé mon nom.
Evidemment, elle craque déjà sur les Cullen, entendis-je la première
pensée continuer.
Maintenant je reconnaissais la "voix". Jessica Stanley – cela faisait
un moment qu'elle ne m'avait pas importuné avec son bavardage interne.
Quel soulagement c'avait été quand elle avait laissé tomber l'intérêt mal
placé qu'elle m'avait un temps porté. Il avait été presque impossible
d'échapper à ses constantes et ridicules rêveries. J'avais souhaité, à
l'époque, pouvoir lui expliquer exactement ce qui lui serait arrivé si mes
lèvres, et les dents qui étaient derrière, s'étaient approchées d'elle.
Cela aurait fait taire ces ennuyeux fantasmes. La pensée de sa réaction me
fit presque sourire.
Grand bien lui fasse, continua Jessica. Elle n'est même pas jolie. Je
me demande pourquoi Eric la regarde autant... ou Mike.
Elle tressaillit mentalement sur le dernier prénom. Son nouveau
béguin, le très populaire Mike Newton, ne lui prêtait aucune attention.
Apparemment, il n'était pas aussi insensible à la nouvelle. A nouveau
comme l'enfant et son objet brillant. Cela envenima les pensées de
Jessica, bien qu'elle se montrât très cordiale envers la nouvelle venue,
pendant qu'elle lui racontait les histoires communes sur ma famille. La
nouvelle élève avait dû lui poser des questions sur nous.
Tout le monde me regarde aussi, aujourd'hui, pensa-t-elle avec
suffisance. Si ce n'est pas de la chance que j'aie deux cours avec elle...
Je parie que Mike va vouloir me demander ce qu'elle-
J'essayai de bloquer ses jacassements ineptes avant que sa
mesquinerie et son insignifiance ne me rendent fou.
- Jessica Stanley est en train d'étaler tout le linge sale de la
famille Cullen à la nouvelle fille Swan murmurai-je à Emmett pour le
distraire.
Il gloussa. J'espère qu'elle le fait bien, pensa-t-il.
- Assez peu original, en fait. Juste le minimum de scandale. Pas une
once d'horreur. Je suis un peu déçu.
Et la nouvelle ? Elle est déçue par les ragots aussi ?
J'essayai d'entendre ce que cette nouvelle, Bella, pensait des
commérages de Jessica. Que voyait-elle quand elle regardait l'étrange
famille à la pâleur de craie qui était universellement évitée ?
Il était en quelque sorte de ma responsabilité de connaître sa réaction.
Je me comportais comme un guetteur – à défaut d'un meilleur mot – pour ma
famille. Pour nous protéger. Si jamais quelqu'un devenait suspicieux,
j'étais prévenu et nous permettais un repli facile. Cela arrivait de temps
en temps – un humain à l'imagination active nous voyait comme les
personnages d'un livre ou d'un film. Généralement ils se trompaient, mais
il était plus sûr de s'installer ailleurs plutôt que de risquer un examen
approfondi. Très, très rarement, quelqu'un devinait. Nous ne lui laissions
alors pas la chance de vérifier son hypothèse. Nous disparaissions
simplement, pour ne plus devenir qu'un souvenir terrifiant...
Je n'entendis rien, bien que j'écoutasse ce qu'il y avait autour du
frivole monologue interne de Jessica qui continuait de s'écouler. C'était
comme s'il n'y avait personne assis à côté d'elle. Comme c'était étrange,
la fille avait-elle bougé ? Cela n'était pas plausible, puisque Jessica
jacassait toujours. Je me tournai pour vérifier, feignant de me balancer
sur ma chaise. Vérifier ce que me disait mon "écoute supplémentaire" était
quelque chose que je n'avais encore jamais fait.
Encore une fois, mon regard rencontra les mêmes grands yeux marron.
Elle était assise exactement à la même place, en train de nous regarder,
chose que je trouvais naturelle puisque Jessica continuait à la régaler
des rumeurs locales sur les Cullen.
Penser à nous aurait également été une chose naturelle à faire.
Mais je n'entendais pas le moindre murmure.
Ses joues se teintèrent d'un rouge invitant, chaud, alors qu'elle
baissait les yeux, loin de la gaffe embarrassante de s'être fait prendre à
fixer un inconnu. Heureusement que Jasper était toujours en train de
regarder par la fenêtre. Je n'aimais pas imaginer l'effet que cette
accumulation de sang aurait eu sur son contrôle.
Les émotions sur son visage avaient été aussi claires que si elles
avaient été écrites en toutes lettres sur son front : de la surprise,
tandis qu'elle observait inconsciemment les subtiles différences entre son
espèce et la mienne, de la curiosité, à l'écoute des histoires que lui
racontait Jessica, et quelque chose de plus... de la fascination ? Cela
n'aurait pas été la première fois. Pour elles, nos proies désignées, nous
étions magnifiques. Et enfin, de l'embarras quand je l'avais surprise à me
regarder. Et pourtant, bien que ses pensées aient été aussi claires dans
ses yeux étranges – étranges de par leur profondeur ; les yeux marrons
semblant généralement inexpressifs tant ils étaient foncés – seul le
silence me provenait de l'endroit où elle était assise. Rien du tout.
J'eus un court instant de malaise.
Je n'avais jamais rencontré cela auparavant. Avais-je un problème ?
Je me sentais pourtant exactement comme d'habitude. Tracassé, j'écoutai
plus fort.
Toutes les voix que j'avais bloquées se mirent à crier dans ma tête.
... me demande quelle musique elle aime... Je pourrais peut-être lui parler de
ce nouveau CD...pensait Mike Newton, deux tables plus loin – les yeux rivés
sur Bella Swan.
Regardez-le la guigner. Ça ne lui suffit pas que la moitié des filles
du lycée soient à ses pieds et n'attendent que... Les pensées d'Eric Yorkie
étaient sulfureuses, et tournaient également autour de la fille.
... tellement éc½urant. C'est comme si elle était célèbre ou...Même
Edward Cullen la regarde... Lauren Mallory était si jalouse que son visage
devait être à présent d'un jade foncé. Et Jessica, affichant sa nouvelle
meilleure amie. Laissez-moi rire... Le vitriol continuait à suinter des
pensées de la fille.
... parie que tout le monde lui a déjà demandé ça. Mais j'aimerais lui
parler. Il faut que je trouve une question plus originale... songeait Ashley
Dowling.
... peut-être qu'elle sera dans mon cours d'espagnol... espérait June
Richardson.
... des tonnes à faire ce soir. Trigonométrie, et le devoir d'anglais.
J'espère que Maman... Angela Weber, une fille discrète, dont les pensées
étaient inhabituellement gentilles, était la seule à la table qui n'était
pas obsédée par cette Bella.
Je les entendais tous, entendais chaque chose insignifiante qu'ils
pensaient au moment où elle leur traversait l'esprit. Mais rien du tout de
la part de la nouvelle élève aux yeux si trompeusement communicatifs.
Evidemment, je pouvais entendre ce qu'elle disait quand elle parlait
à Jessica. Pas besoin de lire dans ses pensées pour entendre sa voix basse
et claire à l'autre bout de la cafétéria.
- Qui c'est, ce garçon aux cheveux blond roux ? l'entendis-je
demander, me jetant un regard du coin de l'½il avant de se tourner
rapidement quand elle vit que je l'observais toujours.
Si j'avais eu le temps d'espérer que le ton de sa voix pourrait m'aider à
identifier ses pensées, perdues quelque part où je ne pouvais les
atteindre, je fus instantanément déçu. D'habitude, les pensées des gens
leur venaient avec le même ton que leurs voix physiques. Mais cette voix
discrète et timide ne m'était pas familière, pas comme les centaines de
pensées qui rebondissaient partout dans la cafétéria, en tout cas.
Entièrement nouvelle.
Oh, bonne chance, idiote ! pensa Jessica avant de répondre à la
question de la fille.
- C'est Edward. Il est superbe, mais inutile de perdre ton temps.
Apparemment aucune des filles d'ici n'est assez bien pour lui." Elle
renifla.
Je détournai la tête pour cacher mon sourire. Jessica et ses
camarades de classe n'avaient aucune idée de la chance qu'elles avaient,
qu'aucune d'entre elles ne m'attire particulièrement. Derrière l'humour
passager, je ressentis une impulsion étrange, que je ne compris pas
clairement. Cela avait un rapport avec les pensées venimeuses de Jessica,
dont la nouvelle n'avait pas conscience... Je sentis l'urgence inexplicable
de m'interposer entre elles, de protéger cette Bella Swan des rouages
sombres qui tournaient dans l'esprit de son interlocutrice. Quel sentiment
étrange. Essayant de déchiffrer les motivations qui se cachaient derrière
mon impulsion, j'examinai la nouvelle une fois de plus.
Peut-être était-ce seulement une sorte d'instinct protecteur qui
ressurgissait – le fort pour le faible. Cette fille semblait plus fragile
que ses nouveaux camarades. Sa peau était si translucide qu'il était
difficile de croire qu'elle puisse lui offrir une quelconque protection
contre le monde extérieur. Je pouvais voir la pulsation rythmique du sang
dans ses veines à travers sa fine et pâle membrane...Mais je ne devais pas
me concentrer là-dessus. J'étais assez bon dans cette vie que j'avais
choisie, mais j'avais aussi soif que Jasper et il ne servait à rien de se
laisser tenter.
Il y avait une légère ride entre ses sourcils dont elle ne semblait
pas avoir conscience.
C'était incroyablement frustrant ! Je pouvais clairement voir que
c'était une torture pour elle d'être assise là, à faire la conversation
avec des inconnus, le centre de toutes les attentions. Je pouvais sentir
sa timidité à la façon dont elle tenait ses frêles épaules, très
légèrement voûtées, comme si elle s'attendait à une rebuffade d'un moment
à l'autre. Mais je ne pouvais que sentir, que voir, qu'imaginer. Rien
d'autre que le silence en provenance de cette fille banale. Je ne pouvais
rien entendre. Pourquoi ?
- On y va ? murmura Rosalie, interrompant mes interrogations.
Je me détournai de la fille avec un sentiment de soulagement. Je ne
voulais pas continuer à faillir ainsi – cela m'irritait. Et je ne voulais
pas développer de l'intérêt pour ses pensées cachées simplement parce
qu'elles m'étaient illisibles. Sans aucun doute, quand je les
déchiffrerais – car je finirais bien par trouver un moyen de le faire –
elles se révèleraient aussi futiles et insignifiantes que n'importe
quelles pensées humaines. Cela ne valait pas l'effort que je fournirais
pour les atteindre.
- Alors, la nouvelle a peur de nous maintenant ? demanda Emmett,
attendant toujours une réponse à la question qu'il avait posée.
Je haussai les épaules. Emmett n'était pas intéressé au point de
demander des informations supplémentaires. Je n'étais pas censé être
intéressé non plus, d'ailleurs.
Nous nous levâmes et quittâmes la cafétéria.
Emmett, Rosalie et Jasper faisaient semblant d'être en terminale ;
ils se dirigèrent vers leurs classes. Je jouais un rôle plus jeune que le
leur. Je partis vers mon cours de biologie avancée, me préparant
mentalement à subir un ennui profond pendant le reste de la journée. Je
doutais que M Banner, un homme d'intelligence moyenne, puisse trouver quoi
que ce soit dans ses livres qui puisse surprendre quelqu'un ayant passé –
et obtenu – deux fois le diplôme de médecine.
Une fois dans le labo de biologie, je m'installai sur ma chaise et
éparpillai mes manuels – encore des accessoires ; ils ne contenaient rien
que je ne sache déjà – sur ma table. J'étais le seul élève qui disposait
d'une paillasse pour lui seul. Les humains n'étaient pas assez
intelligents pour savoir qu'ils me craignaient, mais leur instinct de
survie leur suffisait pour se tenir loin de moi.
La pièce se remplit lentement, au fur et à mesure que les autres
finissaient de manger. Je me balançai sur ma chaise en attendant que le
temps passe. Je souhaitai encore une fois être capable de dormir.
Comme je pensais à elle, quand Angela Weber rentra avec la nouvelle,
son nom attira mon attention.
Bella a l'air aussi timide que moi... j'aimerais pouvoir lui dire
quelque chose... mais je vais avoir l'air stupide...
Ouais ! pensa Mike Newton en se tournant pour voir la fille rentrer.
Et toujours rien de la part de Bella Swan. L'espace vide où ses
pensées auraient dû être m'irritait et me troublait.
Elle se rapprocha, traversant l'allée qui longeait ma table pour
atteindre le bureau du professeur. La pauvre ; le seul siège libre était à
côté de moi. Automatiquement, je définis ce qui serait sa place en
empilant mes livres en une pile bien nette. Je doutais qu'elle se sente à
l'aise près de moi. Elle était ici pour un long semestre dans cette
classe, au moins. Peut-être que, étant plus près d'elle, je serais capable
de lui soutirer ses secrets... Non pas que j'aie déjà eu besoin de proximité
avant... Ce n'était pas comme si j'allais trouver quoi que ce soit
susceptible de m'intéresser.
Bella Swan se retrouva au milieu du courant d'air que produisaient
les ventilateurs.
Son odeur me heurta comme une balle dévastatrice, comme un bélier
furieux. Il n'y avait pas d'image assez puissante pour décrire la force de
ce qui m'arrivait.
A cet instant, je n'avais plus rien à voir avec l'humain que j'avais
un jour été ; pas une trace des lambeaux d'humanité que je m'efforçais de
conserver.
J'étais le prédateur. Elle était ma proie. Il n'y avait plus rien au
monde que cette vérité.
Il n'y avait plus de salle pleine de témoins – ils étaient déjà des
dommages collatéraux dans mon esprit. Le mystère de ses pensées était
oublié. Elles ne signifiaient plus rien, puisque dans quelques secondes
elle ne penserait plus.
J'étais un vampire, et elle avait le sang le plus parfumé que j'aie
senti en quatre-vingts ans.
Je n'aurais jamais pu imaginer qu'une telle odeur puisse exister. Si
je l'avais su, je serais parti à sa recherche il y a longtemps. J'aurais
passé la planète entière au peigne fin pour elle. J'en imaginais déjà le
goût...
La soif me brûla la gorge comme un feu ardent. Ma bouche était
brûlante et desséchée. Le flot de venin frais ne fit pas disparaître cette
sensation. Mon estomac se tordit sous l'effet de la faim, conséquence de
ma soif. Mes muscles se bandèrent, prêts à l'action.
Une seconde à peine avait passé. Elle effectuait toujours l'enjambée
qui avait envoyé son odeur dans mes narines.
Au moment où son pied toucha le sol, elle se tourna vers moi, dans un
mouvement qu'elle espérait furtif. Son regard croisa le mien, et je vis
mon reflet dans le grand miroir de ses yeux.
Le choc du visage que j'y vis sauva sa vie pour quelques secondes
épineuses.
Elle ne me rendit pas les choses faciles. En constatant l'expression
de mon visage, le sang afflua une fois de plus à ses joues, leur donnant
la plus belle couleur que j'aie jamais vue. Son odeur était un nuage épais
dans ma tête. Je pouvais à peine penser à autre chose. Mes pensées
rageaient, résistant à mon contrôle, incohérentes.
Elle marchait plus vite à présent, comme si elle avait compris
qu'elle devait s'échapper. Sa hâte la rendit maladroite – elle trébucha
sur un livre et tituba, manquant de justesse de tomber sur la fille assise
à la table devant moi. Vulnérable, faible. Plus que normal pour un humain.
J'essayai de me concentrer sur le visage que j'avais vu dans ses
yeux, un visage que j'avais reconnu avec révulsion. Le visage du monstre
en moi – le visage que j'avais réduit à l'impuissance grâce à des
décennies de discipline et de contrôle intransigeants. Avec quelle
facilité il était soudain remonté à la surface !
L'odeur tourbillonna autour de moi à nouveau, dispersant mes pensées
et manquant de me propulser hors de mon siège.
Non.
Ma main s'agrippa au bord de la table tandis que je tentais de rester
sur ma chaise. Le bois ne se montrait pas très coopératif. Ma main écrasa
le support et je me retrouvai avec une écharde entre les doigts, laissant
l'empreinte de ma main dans le bois qui restait.
Détruire l'évidence. C'était une règle fondamentale. Je pulvérisai
rapidement les bords de l'empreinte du bout de mes doigts, ne laissant
plus qu'un trou irrégulier en une pile de copeaux sur le sol, que
j'éparpillai du pied.
Détruire l'évidence. Dommages collatéraux...
Je savais ce qui allait se passer à présent. La fille n'aurait
d'autre choix que de s'asseoir à côté de moi, et je serais obligé de la
tuer.
Les innocents spectateurs de la classe, dix-huit adolescents et un
adulte, ne seraient pas autorisés à sortir de la salle, ayant vu ce qu'ils
allaient bientôt voir.
Je tressaillis à l'idée de ce que j'allais devoir faire. Même dans
mes pires moments, jamais je n'avais commis une telle atrocité. Je n'avais
jamais tué d'innocents, pas un en huit décennies. Et voilà qu'à présent je
planifiais d'en supprimer une vingtaine d'un coup.
Le visage du monstre dans le miroir me regarda d'un air narquois.
Même si une partie de moi frissonnait en pensant au monstre, une
autre se réjouissait de ce que je préparais.
Si je tuais la fille en premier, je n'aurais que quinze ou vingt
secondes avec elle avant que les humains dans la pièce ne réagissent.
Peut-être un peu plus, s'ils ne se rendaient pas tout de suite compte de
ce que je faisais. Elle n'aurait pas le temps de crier ou d'avoir mal ; je
ne la tuerais pas cruellement. C'était tout ce que je pouvais offrir à
cette étrangère au sang si horriblement désirable.
Mais dans ce cas, je devrais empêcher les autres de s'échapper. Je
n'aurais pas à m'inquiéter des fenêtres, trop petites et hautes pour
permettre à quiconque de s'échapper. Seulement la porte – si je la
bloquais, ils étaient piégés.
Cela serait plus lent et plus compliqué, essayer de les prendre tous
alors qu'ils seraient paniqués en train de se bousculer, au milieu du
chaos. Assez de temps pour qu'il y ait beaucoup de cris. Quelqu'un
entendrait... et je serais forcé de tuer encore plus d'innocents pendant
cette heure sombre.
Et son sang refroidirait pendant que je serais occupé à tuer les
autres.
L'odeur me punit, fermant ma gorge d'une douleur sèche...
Les témoins d'abord alors.
Je me représentai mentalement la pièce. J'étais au milieu, dans la
rangée la plus éloignée de la porte. Je m'occuperais du côté droit en
premier. J'estimais pouvoir briser quatre ou cinq nuques par seconde. Cela
ne ferait pas de bruit. Le côté droit aurait de la chance ; il ne me
verrait pas venir. Le temps de faire toute la rangée de gauche, il me
faudrait, au plus, cinq secondes pour mettre un terme à toutes les vies
présentes dans le labo.
Assez longtemps pour que Bella Swan voie brièvement ce qui allait lui
arriver. Assez longtemps pour qu'elle ait peur. Assez longtemps,
peut-être, si le choc ne la pétrifiait pas sur place, pour qu'elle pousse
un cri. Un cri ténu qui ne ferait accourir personne.
Je pris une profonde inspiration, et l'odeur fut un feu qui parcourut
mes veines sèches, incendiant ma poitrine pour consumer toute parcelle de
la bonté dont j'étais capable.
Elle se retournait. Dans quelques secondes, elle ne se tiendrait qu'à
quelques centimètres de moi.
Le monstre dans ma tête sourit à l'avance.
Quelqu'un ferma bruyamment son classeur quelque part sur ma gauche.
Je ne levai pas les yeux pour voir lequel de ces humains voués à
disparaître était à la source du bruit. Mais le mouvement m'envoya une
bouffée d'air ordinaire, dépourvu d'odeur.
L'espace d'une seconde, je fus capable de réfléchir clairement.
Pendant cette précieuse seconde, deux visages s'imposèrent à ma vue, côte
à côte.
L'un était le mien, ou plutôt ce qu'il avait un jour été : le monstre
aux yeux rouges qui avait tué tant de gens que j'avais cessé de les
compter. Des meurtres rationnels, justifiés. Un tueur de tueurs, un tueur
d'autres monstres moins puissants. C'était un complexe divin, je le
reconnaissais – décider qui méritait la peine de mort. C'était un
compromis auquel j'étais parvenu seul. Je me nourrissais de sang humain,
mais seulement au sens le plus vague. Mes victimes étaient, de par leurs
passe-temps répugnants, à peine plus humaines que moi.
L'autre était celui de Carlisle.
Il n'y avait aucune ressemblance entre ces deux visages. Ils étaient
le jour et la nuit.
Il n'y avait d'ailleurs aucune raison pour qu'ils se ressemblent.
Carlisle n'était pas mon père au sens biologique du terme. Nous n'avions
pas de points communs. La similarité de notre teint était le résultat de
ce que nous étions ; tous les vampires avaient la même peau de glace. La
ressemblance de la couleur de nos yeux avait une autre cause – le reflet
d'un choix mutuel.
Et en ce moment, alors qu'il n'y avait au départ aucun point commun
entre nous, j'imaginai que mon visage avait commencé à ressembler au sien
pendant les soixante-dix ans que j'avais passé à respecter son choix et
suivre ses traces. Mes traits n'avaient pas changé, mais il me semblait à
présent qu'un peu de sa sagesse marquait mon expression, qu'on pouvait
retrouver une partie de sa compassion dans la forme de ma bouche, que des
traces de sa patience se lisaient clairement sur mon front.
Toutes ces subtiles améliorations étaient absentes du visage du
monstre. Dans un moment, plus rien en moi ne reflèterait les années que
j'avais passées avec mon créateur, mon mentor, mon père de toutes les
façons possibles. Mes yeux rougeoieraient comme ceux d'un démon ; toute
ressemblance serait perdue à jamais.
Dans ma tête, les yeux pleins de bonté de Carlisle ne me jugeaient
pas. Je savais qu'il me pardonnerait l'acte horrible que je m'apprêtais à
faire. Parce qu'il m'aimait. Parce qu'il me croyait meilleur que je ne
l'étais réellement. Et il continuerait à m'aimer, même si je lui prouvais
bientôt qu'il avait tort.
Bella Swan s'assit, ses mouvements raidis et maladroits – de peur ? –
et l'odeur de son sang forma un nuage inexorable autour de moi.
Je prouverais à mon père qu'il avait tort. La souffrance que cet acte
lui causerait serait presque aussi douloureuse que la sécheresse dans ma
gorge. Je m'éloignai d'elle par répulsion – révolté par le monstre qui
brûlait de se saisir d'elle.
Pourquoi était-elle venue ici ? Pourquoi fallait-il qu'elle existe ?
Pourquoi était-elle venue gâcher la paix que j'avais réussi à instaurer
dans ma non-vie ? Pourquoi cette exaspérante humaine était-elle née? Elle
me ruinerait.
Je tournai mon visage vers l'extérieur de la table, sous l'effet
d'une violence subite, une haine irraisonnée parcourant mon être tout
entier.
Qui était cette créature ? Pourquoi moi, pourquoi maintenant ?
Pourquoi devais-je tout perdre simplement parce qu'elle avait choisi
d'apparaître dans cette invraisemblable petite ville ?
Pourquoi était-elle venue !
Je ne voulais pas être un monstre ! Je ne voulais pas tuer cette
pièce remplie d'adolescents sans défense ! Je ne voulais pas perdre tout
ce que j'avais péniblement gagné au cours d'une vie de sacrifice et
d'abnégation !
Je ne le ferais pas. Elle ne pourrait pas m'y obliger.
Son odeur était un problème, l'hideusement attirante odeur de son
sang. S'il existait ne serait-ce qu'une façon de résister... si seulement
une autre bouffée d'air frais pouvait éclaircir ma tête une fois de plus.
Bella Swan agita sa longue et épaisse chevelure acajou dans ma
direction.
Etait-elle folle ? C'était comme si elle encourageait le monstre !
Comme si elle le tentait.
Il n'y avait aucune brise amicale capable d'éloigner son odeur de moi
à présent. Tout serait bientôt perdu.
Non, il n'y avait aucune brise capable de m'aider. Mais je n'avais
pas besoin de respirer.
Je stoppai le flot d'air qui circulait dans mes poumons ; le
soulagement fut instantané, mais incomplet. J'avais toujours le souvenir
de son odeur dans la tête, son goût à l'arrière de ma langue. Même à ça je
ne pourrais pas résister longtemps. Mais je pouvais peut-être résister une
heure. Une heure. Juste assez pour sortir de cette pièce pleine de
victimes, victimes qui finalement n'auraient peut-être pas à en être. Si
je pouvais résister une petite heure.
Ne pas respirer était un sentiment assez inconfortable. Mon corps
n'avait pas besoin d'oxygène, mais cela allait à l'encontre de mes
instincts. Je dépendais de mon odorat plus que de mes autres sens quand
j'étais stressé. Il me guidait quand je chassais, il était le premier
avertissement en cas de danger. Je n'étais pas souvent tombé sur une
créature aussi dangereuse que moi, cependant mon instinct de conservation
était aussi fort que celui de n'importe quel humain moyen. Inconfortable,
mais raisonnable. Plus supportable que la sentir et ne pas planter mes
dents dans cette peau douce, claire et translucide, ne pas pouvoir
atteindre son sang chaud, bouillonnant et –
Une heure ! Rien qu'une heure. Je ne devais pas penser à l'odeur, au
goût.
La fille, silencieuse, gardait ses cheveux entre nous, se penchant
tant qu'ils touchaient son classeur. Je ne pouvais pas voir son visage,
ne pouvais pas lire ses émotions dans ses profonds yeux clairs. Etait-ce
pour cela qu'elle avait déployé ses longues boucles entre nous ? Pour me
cacher ses yeux ? Par peur ? Timidité ? Pour garder ses secrets loin de
moi ?
Mon ancienne irritation, de ne pas pouvoir lire ses pensées, n'était
plus rien en comparaison du besoin – et de la haine – qui me possédaient
désormais. Car je haïssais cette frêle femme-enfant à côté de moi, la
haïssais de toute la ferveur avec laquelle je m'accrochais à mon ancien
moi, à ma famille, à mes rêves d'être quelqu'un de meilleur que ce que
j'étais...
Je la haïssais, je haïssais ce qu'elle me faisait ressentir – cela
m'aidait un peu. Oui, l'irritation que j'avais ressentie avant était
faible, mais elle aidait cependant. Je m'accrochais à chaque émotion qui
me distrairait de la pensée du goût qu'elle aurait...
Haine et irritation. Impatience. L'heure ne passerait-elle donc
jamais ?
Et quand elle serait terminée...Elle sortirait de la pièce. Que
ferais-je alors ?
Je pourrais me présenter. Bonjour, je m'appelle Edward Cullen. Je
peux t'accompagner vers ton prochain cours ?
Elle dirait oui. Ce serait la chose la plus polie à faire. Même si
elle me craignait déjà, comme je le suspectais, elle suivrait les
conventions et marcherait avec moi. Il serait assez simple de l'entraîner
dans la mauvaise direction. Une partie de la forêt s'avançait près des
bâtiments, atteignant le coin le plus éloigné du parking. Je pouvais lui
dire que j'avais oublié un livre dans ma voiture...
Quelqu'un remarquerait-il que j'étais la dernière personne avec
laquelle on l'avait aperçue ? Il pleuvait, comme d'habitude ; deux
imperméables sombres ne piqueraient pas trop la curiosité des autres, et
ne risquaient pas de me trahir.
Sauf que je n'étais pas le seul élève qui s'intéressait à elle
aujourd'hui – bien que personne ne soit aussi intensément captivé. Mike
Newton, en particulier, était conscient de chaque changement dans ses
appuis quand elle remuait sa chaise – elle était mal à l'aise trop près de
moi, comme tout le monde, comme ce à quoi je m'étais attendu avant que son
odeur ne détruise toutes mes préoccupations charitables. Mike Newton
remarquerait si elle quittait la classe avec moi.
Si je pouvais attendre une heure, pouvais-je en attendre deux ?
Je tressaillis à la douleur que me causait la brûlure.
Elle rentrerait chez elle, et sa maison serait vide. Le chef Swan
travaillait tard le soir. Je savais où elle se trouvait, tout comme je
savais où habitait chacun dans cette ville minuscule. Sa maison était
nichée tout contre un petit bois, sans voisins proches. Même si elle avait
le temps de crier, ce qui n'arriverait pas, personne ne l'entendrait.
Cela serait une façon raisonnable d'agir. Je m'en étais sorti sept
décennies sans sang humain, je pouvais bien résister une heure. Et quand
je serais seul avec elle, il n'y aurait plus aucun risque que je blesse
quelqu'un d'autre. Et pas besoin de te hâter alors que tu as tant
d'expérience, acquiesça le monstre dans ma tête.
Il était stupide de penser qu'en sauvant les dix-neuf humains dans
cette pièce grâce à mes efforts patients, je serais moins monstrueux au
moment de tuer cette fille innocente.
Bien que je la haïsse, je savais que ma haine était injuste. Je
savais que ce que je détestais était en réalité moi-même. Et je nous
haïrais tous deux tellement plus quand elle serait morte...
Je passai l'heure ainsi – à imaginer les meilleures façons de la
tuer. J'essayais d'éviter d'imaginer l'acte lui-même. Cela aurait été trop
pour moi ; je risquais de perdre cette bataille et de finir par tuer tous
ceux qui se trouvaient dans la salle. Je ne planifiais que ma stratégie,
rien de plus. Cela m'aida à supporter l'heure.
A un moment, vers la fin du cours, elle me jeta un coup d'½il à
travers la tenture fluide de ses cheveux. Je pouvais sentir la haine
injustifiée qui me brûlait quand je croisai son regard – je voyais mon
reflet dans ses yeux effrayés. Le sang monta à ses joues avant qu'elle
puisse s'abriter à nouveau derrière son rideau, et je faillis succomber.
Mais la sonnerie retentit. Sauvé par le gong – quel cliché. Nous
étions tous les deux sauvés. Elle, sauvée de la mort. Moi, sauvé pour un
court moment de l'obligation de redevenir la créature cauchemardesque que
je redoutais et méprisais
Je ne parvins pas à garder une allure humaine tant j'avais hâte de
sortir de la salle. Si quelqu'un m'avait regardé, il aurait sûrement
remarqué qu'il y avait quelque chose d'anormal quant à la façon dont je me
déplaçais. Mais personne ne faisait attention à moi. Toutes les pensées
humaines continuaient à graviter autour de la fille qui était condamnée à
mourir dans un peu plus d'une heure.
Je me cachai dans ma voiture.
Je n'aimais pas penser que je devais me cacher. Ça sonnait tellement
lâche. Mais c'était incontestablement le cas.
Je n'avais pas assez d'emprise sur moi-même pour pouvoir m'approcher
d'humains sans danger. Fournir autant d'efforts afin d'épargner l'un
d'entre eux ne me laissait pas assez de ressources pour résister aux
autres. Quel gâchis ce serait. Si je devais céder au monstre, autant que
ma défaite en vaille la peine.
Je mis en route un CD qui d'ordinaire me calmait, mais en ce moment
il était inefficace. Non, ce qui m'aidait le plus à présent, c'était l'air
frais et nettoyé par la pluie fine que j'inspirai profondément par ma
fenêtre ouverte. Bien que je me rappelle parfaitement l'odeur enivrante de
Bella Swan, cet air propre me faisait l'effet d'une douche qui
débarrassait mon corps de cette infection.
J'étais à nouveau sain d'esprit. Je pouvais à nouveau penser. Et je
pouvais à nouveau me battre. Me battre contre ce que je ne voulais pas
être.
Je n'étais pas obligé d'aller chez elle. Je n'étais pas obligé de la
tuer. Evidemment, j'étais une créature rationnelle et pensante, et j'avais
le choix. On avait toujours le choix.
Je ne m'étais pas senti comme ça dans la classe... mais j'étais loin
d'elle à présent. Peut-être que si je l'évitais très, très prudemment, je
n'aurais rien à changer à ma vie. Tout allait comme je le désirais.
Pourquoi devrais-je laisser cette exaspérante et délicieuse anonyme tout
ruiner ?
Je n'étais pas obligé de décevoir mon père. Je n'étais pas obligé de
causer à ma mère de l'inquiétude, de l'embarras... de la tristesse. Oui,
cela blesserait également ma mère adoptive. Et Esmé était si gentille, si
douce et aimante. Faire de la peine à quelqu'un comme elle était
absolument inexcusable.
Quelle ironie que j'aie voulu protéger cette fille de la menace
dérisoire et inoffensive que représentaient les pensées sarcastiques de
Jessica ! J'étais la dernière personne qui se comporterait comme un
protecteur envers Bella Swan. Elle n'aurait jamais besoin d'autant de
protection que celle dont elle avait besoin contre moi.
Où était Alice ? me demandai-je soudain. Ne m'avait-elle pas vu tuant
la fille Swan de multiples façons ? Pourquoi n'était-elle pas venue aider
– pour m'arrêter ou m'aider à effacer les traces de l'évidence, qu'importe
? Etait-elle si absorbée par sa surveillance du futur de Jasper qu'elle
n'avait pas perçu l'évènement bien plus grave qui risquait d'arriver ?
Etais-je plus fort que je ne le croyais ? Ne ferais-je donc rien à la
fille ?
Non. Je savais que ce n'était pas vrai. Alice devait être concentrée
sur Jasper de toutes ses forces. Je cherchai dans la direction dans
laquelle je savais qu'elle était, dans le petit bâtiment qui abritait les
salles d'anglais. Il ne me fallut pas longtemps pour localiser sa "voix"
familière. Et j'avais raison. Toutes ses pensées étaient tournées vers
Jasper, scrutant avec attention chaque minute de son futur.
Je souhaitais qu'elle me donne un conseil, mais en même temps,
j'étais heureux qu'elle ne sache pas ce dont j'étais capable. Qu'elle
n'ait pas connaissance du massacre que j'avais projeté une heure
auparavant.
Je sentis une nouvelle brûlure en moi – celle de la honte. Je ne
voulais pas qu'ils sachent.
Si je pouvais éviter Bella Swan, si je pouvais m'arranger pour ne pas
la tuer – alors que je pensais cela, le monstre dans mon ventre se tordit
et grinça des dents – personne n'aurait besoin de savoir. Si je pouvais
rester loin de son odeur...
Il n'y avait aucune raison pour que je n'essaye pas. Pour que je
fasse le bon choix. Que je tente d'être ce que Carlisle pensait que
j'étais.
La dernière heure touchait à sa fin. Je décidai de mettre mon plan en
action. Cela valait mieux que rester sur le parking où elle risquait de
passer et de ruiner toutes mes tentatives. Je ressentis encore cette haine
injustifiée envers la fille. Je détestais qu'elle ait ce pouvoir
inconscient sur moi. Qu'elle puisse m'obliger à être quelque chose que je
ne supportais pas.
Je me dirigeai vivement – un peu trop vivement, mais il n'y avait pas
de témoins – vers l'accueil du lycée. Il n'y avait aucune raison pour que
Bella Swan croise mon chemin. Je l'éviterais comme le fléau qu'elle était.
Il n'y avait personne à l'accueil à part la secrétaire, celle que je
voulais voir.
Elle ne remarqua pas mon entrée silencieuse.
- Mme Cope ?
La femme aux cheveux d'un rouge artificiel leva la tête et ses yeux
s'agrandirent. Cela les mettait toujours sur leurs gardes, ces petits
signes qu'ils ne comprenaient pas, quel que soit le nombre de fois qu'ils
avaient vu l'un d'entre nous auparavant.
- Oh, fit-elle, le souffle coupé et un peu troublée. Elle tira sur son
tee-shirt. Stupide, pensa-t-elle. Il a quasiment l'âge d'être mon fils.
Trop jeune pour penser à lui comme ça... "Bonjour, Edward. Que puis-je faire
pour toi ? " Ses cils battirent derrière ses épaisses lunettes.
Mal à l'aise. Mais je savais me montrer charmant quand je le
désirais. C'était simple, dès lors que je savais ce qu'ils pensaient de
mes gestes ou de mes intonations.
Je me baissai vers elle, la regardant comme si j'étais ensorcelé par
ses yeux marron terne. Ses pensées se troublaient déjà. Ce serait facile.
- Je me demandais si vous pouviez m'aider à propos de mon emploi du
temps, dis-je de ma voix la plus douce, celle que j'utilisais pour ne pas
effrayer les humains.
J'entendis son rythme cardiaque s'affoler.
- Bien sûr, Edward, comment puis-je t'aider ? " Trop jeune, trop
jeune, se répétait-elle. Elle avait tout faux, bien entendu. J'étais plus
âgé que son grand-père. Mais si on s'en tenait à mon permis de conduire,
elle avait raison.
- Je me demandais s'il était possible d'échanger mon cours de
biologie avec une matière de niveau terminale. Peut-être la physique ?
- As-tu un problème avec M. Banner, Edward ?
- Non, pas du tout, c'est juste que j'ai déjà étudié ce qu'on fait en
ce moment, alors...
- Dans cette école avancée dans laquelle tu étais en Alaska, c'est
bien ça ? " Elle pinça ses fine lèvres en disant cela. Ils devraient tous
être à l'université. J'ai entendu les professeurs se plaindre. Parfaits en
tous points, jamais une réponse hésitante, jamais une faute aux contrôles
– comme s'ils avaient trouvé un moyen de tricher dans toutes les matières.
M. Varner préférerait croire qu'on triche plutôt que d'admettre qu'un
élève est plus intelligent que lui... Je parie que leur mère leur paye des
cours particuliers... "En fait, Edward, la classe de physique est pleine. M.
Banner n'aime pas avoir plus de vingt-cinq élèves en même temps. "
- Je ne dérangerai personne.
Bien sûr que non. Pas un parfait Cullen.
- Je le sais, Edward, mais il n'y aura pas assez de sièges et...
- Je pourrais peut-être laisser tomber cette matière, alors.
J'utiliserai ce temps libre pour étudier seul. "
- Laisser tomber la biologie ? " Elle resta bouche bée. C'est
n'importe quoi. Quel problème pourrait-il avoir à étudier un sujet qu'il
connaît déjà ? Il doit y avoir un problème avec M. Banner. Je devrais
peut-être en parler à Bob... " Tu n'auras pas assez de crédits pour obtenir
ton diplôme. "
- Je rattraperai l'année prochaine."
- Tu devrais peut-être en parler à tes parents."
La porte s'ouvrit derrière moi, mais qui que ce soit il ne pensa pas
à moi, je ne m'en préoccupai donc pas et me concentrai sur Mme Cope. Je me
rapprochai légèrement, et agrandis un peu mes yeux. Cela marchait
d'ordinaire mieux quand ils étaient dorés. La noirceur faisait peur aux
gens, à juste titre.
- Je vous en prie, Mme Cope." Je rendis ma voie aussi onctueuse et
persuasive que possible – et elle pouvait être très persuasive. "N'y
a-t-il aucune autre matière avec laquelle je pourrais échanger ? Il doit
bien y avoir un autre horaire disponible ? Le cours de Biologie de 2 à 3
n'est sûrement pas la seule option..."
Je lui souris, faisant attention à ne pas trop découvrir mes dents
pour ne pas l'effrayer, laissant mon expression adoucir mon visage.
Son rythme cardiaque s'emballa. Trop jeune, se rappela-t-elle
frénétiquement.
- Eh bien, peut-être pourrai-je parler à Bob – je veux dire M.
Banner. Je verrai si –
Il ne fallut qu'une seconde pour que tout change ; l'atmosphère dans
la pièce, ma mission ici, la raison pour laquelle je m'étais penché vers
la femme aux cheveux rouges... Ce que j'avais accompli dans un but précis se
détourna vers un autre.
Il ne fallut qu'une seconde à Samantha Wells pour ouvrir la porte et
jeter son billet de retard dans la corbeille près de l'entrée, puis se
précipiter dehors, dans sa hâte de quitter le lycée. Il ne fallut qu'une
seconde pour que la soudaine bourrasque de vent s'engouffre dans mes
narines. Il ne me fallut qu'une seconde pour réaliser pourquoi le premier
arrivant ne m'avait pas dérangé avec ses pensées.
Je me retournai, bien que je n'eusse pas besoin de vérifier. Je
pivotai lentement, luttant pour garder le contrôle sur mes muscles qui se
rebellaient.
Bella Swan se tenait à l'entrée du bureau, son sac adossé au mur, une
feuille de papier serrée fort entre ses doigts. Ses yeux s'agrandirent
encore plus quand elle croisa mon regard féroce et inhumain.
L'odeur de son sang satura chaque particule d'air dans la pièce
étroite et surchauffée. Ma gorge s'enflamma.
Le monstre me jeta à nouveau un regard furieux depuis ses prunelles,
masque démoniaque.
Ma main hésita dans l'air au-dessus du comptoir. Je n'aurais pas
besoin de regarder où se trouvait Mme Cope avant de l'escalader et
d'aplatir sa tête avec tant de force que cela la tuerait. Deux vies, au
lieu de vingt. Un échange.
Le monstre affamé attendait anxieusement que je le fasse.
Mais on avait toujours le choix – on devait l'avoir.
Je stoppai le mouvement de mes poumons, et fixai le visage de
Carlisle devant mes yeux. Je me retournai vers Mme Cope, et entendis sa
surprise interne devant le brusque changement de mon expression. Elle
recula loin de moi, mais sa peur ne prit pas forme de mots cohérents.
Utilisant tout le contrôle que j'avais acquis pendant des décennies
d'abnégation, je rendis ma voix douce et égale.
- Tant pis. C'est impossible, et je comprends. Merci quand même.
Je tournai les talons et m'élançai à l'extérieur, essayant de ne pas
sentir la chaleur du sang de la fille alors que je ne passais qu'à
quelques centimètres d'elle.
Je ne m'arrêtai pas avant d'être arrivé dans ma voiture, bougeant trop
vite pendant tout le trajet. La plupart des humains avaient déjà quitté
les lieux, il n'y avait donc plus beaucoup de témoins. J'entendis un
étudiant de deuxième année, D.J. Garrett, me remarquer, sans me prêter
attention.
D'où est arrivé Cullen – c'est comme si il était sorti de nulle part...
Voilà que je me laisse emporter par mon imagination encore une fois. Maman
me dit toujours...
Quand je me glissai dans ma Volvo, les autres y étaient déjà.
J'essayai de contrôler ma respiration, mais je haletais comme si j'étais
en train d'étouffer.
- Edward ? me demanda Alice, alarmée.
Je secouai la tête.
- Bon sang, qu'est-ce qui t'est arrivé ? s'enquit Emmett, pour le
moment distrait du fait que Jasper ne soit pas d'humeur à lui accorder sa
revanche.
Au lieu de répondre, je démarrai la voiture en marche arrière. Je
devais partir de là avant que Bella Swan puisse m'y suivre aussi. Mon
démon personnel, celui qui me hantait... Je fis demi-tour et accélérai. Je
passai la quatrième avant d'arriver sur la route. Une fois dessus, je mis
la cinquième avant d'en tourner le coin.
Sans regarder, je sus que Rosalie, Emmett et Jasper s'étaient tous
tournés vers Alice. Elle haussa les épaules. Elle ne pouvait pas voir ce
qui s'était passé, seulement ce qui allait arriver.
A présent, elle cherchait dans mon futur. Nous vîmes en même temps ce
qui défilait dans sa tête, et nous fûmes aussi surpris l'un que l'autre.
- Tu t'en vas ? murmura-t-elle.
Les autres avaient les yeux fixés sur moi à présent.
- Vraiment ? sifflai-je entre mes dents.
Elle vit alors mon futur changer brutalement, le choix que je venais
de prendre l'entraînant dans une direction bien plus sombre.
- Oh.
Bella Swan, morte. Mes yeux, rendus cramoisis par le sang frais. Les
recherches que cela entraînerait. Le temps nécessaire qu'il nous faudrait
attendre avant de pouvoir à nouveau nous montrer au grand jour et tout
recommencer...
- Oh, répéta-t-elle. La vision devint plus nette. Je voyais
l'intérieur de la maison du chef Swan pour la première fois, voyais Bella
dans une petite cuisine aux placards jaunes, le dos qu'elle m'offrait
alors que je la traquais depuis les ténèbres...son odeur m'attirant
irrépressiblement...
- Stop ! grondai-je, incapable d'en supporter plus.
- Désolée, murmura-t-elle, les yeux grands ouverts
Le monstre se réjouit.
Et la vision dans sa tête changea à nouveau. Une autoroute vide de
nuit, les arbres qui la bordaient couverts de neige, moi filant à la
vitesse de l'éclair, dépassant allègrement les deux cent kilomètres à
l'heure.
- Tu me manqueras, me déclara-t-elle. Même si tu ne pars pas
longtemps.
Emmett et Rosalie échangèrent un long regard d'appréhension.
Nous étions presque arrivés à la longue allée qui menait chez nous.
- Dépose-nous là, ordonna-t-elle. Mais tu devrais le dire à Carlisle
toi-même.
J'acquiesçai et arrêtai la voiture dans un crissement de pneus.
Emmett, Rosalie et Jasper sortirent en silence ; ils demanderaient à
Alice de s'expliquer une fois que je serais parti. Alice pressa mon
épaule.
- Tu feras ce qu'il faut ", m'assura-t-elle. Pas une vision cette
fois – un ordre. " Elle est la seule famille de Charlie Swan. Ça le
tuerait aussi."
- Oui, répondis-je, d'accord seulement avec la dernière partie.
Elle se glissa dehors pour rejoindre les autres, les sourcils froncés
par l'anxiété. Ils se fondirent dans les bois, hors de vue avant que j'aie
effectué mon demi-tour.
J'accélérai en retournant vers la ville, sachant que les visions
d'Alice passeraient des ténèbres à la lumière, en flashs incessants.
Tandis que j'entrais dans Forks, frôlant les 150 km/h, je n'étais pas
vraiment sûr de la direction que j'allais prendre ensuite. Irais-je à
l'hôpital dire au revoir à mon père ? Ou faire ce que me dictait le
monstre en moi ? La route s'envola sous mes pneus.
Désolé s' il y a des fautes d' orthographe.
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Fascination du point de vue d' EdwardPoster un commentaire39
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2ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
15:58Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!Chapitre
2 : A livre ouvert
Je m'adossai à un banc de neige, laissant la poudre sèche se tasser sous
mon poids. Ma peau était aussi froide que l'air ambiant, et de petits
bouts de glaces recouvraient ma peau d'un voile de velours.
Le ciel au dessus de moi était pur, brillant et étoilé, d'un bleu
rougeoyant par endroit, parfois jaune. Les étoiles créaient des formes
majestueuses et tourbillonnantes dans l'univers noir – une vision
impressionnante. D'une extraordinaire beauté.
Enfin, ça aurait dû l'être. Ca l'aurait été, si j'avais été capable de
vraiment le voir.
Je ne notai aucune amélioration, je n'allais pas mieux. Six jours avaient
passé. Six jours que je me cachais, ici, dans la vide et sauvage région de
Dénali, et pourtant j'étais toujours aussi loin de la liberté que le jour
où j'avais sentis son odeur pour la première fois.
Quand je regardais ce ciel comme incrusté de pierres précieuses, c'était
comme s'il y avait un obstacle entre mes yeux et cette beauté. Cet
obstacle était un visage, juste un simple visage, mais qui s'imposait à
mon esprit sans en daigner repartir.
J'entendis les pensées approcher avant même que je n'entendre les pas qui
les accompagnaient. Le bruit que le mouvement produisait n'était guère
plus qu'un murmure dans la neige poudreuse.
Je n'étais pas surpris que Tanya m'ait suivi jusqu'ici. Je savais qu'elle
répétait la conversation qui allait venir depuis plusieurs jours déjà, et
qu'elle l'ait repoussée encore en encore jusqu'à ce qu'elle soit sûre de
savoir ce qu'elle voulait me dire.
Elle jailli dans mon champs de vision soixante lieues au loin, sautant sur
une roche noire.
La peau de Tanya avait des reflets argentés à la lumières des étoiles. Ses
long cheveux ondulé étaient pale et brillants, presque rose avec leur
reflets fraise. Ses yeux d'ambre brillaient tandis qu'elle m'espionnait, à
moitié cachée par la neige, et ses lèvre s'étirèrent doucement en un large
sourire.
Magnifique. Si j'avais était capable de vraiment la regarder. Je soupirai.
Elle s'accroupie sur le bord du rocher noir, le bout de ses doigts
effleurant la roche, son corps sal.
Boulet de canon ! pensa-t-elle.
Aussitôt, elle se lança dans les airs, et ses formes devinrent sombres,
comme une ombre tournant en vrille gracieusement entre le ciel et moi. Tel
un boulet de canon, elle vint frapper l'amas de neige qui s'entassait près
de moi.
Un tourbillon de neige vola autour de moi, cachant les étoiles, et je fus
bientôt complètement recouvert de neige. Je soupirai à nouveau, mais ne
fis rien pour me dégager. Même avec de la neige devant les yeux, je voyais
toujours la même chose : le même visage.
- Edward ?
La neige voleta à nouveau lorsque qu'elle entreprit doucement de le
déterrer. Elle épousseta la poudreuse de mon visage immobile, sans pour
autant rencontrer mon regard.
- Désolé. Murmura-t-elle. C'était une blague.
- Je sais. C'était drôle
Son sourire se fana.
- Irina et Kate disent que je devrais te laisser tranquille. Elles pensent
que je t'ennuis.
- Pas du tout. Lui assurais-je. Au contraire, c'est moi qui ai été
grossier – incroyablement grossier. Je suis vraiment désolé.
Tu t'en va, n'est-ce pas ? Pensa-t-elle.
- Je n'ai pas encore...totalement...décidé de ça.
Mais tu ne restes pas. Sa pensée était mélancolique à présent, triste.
- Non. Ca n'a pas l'air de beaucoup...m'aider.
Elle grimaça. C'est à cause de moi, hein ?
- Bien sur que non. Mentis-je sans réfléchir.
Ne fais pas le gentleman !
Je souris
Ma présence t'embarrasse, pensa-t-elle d'un ton accusateur.
- Non.
Elle leva un sourcil, en une expression si dubitative que je fus forcé de
rire. Une sorte de rire, qu'aucun regard ne suit.
- D'accord. Admis-je. Un peu.
Elle soupira à son tour et prit son menton dans ses mains. Ses pensées
étaient pleines de chagrin.
- Tu es mille fois plus digne d'amour que toutes ces étoiles, Tanya. Bien
sûr, j'imagine que tu le sais déjà. Ne laisse pas mon attitude entamer ton
assurance.
J'eu un petit rire en pensant à cette différence.
- Je ne suis pas habituée à être rejetée. Grommela-t-elle, avec une moue
séductrice de sa lèvre inférieure.
- Ca je veux bien te croire. Agréai-je en essayant de repousser ses
pensées qui se dirigeaient à présent vers ses milliers de conquêtes
passées.
Généralement, Tanya préférait les hommes humains – de bien des aspects ils
étaient plus attirants que nous, avec l'avantage que représentait leur
douceur et leur chaleur. Et eux, étaient certainement toujours
consentants.
- Succubus. La charriai-je, espérant réussir ainsi à stopper le flot
d'images dans sa tête.
- Et fière de l'être. Grimaça-t-elle en découvrant ses dents blanches.
Contrairement à Carlisle, Tanya et ses s½urs avaient développé leur
conscience progressivement, lentement. Au final, c'était leur penchant
pour les hommes humains qui avait poussé les s½urs au bord du massacre. A
présent les hommes qu'elles aimaient...s'en sortaient vivant.
- Quand tu es arrivé ici, dit lentement Tanya, j'ai cru que...
J'ai toujours su ce qu'elle avait cru. Et, d'ailleurs, j'aurais du deviner
qu'elle ressentira ça. Mais à ce moment là, je n'étais pas capable
d'analyser quoi que ce soit.
- Tu as cru que j'avais changé d'avis.
- Oui. Dit-elle sombrement.
- Je suis désolé de jouer avec tes sentiments comme ça, Tanya. Je n'avais
pas l'intention de...je n'ai pas réfléchi. C'est juste que je suis parti
de chez moi avec un...certain sentiment d'urgence.
- Je suppose que tu ne veux pas me dire pourquoi... ?
Je m'assis et entoura mes jambes de mes bras. Position défensive.
- Je ne veux pas en parler.
Tanya, Irina et Kate excellaient dans le mode de vie qu'elles avaient
choisi d'avoir. Si on mettait de côté la proximité malsaine qu'elles se
permettaient d'avoir avec ceux qui auraient dû être leurs proies, elles ne
commettaient pas d'erreurs. J'avais trop honte pour avouer ma faiblesse à
Tanya.
- Des problèmes avec les femmes ? Devina-t-elle, ignorant ma réticence.
J'éclatai d'un rire morne
- Pas dans le sens où tu l'entends.
Alors elle se tut. J'écoutai ses pensées remuer des dizaines de
suppositions, pour trouver le sens caché de mes paroles.
- Tu n'y es vraiment pas, là. Lui dis-je.
- Un indice ?
- Laisse tomber, Tanya. S'il te plait.
Elle se tut à nouveau et continua à spéculer. Je l'ignorai et tentai
vainement d'admirer les étoiles. Elle finit par abandonner, et ses pensées
se dirigèrent ailleurs.
Où iras-tu Edward, si tu t'en va ? Chez Carlisle ?
- Je ne pense pas. Soupirai-je.
Où irai-je ? Dans toute la planète, je ne connaissais pas le moindre lieu
qui m'attire un tant soi peu. Il n'y avait rien que je veuille voir ou
faire. Je ne voulais aller nulle part. Tout ce que je voulais, c'était
fuir.
Je détestai ça. Quand étais-je devenu aussi lâche ?
Tanya enroula ses bras minces autour de mes épaules. Je me figeai mais ne
la repoussai pas. Ce n'était que du réconfort amical. Sûrement.
- Je pense que tu vas y retourner. Dit-elle, sa voix reprenant soudain son
ancien accent russe. Peu importe la chose...ou la personne...qui te hante.
Tu y feras face. Tu es ce genre de personne.
Ses pensées étaient en parfait accord avec ses paroles. J'essayai de me
figurer cette vision qu'elle avait de moi-même. Celui qui fait face.
C'était agréable de m'imaginer à nouveau ainsi. Je n'avais jamais douté de
mon courage, de ma capacité à faire face aux difficultés, avant que cette
horrible heure de biologie ne survienne au lycée, il y a si peu de temps.
Je l'embrassais sur la joue et me retirai alors qu'elle tournait son
visage vers le mien. Elle sourit de ma rapidité.
- Merci Tanya. J'avais besoin d'entendre ça.
Ses pensées s'irritèrent.
- De rien, je suppose. J'espère que tu seras plus raisonnable pour
certaines choses.
- Je suis désolé, Tanya. Tu sais bien que tu es trop bonne pour moi. Je
n'ai juste...pas encore trouvé ce que je cherche.
- Et bien...si tu pars avant que je puisse te revoir...Au revoir, Edward.
- Au revoir Tanya.
Tandis que je disais ces mots, je pouvais le voir. Je pouvais me voir
partir. Etre assez fort pour oser retourner au seul endroit où je désirais
être.
- Encore merci. Ajoutai-je.
En un mouvement agile, elle se leva. Et là elle partit, glissant dans la
neige si vite que ses pieds n'avaient même pas le temps de s'enfoncer dans
la poudreuse ; elle ne laissa aucune emprunte derrière elle. Elle ne
regarda pas en arrière. Mon rejet l'avait beaucoup plus touché qu'elle ne
le laissait paraître, même dans ses pensées. Elle ne voulait plus me
revoir avant que je parte.
Ma bouche se tordit de chagrin. Je n'aimais pas blesser Tanya, même si ses
sentiments n'étaient pas profonds, même s'ils n'étaient pas purs, et même
si de toute manière ils n'étaient pas réciproques. Mais j'avais
m'impression de ne pas du tout me conduire en gentleman.
Je posai mon menton sur mes genoux et regardai les étoiles à nouveau,
soudain anxieux de partir. Je savais qu'Alice verrait mon départ, et
qu'elle l'annoncerait à tous les autres. Ca les rendra sûrement heureux –
surtout Calisle et Esmée. Mais je m'accordai un moment supplémentaire pour
contempler les étoiles, pour voir ce visage qui hante mon esprit. Entre
moi et les lumières scintillantes du ciel, une fascinante et étrange paire
d'yeux couleur chocolat me rendait mon regard, se demandant sûrement ce
que mon retour aller signifier pour elle. Bien sûr que je ne pouvais pas
être réellement certain que c'était cette information là que ces étranges
yeux cherchaient. Même dans mon imagination, je ne pouvais entendre ses
pensées. Les yeux de Bella Swan continuèrent de poser leurs questions.
Avec un lourd soupir, j'abandonnai et me levai. En courant, je serais dans
la voiture de Carlisle dans moins d'une heure...
Dans d'urgence de voir ma famille – et tout en voulant absolument devenir
le Edward qui faisait face aux difficultés, je traçais dans la neige
scintillante, sans laisser de traces...
- Ca va aller. Murmura Alice.
Ses yeux étaient dans le vague, et Jasper gardait une main légèrement en
dessous de son coude, la guidant alors que nous faisions tous ensemble la
queue à la cafétéria. Rosalie et Emmett étaient devant. Emmett donnait la
ridicule impression d'un garde du corps infiltré en territoire ennemi.
Rose avançait d'un pas circonspect elle aussi, mais plus par irritation
que par protection.
- Biensûr que ca va aller. Grommelai-je
Leur attitude était risible : si je n'avais pas cru possible que je puisse
supporter ce moment, je serais resté chez moi.
Le brusque décalage entre notre normale et même amusante matinée – Il
avait neigé durant la nuit, et Emmett et Jasper s'étaient acharnés à me
lancer des boules de neiges avant de se bombarder mutuellement - et cette
overdose de vigilance aurait pu être comique si elle n'avait pas été aussi
irritante.
- Elle n'est pas encore arrivée, mais elle sera bientôt là... elle ne sera
pas dans le vent si on s'assoit au même endroit que d'habitude...
- Evidemment qu'on va s'asseoir au même endroit que d'habitude. Arrête
Alice. Tu me tape sur le système. Tout ira parfaitement bien pour moi.
Elle cligna des yeux une fois tandis que Jasper la faisait s'asseoir sur
sa chaise et elle commença à se focaliser sur mon visage.
- Humm. Dit-elle, comme surprise. Je pense que tu as raison.
- Evidemment. Murmurai-je.
Je détestai être autant surveillé. Je commençai à éprouver de la sympathie
pour Jasper, en me souvenant combien nous l'avions surprotégé par moment.
Je rencontrai son regard, il grimaça.
Ennuyeux, n'est-ce pas ?
Je suis accordai une grimace.
Etait-ce vraiment il y a seulement une semaine que je trouvai cette pièce
terne d'un ennui mortel, que c'était comme dormir ou être dans le coma que
d'être là ?
Aujourd'hui mes nerfs étaient tendus à l'extrême – comme les corde d'un
piano, assez tendues pour pouvoir chanter sous la plus légère pression.
Tous mes sens étaient en alerte maximale ; je scannais chaque son, chaque
soupir, chaque mouvement du vent sur ma peau, chaque pensée. Surtout les
pensées. Il n'y avait qu'un seul sens que je verrouillais, que je me
refusais d'utiliser. L'odorat, évidemment. Je ne respirais pas.
Cependant, je m'attendais à entendre plus de choses sur les Cullen dans
les pensées que je scannais. Chaque jour j'écoutais, en quête de nouvelles
informations que Bella Swan aurait pu confier, j'essayais de savoir sur
quoi portaient les nouvelles discussions. Mais il n'y avait rien. Personne
n'avait remarqué les cinq vampires qui s'étaient introduit dans la
cafétéria, tout était exactement comme le jour où la nouvelle était
arrivée. La plupart des humains ici pensaient à cette fille, les mêmes
pensées que la semaine précédente. Au lieu de trouver ça passablement
ennuyeux, à présent j'étais fasciné.
Avait-elle parlé de moi ?
Il était impossible qu'elle n'ait pas remarqué mon regard noir et
meurtrier. Je l'avais vu réagir. Je l'avais sûrement bêtement terrifié. Je
m'étais convaincu qu'elle l'aurait mentionné à quelqu'un, et même en
exagérant un peu, pour rendre l'histoire plus intéressante. Qu'elle
m'aurait attribué quelques répliques menaçantes.
En plus, elle m'avait également vu demander à changer mes horaires de
biologie. Après avoir vu de quelle manière je l'avais regardé, elle aurait
certainement dût se demander si elle en était la cause. Une fille normale
aurait demandé autour d'elle, comparé son expérience avec celle des
autres, chercher un terrain d'entente qui pourrait expliquer ma réaction,
pour ne pas se sentir exclue. Les humains sont constamment et
désespérément désireux d'être dans la norme, d'être intégrés partout où
ils sont. Devenir un troupeau de moutons ordinaires. Ce besoin était
particulièrement fort durant l'adolescence. Et cette fille ne ferait
sûrement pas exception à la règle.
Mais personne ne semblait avoir remarqué notre présence, assis à cette
même table. Bella devait-être exceptionnellement timide, si elle ne
s'était confiée à personne. Peut-être en avait-elle parlé à son père,
peut-être qu'ils étaient proche...ce qui paraissait cependant peu
probable, étant donné du peu de temps qu'elle avait passé avec lui durant
sa vie. Néanmoins, j'allais certainement devoir passer devant le Chef Swan
de temps en temps pour savoir ce qu'il pensait.
- Du nouveau ? Demanda Jasper
- Non. On dirait...qu'elle n'en a parlé à personne.
En apprenant cette nouvelle, ils levèrent tous un sourcil.
- Peut-être que tu n'es pas aussi effrayant que tu le crois. Dit Emmett en
rigolant. Je suis prêt à parier que je lui aurais fait bien plus peur que
ça.
Je roulais mes yeux dans sa direction.
- Je me demande pourquoi... ?
Il était encore déconcerté du mystérieux silence de la jeune fille.
- Tu n'es pas le seul à te le demander. Je n'en sais rien.
- Elle arrive. Murmura Alice. Je sentis mon corps se raidir. Essayez
d'avoir l'air humain.
- Tu as bien dis « humain » ? Demanda Emmett.
Il leva son poing droit et bougea les doigts, révélant la boule de neige
qu'il avait gardée dans sa paume. Bien sûr, gardée là, elle n'avait pas
fondu, d'autant plus qu'il l'avait compressé en un petit tas de glace. Ses
yeux étaient sur Jasper, mais je voyais vers où se dirigeaient ses
pensées. Tout comme Alice je suppose. Lorsqu'il lança brutalement le
glaçon dans sa direction, elle l'évita facilement, d'un instinctif et
léger mouvement de la main. La glace ricocha et traversa la cafétéria a
toute vitesse – trop vite pour être vue des humains – et s'écrasa avec un
craquement contre le mus de briques. Les briques craquèrent également.
Les têtes de cette partie de la salle remarquèrent le petit tas de glace
brisé sur le sol, et commencèrent à chercher le coupable. Mais ils ne
regardèrent jamais plus loin que quelques tables à le ronde, et aucun
d'eux ne posa à un seul instant le regard sur nous.
- Super, très humain Emmett. Remarqua Rosalie sur un ton de reproche.
Pourquoi tu ne donne pas un coup de poing dans le mur, pendant que tu y es
?
- Ca serait plus impressionnant si c'était toi que le faisait, bébé.
J'essayai de leur prêter un peu attention, gardant une grimace accrochée à
mon visage, comme si j'étais complice de leur plaisanterie. Je
m'interdisais formellement de regarder vers la file d'attente où je savais
qu'elle se trouvait. Mais je ne pouvais m'empêcher d'écouter.
Je pouvais entendre les pensées de Jessica et l'impatience qu'elle
manifestait envers la nouvelle élève. Elle semblait distraite, et ne
faisait pas attention à la file d'attente qui avançait. Je vis par les
yeux de Jessica que les joues de Bella avaient à nouveau cette teinte
rosie par un flux de sang.
Je respirais à présent par petits à-coups rapides, prêt à arrêter de
respirer à tout moment si son odeur devait contaminer l'air autour de moi.
Mike Newton était avec les deux filles. J'entendis ses deux voix, mentale
et verbale, quand il demanda à Jessica ce qui n'allait pas avec la fille
Swan. Je n'aimais pas sa manière dont toutes ses pensées l'enveloppaient,
comment ses fantasmes embrumaient son esprit lorsqu'il la vit sortir de sa
rêverie comme si elle avait oublié qu'il était là.
- Rien. Dit Bella de sa voix claire et tranquille.
Elle sembla raisonner comme une cloche dans le brouhaha de la cafétéria,
mais je sais que c'était uniquement parce que je me focalisais sur elle
avec autant d'intensité.
- Je ne prendrais qu'une limonade aujourd'hui. Continua-t-elle en bougeant
pour rattraper son retard dans la file d'attente.
Je ne pouvais pas m'empêcher de lancer un regard dans sa direction. Elle
fixait le sol, et le sang fuyait progressivement son visage. Je détournai
rapidement le regard et rencontrai celui d'Emmett, qui riait devant le
sourire tordu que j'abordai à présent.
T'as une sale tête, frangin.
Je repris contenance et tentai de transformer me grimace en une expression
naturelle. Jessica était en train de s'interroger sur le manque d'appétit
de la jeune fille.
- Je suis un peu patraque. Sa voix était plus basse, mais toujours aussi
claire.
Pourquoi est-ce que ça me dérangeai à ce point, que tout dans les pensée
de Mike Newton traduise un fort besoin de la protéger à cet instant précis
? Qu'est-ce que ça change que ses pensées soient si possessives ? Ca ne me
regardait pas, si Mike Newton se sentait si inquiet pour elle ! Peut-être
était-ce ainsi que tout le monde réagissait à son sujet. N'avais-je pas
moi-même instinctivement voulu la protéger ? Avant même de vouloir la
tuer, c'était la première chose qui...
Mais était-elle vraiment malade ?
C'était difficile d'en juger – elle avait l'air di délicate avec sa peau
translucide...Quand je réalisais que j'étais à mon tour en train de
m'inquiéter, à l'instar de ce stupide mec, je me forçais à ne plus penser
à sa santé.
De toute façon, je n'aimais pas l'observer par les yeux de Mike, alors je
changeais pour Jessica, qui était en train de chercher une place où
s'asseoir. Par chance, ils s'assirent avec les mêmes personnes
qu'habituellement, à l'une des premières tables de la grande pièce. Comme
l'avait prédit Alice, elle n'était pas dans le vent.
Alice me donna un coup de coude.
Elle va regarder par ici. Essaie d'avoir l'air humain.
Mes dents se serrèrent derrière ma grimace.
- Détend-toi, Edward. Dit Emmett. Honnêtement. Ok, tu tues un humain. Et
Alors ? C'est pas la fin du monde.
- Si tu savais. Murmurai-je.
- Tu devrais apprendre à relativiser. Dit-il en riant. Comme je l'ai fais.
L'éternité donne toujours le temps de purger notre peine.
A ce moment précis, Alice sortit une poignée de glace qu'elle cachait dans
sa paume et la jeta au visage d'Emmett. Celui-ci cligna des yeux, surprit,
puis sourit.
- Tu l'auras voulu. Dit-il.
Et là, il se pencha sur la table et ébroua ses cheveux incrustés de glace
dans notre direction. La neige, fondant dans la salle surchauffée, vola de
ses cheveux et nous éclaboussa.
- Eh ! Se plaignit Rosalie, alors qu'elle et Alice reculaient face au
déluge.
Alice éclata de rire, et nous lui fîmes tous échos. Je pus clairement voir
dans sa tête comment elle avait orchestré ce moment parfait, et que la
fille – je devrais arrêter de penser à elle de cette façon, elle n'est pas
la seule fille sur terre – et donc que Bella nous regarderait rire et
jouer, aussi humain et heureux, une scène d'un idéal aussi irréel qu'un
tableau de Norman Rockwell.
Alice continua de rire et leva son plateau comme un bouclier. La
fille...Bella devait être encore en train de nous regarder.
...encore en train de fixer les Cullen. Pensa quelqu'un qui attira mon
attention.
Je tournai automatiquement les yeux vers celui ou celle qui m'avait
involontairement appelée, réalisant alors que mon regard trouvait sa
destination que je connaissais cette voix – je l'avais tellement écoutée
aujourd'hui.
Mais mes yeux glissèrent sur Jessica, et se focalisèrent sur le regard
pénétrant de la jeune fille. Elle baissa les yeux rapidement, se cachant
encore une fois derrière ses épais cheveux bruns.
A quoi pensait-elle ? La frustration semblait devenir un peu plus aigue à
chaque fois. J'essayai – sans vraiment savoir ce que je faisais, comme je
n'avais jamais fais ça auparavant - de sonder avec mon esprit le silence
qui l'entourait. Je pouvais utiliser ouïe ultra fine sur naturellement,
sans avoir à me concentrer ; je n'avais jamais eu de problème avec ça.
Mais à présent je me concentrai, essayant de traverser je ne sais quel
bouclier qui l'entourait.
Rien que du silence.
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec elle ? Pensa Jessica, faisant écho à
ma propre frustration.
- Edward Cullen tu mate. Chuchota-t-elle à l'oreille de la fille Swan,
ajoutant un gloussement.
I l n'y avait aucune trace de sa jalousie dans son ton. Jessica devait
sans doute être très douée pour jouer les fausses amies.
J'écoutai, attentivement, la réponse de la jeune fille.
- Il n'a pas l'ai furieux, hein ? Murmura-t-elle.
Elle avait donc remarqué la réaction sauvage que j'avais eue la semaine
dernière.
Evidemment.
Sa question perturba Jessica, et je vis mon propre visage par ses yeux
tandis qu'elle essayait d'analyser mon expression, mais je ne rencontrai
pas son regard. J'étais toujours aussi concentré sur la fille, essayant
d'entendre quelque chose. Et ma focalisation n'arrangeait rien.
- Non. Lui dit Jess, et je savais qu'elle espérait pouvoir dire oui – à sa
manière de fixer mon regard – même si elle n'y laissait rien paraître. Il
devrait ?
- Je crois qu'il ne m'apprécie guère. Répondit la fille dans un murmure.
Elle posa sa tête sur son bras comme si elle était soudain fatiguée.
J'essayai d'interpréter ce geste, mais encore une fois je ne pouvais faire
que des suppositions. Peut-être qu'elle était vraiment fatiguée.
- Les Cullen n'aiment personne. La rassura Jess. Enfin, disons qu'ils ne
s'intéressent pas assez aux autres pour les aimer. Ils n'ont jamais été
habitués à ça. Ajouta-t-elle dans sa tête, et sa pensée avait des accents
plaintifs. En tout cas, il continue à t'admirer.
- Arrête de le regarder. Dit la jeune fille nerveusement, levant sa tête
de son bras pour vérifier que son amie obéissait bien à son ordre.
Jessica eu un petit gloussement, mais obtempéra.
La fille ne leva pas les yeux de sa table durant tout le reste de l'heure.
Je pense – pense, bien sur, je ne pouvais être sûr de rien – que c'était
délibéré. On aurait dit qu'elle voulait me regarder. Comme si son corps se
décalait légèrement dans ma direction, comme si son menton était sur le
point de pivoter vers moi, mais qu'à ce moment là elle reprenait le
contrôle d'elle-même, prenait une profonde inspiration et se remettait à
regarder fixement la personne qui était en train de lui parler.
J'ignorai la plupart des autres pensées qui l'entouraient, comme si elles
n'étaient pas là. Mike Newton était en train de projeter une bataille de
boule de neige sur le parking à la fin des cours, sans se douter que la
poudreuse avaient déjà fondue pour devenir de la boue glaciale. Le
flottement des flocons mous contre le toit était devenu le bagout plus
commun des gouttes de pluie. N'entendait-il vraiment pas le changement ?
Pour moi, c'était vraiment bruyant.
Quand le temps réservé au repas fut terminé, je restai sur ma chaise. Les
humains s'en allaient, et je me surpris à essayer de distinguer le son de
ses pas parmi les autres, comme si c'était une information capitale.
C'était d'un stupide.
Ma famille ne fit aucun mouvement de sortie, non plus. Ils attendaient de
voir ce que j'allais faire. Irai-je en cours, assis à côté de cette fille
dont le sang me faisait autant d'effet, et dont je pourrais sentir la
chaleur de son c½ur dans l'air sur ma peau ? Etais-je assez fort pour
endurer ça ? Ou en avais-je déjà eu assez pour la journée ?
- Je... pense que c'est bon. Dit Alice d'un ton hésitant. Ton esprit va
bien. Je pense que ça ira pour une heure.
Mais Alice savait aussi combien un esprit peut changer d'avis.
- Pourquoi te forcer, Edward. Dit Jasper, et même s'il ne voulait pas
avoir l'air suffisant pour une fois que ce n'était pas lui le faible de
l'histoire, je savais qu'il l'était, un peu. Rentre à la maison.
Détend-toi.
- Où est le problème ? Répliqua Emmett. Moi je dis qu'il faut relativiser.
Qu'il la tue ou non, qu'est-ce que ça change ?
- Je ne veux pas encore déménager. Se plaignit Rosalie. Je ne veux pas
tout recommencer depuis le début. On est presque à la fin du lycée,
Emmett. Enfin.
J'étais moi aussi déchiré en deux dans cette décision. Une part de moi
voulait, désirait plus que tout faire face plutôt que fuir à nouveau. Mais
je ne voulais pas non plus me pousser au-delà de mes capacités, et aller
trop loin. C'était une erreur pour Jasper de rester si longtemps sans
chasser la semaine dernière, et était-ce injustifié ?
Je ne voulais pas déraciner ma famille. Personne ne me remerciera pour ça.
Mais je voulais aussi retourner en cours de biologie. Je réalisai que je
voulais revoir son visage.
C'est ce qui me décida. Cette curiosité. J'étais en colère contre moi-même
de ressentir ça. Ne m'étais-je pas promis que je ne laisserais pas le
silence de son esprit me faire m'intéresser excessivement à elle ? Et
maintenant, me voilà totalement et excessivement fasciné par elle.
Je voulais savoir ce qu'elle pensait. Si son esprit était fermé, ses yeux,
eux, étaient grands ouverts. Peut-être que je pourrais lire ses pensée par
leur intermédiaire.
- Non Rose, je pense vraiment que ça va aller. Dit Alice.
C'est...quasi-certain. Il y a quatre vingt treize pourcent de chance qu'il
ne se passe rien d'inquiétant s'il va en cours.
Elle me lança un regard inquisiteur, se demandant ce qui dans mon esprit
avait rendu sa vision aussi sûre.
La curiosité sera-t-elle suffisante pour garder Bella Swan en vie ?
Emmett avait raison – pourquoi ne pas relativiser ? J'allai faire face, et
résisterai à la tentation.
- Allez en cours. Ordonnai-je en reculant pour sortir de table.
Je me tournai et l'm'élloignai d'eux sans regarder en arrière. Je pouvais
entendre l'inquiétude d'Alice, la désapprobation de Jesper, la complicité
d'Emmett et l'irritation de Rosalie trainer derrière moi.
Je pris une dernière et profonde inspiration devant la porte et le retint
dans mes poumons tandis que j'entrais dans la petite salle chauffée
Je n'étais pas en retard. Mr Banners était encore en train d'installer le
matériel de l'expérience d'aujourd'hui. La fille était assise à ma – à
notre table, la tête toujours baissée, les yeux fixé sur le bloc note sur
lequel elle gribouillait. En approchant, j'examinai le croquis, étant même
intéressé par cette création insignifiante de son esprit, mais ça ne
ressemblait à rien. Juste un griffonnage aléatoire de boucles dans
d'autres boucles. Peut-être qu'elle était distraite, peut-être qu'elle
pensait à autre chose ?
Je tirai ma chaise en m'efforçant de faire un maximum de bruit, la
laissant grincer contre le lino ; les humains préfèrent généralement que
l'approche de quelqu'un soit signalée par un bruit.
Je sus qu'elle avait entendu le grincement de ma chaise ; elle ne tourna
pas la tête, mais sa main loupa une des boucles qu'elle était en train de
dessiner, interrompant le mouvement continu de son poignet.
Pourquoi ne levait-elle pas les yeux vers moi ? Peut-être qu'elle avait
peur. Je devais absolument m'assurer qu'elle repartirait de cette salle de
cours avec une impression différente de moi, la persuader qu'elle s'était
imaginé des choses la semaine dernière.
- Bonjour. Dis-je avec la voix tranquille que j'utilisai habituellement
pour mettre les humains à l'aise, en ajoutant ce sourire polit qui étirait
mes lèvres sans découvrir mes dents.
Elle leva alors ses yeux bruns et profonds, et son regard – déjà
déconcertant – était plein de questions silencieuses. Cette même
expression qui m'obsédait depuis une semaine.
Au moment où ses yeux brun d'une profondeur fascinante rencontrèrent mon
regard, je réalisais la haine – cette haine que je m'étais imaginé que
cette fille méritait simplement parce qu'elle existait - s'était évaporée.
Maintenant que je ne respirais pas, que je ne goûtais pas son parfum, je
ne pouvais plus concevoir qu'une personne aussi vulnérable puisse être
haïssable.
Ses joues commencèrent à rosir, et elle ne dit rien.
Je gardais mes yeux sur les siens, me concentrant sur ses questions
refoulées, et essayant d'ignorer l'appétissante teinte que ses joues
avaient prise. J'avais assez d'air pour pouvoir parler un moment sans
reprendre mon souffle.
- Je m'appelle Edward Cullen. Dis-je tout en sachant pertinemment que je
ne lui apprenais rien. C'était une manière courtoise de commencer. Je n'ai
pas eu la chance de me présenter, la semaine dernière. Tu dois être Bella
Swan.
Elle sembla perdu – il y avait à nouveau une petite ride entre ses yeux.
Elle mit une demi seconde de plus qu'elle ne l'aurais fait en temps normal
pour me répondre.
- D'où...d'où tu connais mon nom ? Demanda-t-elle d'une voix un peu
tremblante.
J'avais vraiment dû la terrifier. Je me sentais un peu coupable, tellement
elle était sans défense. Je ris gentiment – c'était un son que les humain
aimaient entendre. Cette fois encore, je fus prudent de ne pas montrer mes
dents.
- Oh ce n'est un secret pour personne. Elle devait forcément avoir
remarqué qu'elle était devenue le centre de toutes les attentions dans cet
endroit monotone. Tu étais attendue comme le messie, tu sais.
Elle se refrogna comme si cette information l'importunait. Je supposai,
que si elle était aussi timide qu'il y semblait, être l'objet de tous les
regards devait sûrement être une épreuve pour elle. La plupart des humains
ressente l'inverse. Ils ne voulaient pas être exclu du troupeau, mais en
même temps ils imploraient qu'on mette en valeur leur individualité.
- Ce n'est pas ça. Dit-elle. Pourquoi Bella ?
- Tu préfères Isabella ? Demandai-je, soudain perplexe comme je ne pouvais
pas voir ce qui se cachait derrière cette question.
Je ne comprenais pas. Elle avait pourtant clarifié sa préférence pour ce
surnom de nombreuses fois depuis le premier jour. Les humains étaient-il
tous aussi incompréhensibles lorsqu'on ne pouvait pas lire dans leurs
pensées ?
- Non, répondit-elle en secouant légèrement sa tête. Son expression – si
je la lisais correctement – était déchirée entre la gêne et la confusion.
Mais je pense que Charlie...je veux dire mon père...m'appelle Isabella
derrière mon dos. Du moins, c'est ainsi que tout le monde ici paraît me
connaître.
Sa peau se colora d'une ombre encore plus rose.
- Oh. Dis-je maladroitement avant de tourner les yeux pour fuir son
visage.
Je venais juste de réaliser ce que ça question signifiait réellement :
j'avais fait un faux pas – commis une erreur. Si je n'avais pas espionné
toutes les pensées et les conversations la concernant depuis le premier
jour, alors je l'aurais appelé Isabella, comme tout le monde. Cette
erreur, elle l'avait remarquée.
Je fus soudain extrêmement gêné. Elle avait trouvé la faille de mon
raisonnement à une vitesse incroyable. Etonnement perspicace, en
particulier pour quelqu'un qui était sensé être terrifiée par ma
proximité.
Mais il y avait autre chose. Quelque chose de beaucoup plus problématique
que toutes les hypothèses qu'elle pouvait faire à mon sujet.
J'étais à court d'air. Si je voulais à nouveau lui parler, il allait
falloir que je reprenne mon souffle. Ca allait être dur d'éviter de lui
parler. Malheureusement pour elle, partager cette paillasse avec moi
faisait d'elle ma partenaire, et nous allions devoir travailler ensemble
aujourd'hui. Il aurait semblé étrange - et incroyablement discourtois de
ma part – de l'ignorer durant l'expérience. Ca ne ferait qu'accroitre sa
peur et sa suspicion.
Je mis le plus de distance possible entre ma tête et elle sans pour autant
bouger ma chaise. Je me durcis, verrouillant chacun de mes muscles pour
qu'ils restent à leur place, puis aspira une grande bouffée d'air,
respirant uniquement par la bouche.
Ahh !
C'était vraiment très douloureux. Même sans sentir son odeur, ma langue
pouvait goûter son parfum. Soudain ma gorge s'enflamma à nouveau, et le
désir exactement aussi fort qu'au premier jour.
Je serrai les dents et essayai de reprendre contenance.
- Allez-y. Intima Mr Banner.
J'avais l'impression de devoir rassembler tout le self-contrôle que
j'avais aquis en plus de soixante-dix ans pour réussir à me retourner vers
la fille - qui fixait la table – et pour lui sourire.
- Les dames d'abord ? Proposai-je
Elle leva la tête et pâlit face à mon expression, ses yeux écarquillés.
Y'avait-il quelque chose qui clochait dans mon expression ? Est-ce que je
lui faisais encore peur ? Elle ne pipa mot.
- A moins que tu préfères que je commence. Dis-je calmement.
- Non. Dit-elle, en rougissant à nouveau. Aucun problème.
Je fixai soudain le matériel de biologie nécessaire à l'expérience. La
boîte de lamelles, le microscope : c'était mieux que de regarder le sang
affluer sous sa peau claire. Je pris une autre inspiration, entre mes
dents, et grimaçai tandis que la soif me brûlai la gorge.
- Prophase, dit-elle après un court instant. Elle commença à enlever la
lamelle, alors qu'elle y avait accordé qu'un examen sommaire.
- Ca t'embête si je regarde ?
Instinctivement – stupidement, comme si j'étais de sa race – je pris sa
main pour l'empêcher d'enlever la lamelle. Pendant une seconde, la chaleur
de sa peau brûla la mienne. C'était comme une décharge électrique – elle
était sûrement bien plus chaude que la moyenne. La brûlure parti de ma
main et remonta jusqu'à mon bras. Elle dégagea sa main d'un geste nerveux.
- Désolé. Marmonnai-je entre mes dents serrées.
Ayant soudain besoin d'avoir quelque chose sur quoi me focaliser,
j'attrapai le microscope et jetai un bref regard dans l'oculaire. Elle
avait raison.
- Prophase. Confirmai-je.
Je ne savais pas si je pouvais la regarder sans perdre le contrôle.
Respirant aussi calmement que possible entre mes dents grinçantes et
essayant d'ignorer la soif qui me dévorait, je me concentrai sur une
simple chose, qui était d'écrire le bon mot sur la ligne prévue à cet
effet du polycopié, puis de mettre une deuxième lamelle à la place de la
première pour répéter l'expérience.
A quoi pensait-elle, là, maintenant ? Qu'avait-elle ressentit, lorsque
j'avais effleuré sa main ? Ma peau devait sûrement être glaciale –
repoussante. Je ne pu m'empêcher de me demander pourquoi elle semblait si
calme.
Je jetai un regard à la lamelle.
- Anaphase. Décrétai-je pour moi-même avant d'écrire la réponse sur la
seconde ligne.
- Je peux ? Demanda-t-elle.
Je levai les yeux vers elle, et fut surpris de la voir attendant
patiemment, une main à moitié tendue vers le microscope. Elle n'avait pas
l'air effrayée. Est-ce qu'elle pensait sérieusement que je m'étais trompé
?
Je ne pus m'empêcher de sourire devant le regard plein d'espoir qu'elle
avait lorsque le fis glisser le microscope dans sa direction.
Elle regarda dans l'oculaire avec une ardeur qui eut vite fait de se
refroidir. Les coins de sa bouche descendirent en une moue déçue.
- Troisième lamelle ? Demanda-t-elle, sans lever les yeux du microscope,
mais en levant sa main. Je laissai tomber la lamelle suivante dans sa
main, faisant attention à ne pas laisser ma peau s'approcher trop
dangereusement de la sienne cette fois. Assis près d'elle, j'avais
l'impression d'être à côté d'une lampe brûlante. Je me réchauffais, et
petit à petit, la température de mon corps augmentait.
Elle ne regarda pas la lamelle bien longtemps.
- Interphase. Dit-elle nonchalamment – essayant sans doute un peut trop
que ça en air l'air en tout cas – avant de pousser le microscope vers moi.
Elle ne toucha pas au polycopié, mais attendait que j'écrive la réponse.
Je vérifiai – elle avait encore raison.
Nous finîmes l'expérience ainsi, parlant chacun son tour, un mot à la fois
sans jamais rencontrer le regard de l'autre. Nous étions les seuls à avoir
finit – les autres dans la classe rencontraient quelques difficultés. Mike
Newton semblait souffrir d'un horrible trouble de la concentration – il
essayer de nous espionner, Bella et moi.
J'aimerais qu'il retourne d'où il vient, pensa Mike, me fusillant du
regard. Hmm, intéressant. Je n'avais pas réalisé que ce garçon développait
une telle haine à mon égard. C'était un sentiment récent, en rapport avec
la récente arrivé de la fille semblait-il. Encore plus intéressant, je me
rendis compte – et ça m'étonnait au plus au point – que cette haine était
réciproque.
Je dévisageai à nouveau la fille, impressionné par l'effet bouleversant et
ravageur que, en dépit de son incroyable et inoffensive banalité, elle
produisait sur ma vie.
Ce n'était pas que je ne comprenais pas la réaction de Mike. Au contraire,
elle était plutôt jolie...d'une manière peu commune. Son visage était
mieux que beau, il était intéressant. Il n'était pas totalement symétrique
– son menton étroit n'était pas tout à fait au milieu de ses paumettes
larges ; ses couleurs viraient d'un extrême à l'autre par le contraste
clair-obscur qu'offrait ses cheveux et sa peau ; mais par-dessus tout, il
y avait ses yeux, débordants de secret silencieux...
Des yeux qui soudain se mirent à fixer les miens.
Je soutins son regard, essayant d'en extraire ne serait-ce qu'un seul de
ses secrets.
- Tu portes des lentilles, non ? Demanda-t-elle tout à trac.
Quelle étrange question!
- Non. Répondis-je souriant presque à l'idée d'améliorer ma vue.
- Ah bon, marmotta-t-elle. Tes yeux sont différents pourtant.
Je fus à nouveau douché de me rendre compte je n'étais apparemment pas le
seul à essayer de dénicher des secrets aujourd'hui.
Je gesticulai, haussai les épaules et fixai consciencieusement la ronde du
professeur.
Bien sûr, évidemment que mes yeux étaient différents depuis notre dernière
rencontre. Pour me préparer à l'épreuve, a la tentation qu'elle
représentait, j'avais passé le weekend entier à chasser plus que de raison
pour éliminer toute trace de soif. Je m'étais empiffré de sang d'animaux,
et pourtant face à l'arôme scandaleusement délicieux qui émanait d'elle,
mon désir était intact. Cependant, la dernière fois que j'avais rencontré
son regard, mes yeux avaient été rendu noirs par la soif qui me dévorait.
Maintenant que mon corps baignait dans le sang, mes yeux avaient pris une
teinte or plus chaude. Une lumière ambre venant de ma tentative désespérée
de faire mourir ma soif.
Un autre faux pas. Si j'avais vu ce qui se tramait derrière sa question,
j'aurais tout simplement répondu par l'affirmative.
Ca faisait deux ans que je m'asseyais à côté d'humains dans ce bahut, et
pourtant elle était la première qui m'avait assez observé pour remarquer
ce changement de couleur. Les autres, quand ils admiraient notre beauté,
baissaient soigneusement les yeux lorsque nous leur rendions. Ils nous
regardaient de loin, ignorant instinctivement les détails étranges de
notre apparence pour se complaire dans leur ignorance. L'ignorance faisait
le bonheur de l'esprit humain.
Mais pourquoi diable fallait-il que ce soit cette fille qui en vît trop ?
M. Banner s'approcha de notre table. Reconnaissant, j'inhalai le courant
l'air frai qu'il apporta avec lui avant que celui-ci ne se mélange à son
odeur.
- Laisse-moi deviner Edward, dit-il en regardant nos réponses, tu as
estimé qu'Isabella ne méritai pas de toucher au microscope ?
- Bella, le corrigeai-je automatiquement. Et détrompez vous, elle en a
identifié trois sur cinq.
M. Banner se tourna vers la jeune fille, sceptique.
- Tu as déjà travaillé là-dessus ?
Je la regardai, captivé tandis qu'elle souriait, l'air un peu gêné.
- Pas avec des racines d'oignons.
- De la blastula de féra ? Répondit-il d'un ton inquisiteur.
- Oui
Cela le surprit. Le TP d'aujourd'hui avait été spécifiquement préparé pour
les cours des programmes avancés. Il hocha la tête pensivement.
- Tu suivais un programme pour élèves avancés, à Phoenix ?
- Oui.
Une élève avancée. Elle était donc intelligente, pour un humain. Cela ne
me surprit pas le moins du monde.
- Eh bien, dit-il en pinçant les lèvres, il n'est sans doute pas mauvais
que vous deux soyez partenaires de labo. Il se retourna et s'éloigna en
marmonnant dans sa barbe : Comme ça les autres élèves auront une chance
d'apprendre quelque chose par eux-mêmes.
Je doute que la fille ait entendu ça. Elle avait recommencé à griffonner
des boucles sur son bloc note.
Deux faux pas en une demi-heure. Bien joué Edward. Même si je n'avais pas
la moindre idée de ce qu'elle pensait de moi – jusqu'où allait sa peur, ou
ses soupçons ? – je savais que j'allais devoir faire mieux que ça pour lui
faire bonne impression. Quelque chose qui noierai le souvenir de mon
hostilité.
- Dommage, pour la neige, hein ? Lançai-je, répétant la phrase que j'avais
entendue des dizaines de fois dans les discussions des élèves aujourd'hui.
Un ennuyeux, banal sujet de conversation. La météo.
Elle me toisa avec un regard plein de doutes – une réaction anormale à mes
paroles banales.
- Pas vraiment. Répondit-elle, me surprenant à nouveau.
J'essayai de garder la conversation sur ce thème banal. Elle venait d'un
endroit plus ensoleillé, plus chaud – c'est ce que ça peau semblait
montrer, en dépit de sa pâleur – et elle doit être frileuse. Le contact de
ma peau glaciale avait certainement dû...
- Tu n'aime pas le froid. Supposai-je.
- Ni l'humidité. Renchérit-elle
- Tu dois difficilement supporter Forks alors.
Peut-être que tu n'aurais jamais dû venir ici, voulais-je ajouter.
Peut-être que tu devrais retourner d'où tu viens.
Cependant, je n'étais pas sûr que ce fussent là ce que je voulais. Je
savais que je ne pourrais jamais oublier l'arôme de son sang – y avait-il
la moindre garantie que je ne me mette pas à la traquer ? En plus de cela,
si elle partait, son esprit restait à jamais pour moi un mystère. Un
éternel puzzle incomplet.
- Tu n'imagine même pas à quel point. Dit-elle d'une voix basse, en jetant
des regards noirs autours d'elle.
Ses réponses n'étaient jamais celle auxquelles je m'attendais. Elles me
donnaient envie de poser encore plus de questions.
- Pourquoi es-tu venue t'installer ici alors ? Demandai-je, réalisant
l'instant d'après que mon ton était trop accusateur, trop direct pour une
conversation banale. La question semblait grossière, indiscrète.
- C'est...compliqué
Elle cligna des yeux profonds, laissant la conversation dans cet état, et
j'étais sur le point d'exploser de curiosité – curiosité qui brûlait ma
gorge comme l'aurait fait ma soif. En fait, je me rendis compte que ça
devenais légèrement plus facile de respirer ; avec le temps, l'agonie
était supportable.
- Je devrais réussir à comprendre. Insistai-je. Peut-être que la simple
politesse allait la pousser à répondre à mes questions aussi tant que je
saurais me montrer assez grossier pour les poser
Elle fixa silencieusement mes mains. Ca me rendait impatient ; je voulais
mettre ma main sous son menton et délicatement lui faire lever la tête
pour que je puisse lire dans ses yeux. Mais ça aurait été idiot de ma part
– et dangereux – de la toucher à nouveau.
Elle leva soudain les yeux. C'était soulageant de pouvoir à nouveau voir
ses émotions se refléter dans ses yeux. Elle parla précipitamment, ses
mots lancés rapidement.
- Ma mère s'est remariée.
Ah, cela était assez humain, facile à comprendre. La tristesse passa dans
ses yeux limpides et laissa derrière elle une petite ride entre eux.
- Ca ne me semble pas si compliqué. Remarquai-je.
Ma voix s'était faite gentille et agréable sans que j'eusse besoin de l'y
forcer. Sa tristesse me rendit soudain désemparé, et je me surpris à
souhaiter pouvoir faire quelque chose pour la réconforter. Quelle étrange
impulsion.
- Quand est-ce arrivé ? Ajoutai-je
- En septembre. Souffla-t-elle – ce n'était pas tout à fait un soupir. Je
retins ma respiration pour que son souffle chaud ne m'atteigne pas.
- Et tu ne l'apprécies pas. Conjecturai-je, essayant de pêcher plus
information.
- Si, Phil est chouette. Dit-elle pour corriger ma mauvaise supposition.
L'ombre d'un sourire se dessina aux coins de ses lèvres pleines. Trop
jeune peut-être, mais sympa.
Voilà qui ne s'accordait pas avec le scénario que j'avais construit dans
ma tête.
- Pourquoi n'es-tu pas restée avec eux, s'il est aussi agréable ?
Demandai-je, la curiosité beaucoup trop évidente dans ma voix.
On pourrait croire que je devenais curieux. Ce qui était le cas, je devais
l'admettre.
- Phil voyage beaucoup. Il est joueur de base-ball professionnel.
Son demi-sourire devint encore plus prononcé ; ce choix de carrière
semblait l'amuser. Je souris aussi, sans le vouloir particulièrement. Je
n'essayais pas consciemment le la détendre. Son sourire me donnait tout
simplement envie de sourire en retour - avec complicité, comme si j'étais
dans le secret.
- Célèbre ? Demandai-je en faisant défiler dans ma tête les visages de
tous les joueurs professionnels que je connaissais, me demandant quel «
Phil » était le sien...
- Non. Il n'est pas très bon. Nouveau sourire. Juste des championnats de
seconds ordres. Il se déplace pas mal.
Les visages des célébrités se décalèrent instantanément, et je dressai le
tableau des possibilités en moins d'une seconde. En même temps, j'imaginai
un nouveau scénario.
- Et ta mère t'a expédiée ici afin de pouvoir l'accompagner librement.
Supposai-je.
Faire des hypothèses semblait réussir à lui tirer plus d'informations que
les questions le faisaient. Ca marcha à nouveau. Elle secoua son menton,
et elle afficha soudain une expression bornée.
- Non, elle n'y est pour rien. Dit-elle. Mon hypothèse l'avait agacée, je
ne sais comment. Sa voix se fit plus dure lorsqu'elle ajouta : C'est moi
qui l'ai voulu.
Je ne pouvais ni lire ses pensées, ni deviner la raison de son agacement.
Alors j'abandonnai. Cette fille n'avait pas de sens. Elle n'était pas
comme les autres humains. Peut-être que le silence de son esprit et le
parfum délicat et enivrant de son odeur n'étaient pas les seules choses
d'inhabituelles chez elle.
- Je ne saisis pas. Avouai-je, détestant m'avouer vaincu.
Elle soupira, et me regarda dans les yeux durant beaucoup plus longtemps
que la plupart des humains normaux était capable de tenir.
- Au début est restée avec moi, mais il lui manquait. Expliqua-t-elle
lentement, son ton devenant de plus en plus désespéré à chaque mot. Elle
était malheureuse...bref, j'ai décidé qu'il était temps que je connaisse
un peu mieux Charlie.
La petite ride entre ses yeux se creusa.
- Et maintenant, c'est toi qui es malheureuse. Murmurai-je.
Je ne pouvais pas m'empêcher de dire tout haut ce que je pensais deviner,
espérant ainsi en apprendre plus sur elle dans le cas où je me tromperais.
Cette fois, cependant, j'avais l'impression d'être proche de la vérité.
- La belle affaire ! Dit-elle, comme si cet aspect là n'entrait pas en
considération pour elle.
Je continuai de la regarder dans les yeux, ayant soudain l'impression de
faire ma première véritable entrée dans son âme. Cette simple phrase
montrait qu'elle ne se classait pas elle-même dans ses propres priorités.
Contrairement à la plupart des humains, ses besoins personnels étaient
loin d'occuper la tête de liste.
Elle était généreuse.
Alors que je voyais ça, le mystère de la personne cachée derrière cet
esprit silencieux commença à se dévoiler un petit peu.
- Ca n'est pas très juste. Dis-je. Je haussai les épaules, essayant de
paraître désinvolte, tentant de dissimuler l'intensité de ma curiosité.
- On ne te la donc jamais dit ? Rit-elle d'un rire sans joie. La vie est
injuste.
Je voulais rire à ses paroles, cependant ma joie, comme la sienne, s'était
fanée. Le fait est que j'en savais un petit quelque chose sur l'injustice
de la vie.
- J'ai en effet l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part.
Elle reporta son regard sur moi, semblant à nouveau perdue. Ses yeux
fuyaient les miens, avant de revenir les fixer la seconde suivante.
- Inutile de se lamenter, par conséquent. Conclut-elle
Cependant, je ne voulais pas laisser la conversation se finir ainsi. Ce
petit V entre ses yeux, trace que laissait la douleur sur son visage, me
perturbait. Je voulais le lisser du bout de mes doigts. Mais, bien sûr, je
ne pouvais la toucher. Ce n'était pas sûr...de bien des manières.
- Tu donnes bien le change. Je parlai lentement, réfléchissant encore à
cette nouvelle hypothèse. Mais je parie que tu souffres plus que tu ne le
laisse voir.
Elle fit une grimace, ses yeux se rétrécissant et sa bouche se tordant en
une moue peu avenante, et reporta son regard sur le tableau. Elle
n'appréciait pas que je fasse tomber ton masque. Elle n'était pas le
martyr moyen – elle ne voulait pas d'un public pour sa souffrance.
- Je me trompe ?
Elle tressaillit, mais fit semblant de le pas m'entendre. Ca me fit
sourire.
- J'en étais sûr.
- Et en quoi ca te concerne, hein ? Demanda-t-elle, regardant toujours
ailleurs.
- Bonne question. Admis-je, plus pour moi-même que pour elle.
Son discernement était meilleur que le mien – elle allait directement au
fond des choses alors que je tournais autours du pot en quête d'indices.
La vérité était que les détails de sa vie d'humaine ne devraient pas me
concerner. C'était mal de me soucier autant ce que qu'elle pensait. Si ce
n'était pour protéger ma famille des soupçons, je ne devrais pas
m'intéresser aux pensées humaines.
Je n'étais pas habitué à être le moins perspicace dans un dialogue.
J'étais trop dépendant de ma capacité à lire dans les pensées – je n'étais
vraiment pas aussi perspicace que ce que j'imaginais.
La jeune fille soupira et lança un regard noir au tableau. Quelque chose
dans son air frustré était comique. L'ensemble de la situation, de la
conversation était comique. Personne n'a jamais été autant en danger que
cette fille – à n'importe quel moment je pouvais, distrait par cette
conversation qui me captivait tant, inhaler par le nez et l'attaquer avant
de pouvoir m'en empêcher – et elle était irritée parce que je ne répondais
pas à ses questions.
- Je t'agace ? Demandai-je, souriant devant une telle absurdité.
Elle me jeta un bref coup d'½il, et là ses yeux semblèrent happés par mon
regard.
- Pas vraiment. Me dit-elle. Je m'agace moi-même. Je suis tellement
transparente. Ma mère m'appelle son livre ouvert.
Elle fronça les sourcils, contrariée.
Je l'observai, en proie à la stupéfaction la plus totale. La raison de son
irritation était qu'elle trouvait que je lisais en elle trop facilement.
Comme c'était bizarre. Je n'avais jamais déployé autant d'effort pour
comprendre quelqu'un de toute ma vie – ou plutôt de toute mon existence,
le mot vie ne convenait pas. Je n'avais plus vraiment de vie.
- Je ne suis pas d'accord. Objectai-je, me sentant étrangement...tendu,
comme si il y avait quelque danger caché là où je m'aventurais. J'étais
soudain sur mes gardes, cette intuition me rendait anxieux. Je te trouve
au contraire difficile à déchiffrer.
- C'est que tu es bon lecteur. Devina-t-elle, formulant à son tour une
hypothèse qui se révéla, cette fois encore, dans l'exacte vérité.
- En général, oui. Confirmai-je.
Je souris alors devant sa profondeur, laissant mes lèvres dévoiler une
rangée de dents étincelante, aussi tranchantes que des lames de rasoir.
C'était stupide d'agir ainsi, mais j'avais brutalement, désespérément
besoin d'avertir la jeune fille du danger qu'elle courrait. Son corps
était plus proche de moi qu'avant, s'étant décalé inconsciemment dans ma
direction durant la conversation. Tous les petits signaux que je lui
envoyais auraient suffis à terrifier le reste de l'humanité, mais
visiblement ca ne marchait pas sur elle. Pourquoi ne s'éloignait-elle pas
de moi, terrifiée ? Elle avait certainement dû en voir assez de mon côté
sombre pour réaliser le danger qu'elle courait, intuitive comme elle
semblait l'être.
Je ne pus voir si mon avertissement avait eu l'effet escompté. M. Banner
demanda l'attention de toute la classe à ce moment précis, et elle se
détourna de moi. Elle semblait un peu soulagée de cette intervention,
alors peut-être qu'elle avait comprit inconsciemment.
J'espérais que ce fût le cas.
Je reconnu qu'une certaine forme de fascination commençait à grandir en
moi, même si j'essayai de m'en débarrasser. Je ne pouvais pas me permettre
de trouver Bella Swan intéressante. Ou du moins, elle, ne pouvait pas se
le permettre. Pourtant, j'étais anxieux, je voulais avoir à nouveau
l'occasion de lui parler. Je voulais en savoir plus au sujet de sa mère,
au sujet de la vie qu'elle avait menée avant de venir ici, de sa relation
avec son père. Tous ces petits détails insignifiants qui me permettraient
de pouvoir approfondir ma connaissance de son caractère. Mais chaque
seconde que je passais en sa compagnie était une erreur, un risque qu'elle
ne devrait pas prendre.
Distraitement, elle passa sa main dans ses cheveux juste au moment ou je
me permettais de respirer à nouveau. Une vague d'air particulièrement
chargé de son arôme enivrant frappa le fond de ma gorge de plein fouet.
Ce fut comme au premier jour. La douleur de la sécheresse de ma gorge me
donnait le vertige. Je dus m'accrocher à la table pour rester sur mon
siège. Cette fois ci j'avais un tout petit peu plus de self-control. Je ne
cassais rien, au moins. Le monstre grogna à l'intérieur de moi, mais ne
prit aucun plaisir à ma souffrance. Il était impuissant. Pour l'instant.
Non, je ne pouvais pas me permettre de la trouver fascinante. Plus je la
trouverais intéressante, plus se serait agréable pour moi si je la tuais.
J'avais déjà fait deux erreurs mineures aujourd'hui. En ferais-je une
troisième, une qui ne soit pas mineure ?
Dès que j'entendis la cloche sonner, je m'enfuis de la salle de classe –
détruisant certainement au passage le peu de bonne impression que j'avais
tenté de lui donner, durant l'heure. Cette fois encore, j'inhalai frais et
humide de dehors comme si c'était une essence curative. Je me dépêchai de
mettre autant de distance que possible entre moi et la fille.
Emmett m'attendait devant la porte de notre cours d'Espagnol. Il lu mon
expression sauvage pendant un moment.
Comment ça c'est passé ? Demanda-t-il d'un ton circonspect.
- Personne n'est mort. Marmonnai-je.
Je suppose que c'est un exploit. Quand j'ai vu Alice, j'ai cru...
Tandis que nous entrions dans la salle de classe, je vis ses souvenirs
datant que quelques minutes à peine, vu par la porte ouvert de sa dernière
salle : Alice, le visage livide, marchant d'un pas vif vers le bâtiment de
science. Je ressentis le besoin urgent de se lever et de se joindre à
elle, puis sa décision de rester. Que si Alice avait eu besoin d'aide,
elle l'aurait demandé...
Je fermai mes yeux d'horreur et de dégoût tandis que je m'effondrais sur
ma chaise.
- Je n'avais pas réalisé que c'était si juste. Murmurai-je Je ne croyais
pas que j'étais sur le point de...Je n'avais pas remarqué à quel point
c'était dangereux.
Ca ne l'était pas, me rassura-t-il. Personne n'est mort, n'est-ce pas ?
- C'est vrai. Dis-je entre mes dents. Pas cette fois.
Peut-être que ça va s'arranger.
- Bien sûr.
Ou peut-être que tu va la tuer. Il haussa les épaules. Tu ne serais pas le
premier à qui ça arrive. Personne ne te jugerait trop sévèrement. Parfois
il arrive qu'une personne sente juste trop bon. Je suis impressionné que
tu ais réussis à tenir aussi longtemps.
- Tu ne m'aides pas là Emmett.
J'étais révolté par son acceptation de l'idée que j'allais tuer cette
fille, comme si c'était quelque chose d'inévitable. Est-ce que c'était de
sa faute si elle sentait aussi bon ?
Je me souviens quand ça m'est arrivé...Se rappela-t-il, m'emmenant un
demi-siècle en arrière, dans un chemin de campagne au crépuscule, où une
femme entre deux âges prenait des draps séchés d'une ligne ficelée entre
deux pommiers. L'odeur des pommes lourdement accrochées était dans l'air –
les plus lourdes s'étaient détachée et étaient dispersée sur le sol, les
contusions de pourriture dans leur peau laissant s'échapper des panaches
de leur arôme acre. L'odeur des champs fraichement fauchés était un
arrière plan de cet arôme, une harmonie. Il marchait sur le chemin, dans
le but de faire une commission pour Rosalie, ne prêtant aucune attention à
la femme. Le ciel était violet au dessus des têtes, et orange au niveau
des arbres de la campagne. Il aurait continué sa route toute tracée et
n'aurait eu aucune raison de se souvenir de ce soir là, mais soudain une
brise nocturne emporta un drap blanc comme un voile et éventa l'odeur de
la femme en direction du visage d'Emmett.
- Ah ! Gémis-je calmement.
Comme si le souvenir de ma propre soif n'était pas suffisant.
Je sais. Je n'ai pas tenu plus d'une demi seconde. Je n'ai même pas songé
à l'éventualité de résister.
Ses souvenirs devinrent bien trop explicites pour que je puisse les
supporter.
Je sautai sur mes pieds, mes dent étaient si serrées qu'elles auraient pu
couper de l'acier.
- Esta bien, Edward ? Demanda Mme Goff, la prof d'espagnol, surprise par
mon geste soudain. Je pouvais voir mon visage dans ses yeux, et je sus que
j'avais l'air d'aller assez mal.
- Me pardonna. Marmonnai-je tandis que je me précipitai vers la porte.
- Emmett...por favor, puedas tu ayuda a tu hermano ? Demanda-t-elle,
gesticulant impuissamment comme je me ruais hors de la salle.
- Bien sûr. L'entendis-je dire, et la seconde d'après il était juste
derrière moi.
Il me suivit jusqu'au bout du bâtiment, où il m'attrapa et posa une main
sur mon épaule. Je dégageai sa main avec une puissance non nécessaire. Ca
aurait brisé les os d'une main humaine, et les os du bras qui s'y
attachait.
- Désolé, Edward.
- Je sais. Je pris une profonde inspiration, essayant de purifier ma tête
et mes poumons.
- C'est si dur que ça ? Demanda-t-il, essayant sans grand succès de ne pas
penser à l'odeur et au goût de son souvenir alors qu'il posait la
question.
- Pire, Emmett, pire
Il fut silencieux un moment
Peut-être que...
- Non, ça ne sera pas mieux si je relativise. Retourne en cours. J'ai
besoin d'être seul.
Il se retourna sans un mot ou une pensée et s'éloigna rapidement. Il
allait dire au prof d'Espagnol que j'étais malade, ou enterré, ou que je
suis un vampire dangereusement hors de contrôle. Quelle importance pouvait
bien avoir son excuse de toute façon ? Peut-être que je ne reviendrai même
pas. Peut-être qu'il fallait que je m'en aille.
Je me dirigeai à nouveau vers ma voiture pour attendre la fin des cours.
Pour me cacher. Encore.
Il fallait que j'utilise ce temps pour prendre une décision ou d'essayer
de tenir ma résolution, mais, comme un drogué, je fini par me surprendre
en train de chercher des babillages de pensée émaner des bâtiments
scolaires. Je relevai des voix familières, mais je n'étais pas intéressé
par les visions d'Alice ou les plaintes de Rosalie en ce moment. Je
trouvai rapidement Jessica, mais la fille n'était pas avec elle, alors je
continuai de chercher. Les pensées de Mike Newton attirèrent mon
attention, et je la localisai enfin, en cours de gym avec lui. Il était
malheureux parce que je lui avais parlé en cour de biologie. Il était en
train d'analyser les réponses qu'elle lui avait données quand il avait
abordé le sujet...
Je ne l'ai jamais vu dire à qui ce que soit plus d'un mot ici ou là.
Evidemment qu'il finirait par trouver Bella intéressante. Je n'aime pas du
tout ca manière de la regarder. Mais elle n'avait pas l'air trop excitée à
son sujet. Qu'avait-elle dit déjà ? « Je ne sais pas ce qu'il lui a prit
la semaine dernière » Un truc comme ça. Elle n'avait pas l'air de s'en
soucier plus que ça. Ca n'avait pas dû être plus qu'une banale
conversation...
Il continua son monologue pour se sortir de son pessimisme, rassuré par
l'idée que Bella ait pu ne pas être intéressée par son échange avec moi.
Cela m'ennuyait beaucoup plus que ça aurait dû, alors j'arrêtai de
l'écouter.
Je mis un CD de musique violente dans la stéréo, et montai le volume
jusqu'à ce qu'il noie les autres voix. Je du me concentrer très fort sur
la musique pour m'empêcher de me remettre à écouter les pensées de Mike
Newton, d'espionner cette fille confiante et innocente...
Je trichai quelques fois, alors que la fin de l'heure se profilait. Je
n'espionnais pas, essayais-je de me convaincre. Je me préparais, c'est
tout. Je voulais savoir exactement quand elle quitterait le gymnase, quand
elle serait sur le parking. Je ne voulais pas qu'elle me prenne par
surprise.
Alors que les étudiants filaient hors du gymnase, je sortis de ma voiture,
sans être totalement certain de savoir pourquoi. La pluie était légère –
je l'ignorai tandis qu'elle éclaboussait mes cheveux.
Est-ce que je voulais qu'elle me vît ici ? Est-ce que j'espérais qu'elle
viendrait pour me parler ? Qu'est-ce que j'étais en train de faire ?
Je ne bougeai pas, alors que j'essayais de me convaincre de remonter dans
la voiture, parfaitement conscient que mon attitude était répréhensible.
Je gardais mes bras autour de mon torse et respirai par petits à-coups en
la regardant marcher lentement vers moi, les coins de sa bouche baissés.
Elle ne me regarda pas. Quelques fois elle lança un regard noir aux
nuages, les gratifiant d'une grimace, comme s'ils l'offensaient
personnellement.
Je fus déçu lorsqu'elle chercha sa voiture avant de passer devant moi.
Allait-elle me parler. Allai-je lui parler ?
Elle s'approcha d'une camionnette Chevrolet d'une couleur rouge délavée,
un béhémoth rouillé encore plus vieux que son père. Je la regardais
démarrer la camionnette – le vieil engin fit encore plus de bruit que tous
les autres véhicules réunis – et puis tourner le bouton du chauffage. Le
froid la gênait – elle n'aimait pas ça. Elle peignit ses cheveux épais
avec ses doigts, les tirant vers le torrent d'air chaud comme si elle
essayait de les sécher. J'imaginais l'odeur qui devait régner dans
l'habitacle, puis chassa très vite cette pensée.
Elle balaya du regard les environs alors qu'elle se préparait à sortir, et
regarda enfin dans ma direction. Elle soutint mon regard une demi-seconde,
et tout ce que je pus lire dans ses yeux ne fut que la surprise, avant
qu'elle ne regarde ailleurs et lance son engin dans le mauvais sens. Il y
eu un couinement du frein et la camionnette s'arrêta, le pare-choc arrière
à quelques centimètre du véhicule d'Erin Teague.
Elle regarda dans son rétroviseur, sa bouche entre-ouverte par le chagrin.
Quand l'autre voiture lui passa devant pour sortir, elle cligna des yeux
deux fois de suite, puis sortit du parking avec tant de précautions que ça
m'arracha un large sourire. C'était comme si elle pensait être dangereuse
dans cette camionnette décrépite.
La simple pensée que Bella Swan puisse représenter un danger pour qui que
ce soit, peu importe ce qu'elle conduisait, me fit rire tandis que la
fille passa devant moi, regardant droit devant elle.
Désolé s' il y a des fautes d' orthographe.
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Fascination du point de vue d' EdwardPoster un commentaire8 commentaire(s)
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3ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
16:08Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!
Chapitre 3 : Phénomène
Vraiment, je n'avais pas soif, mais je décidai quand même de chasser cette
nuit là. Une simple petite mesure de prévention, même si je savais que ce
serait loin d'être suffisant.
Carlisle m'accompagna ; depuis mon retour de chez les Dénali, nous
n'avions pas eu l'occasion d'être seuls tous les deux. Alors que nous
courions dans la forêt noire, je l'entendais penser à l'adieu précipité de
la semaine dernière.
Dans son souvenir, je pus voir comme mes traits étaient tirés par un
désespoir féroce. Je ressentis à mon tour sa propre surprise et sa
soudaine inquiétude.
- Edward ?
- Je dois partir Carlisle. Je dois partir maintenant.
- Que s'est-il passé ?
- Rien. Pour l'instant. Mais ça va venir, si je reste.
Il avait cherché mon bras.
- Je ne comprends pas.
- N'as-tu jamais...il ne t'est jamais arrivé...
Je me regardai prendre une profonde inspiration, je pu voir la lueur
sauvage dans mes yeux filtrer à travers son incomparable compassion.
- Il ne t'est jamais arrivé de rencontrer quelqu'un qui sentait meilleur
que les autres ? Vraiment bien meilleur ?
- Oh.
Quand j'ai sus qu'il avait comprit, mes traits s'étaient affaissés de
honte.
Il avait cherché à me toucher à nouveau, faisant semblant de ne pas le
remarquer lorsque je me rétractais, et avait laissé sa main sur mon
épaule.
- Fait ce que tu peux pour résister, fiston. Tu me manqueras. Tiens,
prends ma voiture. C'est plus rapide.
A présent, il se demandait s'il avait fait le bon choix, en m'envoyant
ailleurs. Se demandant s'il ne m'avait pas blessé par son manque de
confiance.
- Non. Murmurai-je tout en courant. J'en avais besoin. J'aurais pu si
aisément trahir ta confiance, si tu m'avais dit de rester.
- Je suis désolé que tu aies à souffrir autant, Edward. Mais il faut
absolument que tu fasses tout ton possible pour garder la fille Swan en
vie. Même si ça doit signifier partir à nouveau
- Je sais, je sais.
- Pourquoi es-tu revenu ? Tu sais combien je suis heureux de t'avoir près
de moi, mais si c'est trop difficile...
- Je n'aimais pas me sentir aussi lâche. Admis-je.
Nous ralentîmes – nous avions un peu plus de mal à courir dans le noir à
présent.
- Il vaut mieux te sentir lâche que de la mettre en danger. C'est juste
l'affaire d'un an ou deux, après elle sera partie.
- Je sais, tu as raison.
Pourtant, ces mots, au lieu de me convaincre de repartir, me donnèrent au
contraire encore plus envie de rester. La fille sera partie dans un an ou
deux...
Carlisle s'arrêta de courir et je l'imitai ; il se retourna pour examiner
mes traits.
Mais tu n'as pas l'intention de t'enfuir, n'est-ce pas ?
Je hochai la tête.
Est-ce de l'orgueil, Edward ? Il n'y a aucune honte à...
- Non, ce n'est pas l'orgueil qui me retient ici. Du moins plus
maintenant.
Nul par où aller ?
J'eu un rire bref, sans joie.
- Non. Ca ne me retiendrait pas, si je pouvais me résoudre à partir.
- On viendra avec toi, bien sûr, si c'est là ce dont tu as besoin. Tu n'as
qu'à demander. Ne te préoccupe pas de ce qu'ils diront. Ils ne t'en
tiendront pas rancune.
Je levai un sourcil.
- Oui, bon, Rectifia-t-il en riant, Rosalie t'en voudra sûrement, mais
elle te doit bien ça. De toute façon, ça vaut bien mieux pour nous de
partir maintenant, sans laisser de dégâts derrière nous, que de partir
plus tard, après qu'une vie ait prit fin.
Toute trace d'humour avait disparu de sa voix.
- C'est vrai. Reconnu-je d'une voix rauque.
Mais tu ne pars pas ?
- Il le faut. Soupirai-je
- Qu'est-ce qui te retient ici, Edward ? Je ne saisis pas...
- Je ne sais pas si je peux l'expliquer.
Même pour moi, ça n'avait aucun sens.
Il considéra mon expression un long moment.
Non, je ne vois pas. Mais si tu préfère, je respecterais ton intimité.
- Merci. C'est généreux de ta part, quand on voit comment je viole
l'intimité de tout le monde.
A une seule exception. Et n'étais-je pas en train de faire tout mon
possible pour forcer ses défenses ?
Nous avons tous nos caprices. Il rit à nouveau. Pouvons-nous y aller ?
Il venait juste de sentir un petit troupeau de cerf. C'était difficile de
s'en montrer très enthousiaste car ce n'était un arôme très alléchant,
même en de meilleures circonstances. A présent, avec la fragrance du sang
frais de la jeune fille à l'esprit, cette odeur là me retourna plutôt
l'estomac. Je soupirai
- Allons-y. Convenu-je, en pensant que me forcer à faire descendre un peu
de sang dans ma gorge pourrait m'aider un peu.
Nous nous tapîmes tous deux en notre position de chasse, et laissâmes
l'odeur nauséabonde nous guider silencieusement.
Il faisait plus froid lorsqu'on revint à la maison. La neige fondue avait
regelé ; c'était comme si un voile de verre recouvrait tout – chaque
aiguille de pin, chaque fronde de fougère, chaque lame d'herbe était
recouverts de glace.
Pendant que Carlisle allait se changer pour aller à l'hôpital, je restai
près de la rivière, attendant que le soleil se lève. Je me sentais presque
rassasié tant j'avais consommé de sang durant la soirée, mais je savais
que cette absence de soif ne signifierai plus grand-chose quand je
m'assiérais à nouveau à côté de cette fille.
Aussi froid et immobile que la pierre sur laquelle je m'étais assis, je
fixais l'eau noire couler à côté du rivage gelé.
Carlisle avait raison. Je devais quitter Forks. Ils pourraient facilement
inventer une histoire pour excuser mon absence. J'allais étudier en
Europe. J'étais chez un parent à l'autre bout du monde. J'avais fugué. La
fable en elle-même importait peu. Personne n'allait trop se poser de
questions.
C'était juste l'histoire d'une année ou deux, et après la fille serait
partie. Partie avec sa vie – parce qu'elle aurait une vie. Elle pourrait
aller étudier sans une université, vieillir, commencer une carrière,
peut-être même se marier. Je pouvais l'imaginer – je pouvais voir cette
fille habillée tout en blanc et marcher d'un pas mesuré, son bras sur
celui de son père.
C'était étrange, la peine que cette image me faisait. Je ne comprenais
pas. Est-ce que j'étais jaoux, parce qu'elle avait un avenir que je
n'aurais jamais ? Ca n'avait aucun sens. Tous les humains autours de moi
avaient le même potentiel devant eux – une vie – et il était rare que je
m'arrête pour les envier.
Je devais lui laisser son avenir. Arrêter de risquer sa vie. C'était la
meilleure chose à faire. Carlisle choisissait toujours la meilleure
solution. Maintenant, il fallait que je l'écoute.
Le soleil se leva derrière les nuages, et sa faible lumière faisait
scintiller tout le verre gelé.
Un jour de plus, décidai-je. Je la verrais une dernière fois. Je pouvais
le supporter. Je ferais peut-être même une allusion à mon départ imminent,
pour préparer le terrain.
Ca allait être difficile ; je sentais déjà dans ma lourde hésitation que
j'étais en train de me créer des excuses pour rester – retarder la
date-limite de deux jours, trois, quatre...Mais je ferais ce qu'il fallait
faire. Je savais que je pouvais me fier aux conseils de Carlisle. Et je
savais aussi que j'étais trop en conflit avec moi-même pour prendre une
décision tout seul.
J'étais vraiment bien trop en conflit avec moi-même. Quelle partie de moi
voulait rester pour satisfaire ma curiosité ? Quelle partie de moi voulait
rester pour satisfaire ma soif ?
J'entrai à l'intérieur pour mettre des vêtements frais pour le lycée.
Alice était là et m'attendais sur le palier du troisième étage.
Tu t'en va encore. M'accusa-t-elle.
Je soupirai et acquiesçai
Je n'arrive pas à voir où tu va cette fois.
- Je ne sais pas encore où je vais. Murmurai-je.
Je veux que tu reste.
Je secouai la tête.
Peut-être que Jasper et moi on peut t'accompagner ?
- Ils auront encore plus besoin de toi, si je ne suis pas là pour monter
la garde. Et pense à Esmée. Tu lui prendrais la moitié de sa famille d'un
coup toi ?
-Tu vas la rendre si triste.
- Je sais. C'est pourquoi tu dois rester.
- Ce n'est pas pareil que si tu étais là, et tu le sais.
- Je sais. Mais il faut que je fasse ce qui est juste.
Il y a beaucoup de bonne solution ; autant que de mauvaises.
A ce moment là, une de ses étranges visions l'emporta ; et je regardai
avec elle les images indistinctes qui flashaient et tourbillonnaient dans
sa tête. Je me vis moi-même dans ces images, entouré d'étranges ombres que
je n'arrivais pas à identifier – des formes brumeuses, imprécises.
Soudain, je vis ma peau scintiller sous la lumière éclatante du soleil,
dans une petite clairière.
C'était un endroit que je connaissais. Il y avait quelqu'un avec moi dans
la clairière, mais, cette fois encore, c'était indistinct, pas assez
présent pour que je puisse l'identifier. Les images tremblèrent puis
disparurent alors qu'un million d'autres choix réorganisaient le future.
- Je ne vois pas grand-chose. Lui dis-je lorsque la vision s'assombrit.
Moi non plus. Ton futur change tellement ces derniers temps que je ne peux
plus être sûre de rien. Je pense que cependant...
Elle s'arrêta, et elle se mit à feuilleter une vaste collection de visions
récentes qu'elle avait eues à mon sujet. Elles étaient toutes semblables -
Vagues.
- Je pense cependant que quelque chose est en train de changer. Dit-elle à
haute voix. Ta vie semble être à la croisée des chemins.
- Tu réalises qu'on dirait un baratin de diseuse de bonne aventure dans un
carnaval, n'est-ce pas ? Dis-je avec un rire sinistre.
Elle me tira sa petite langue.
- Ca ira, pour aujourd'hui, n'est-pas ? Demandai-je, soudain inquiet.
- Je ne te vois tuer personne aujourd'hui. M'assura-t-elle.
- Merci Alice.
- Va t'habiller. Je ne dirais rien – je te laisserai leur en parler quand
tu seras prêt à le faire.
Elle se leva et se dépêcha de descendre les escaliers, les épaules
légèrement voutées.
Tu va me manquer. Vraiment.
Oui, à moi aussi elle va me manquer.
Le trajet pour aller à l'école se passa en silence. Jasper sentait
qu'Alice était contrariée par quelque chose, mais il savait que si elle
avait voulu lui en parler elle l'aurait déjà fait. Emmett et Rosalie était
dans leur bulle, se regardant sans les yeux avec passion - c'était
d'ailleurs assez éc½urant à regarder.
On était tous au courant de combien ils étaient désespérément amoureux
l'un de l'autre. Ou peut-être que c'était juste plus douloureux pour moi
parce que j'étais le seul célibataire de la famille. Il y avait des jours
où c'était plus dur que d'habitude pour moi de vivre entouré de trois
couples parfaitement unis.
Aujourd'hui était un de ceux là.
Peut-être qu'ils seraient tous plus heureux sans moi dans leur pattes,
aussi agressif et de mauvais caractère que le vieillard que je devrais
être à présent.
Bien sûr, la première chose que je fis lorsque nous arrivâmes à l'école
fut de chercher la jeune fille du regard. Juste histoire de me préparer.
N'est-ce pas ?
C'était tellement embarrassant de voir comme mon univers semblait vide
sans elle – toute mon existence était centrée sur la fille, et non plus
sur moi comme avant.
C'était plutôt facile à expliquer, en fait : après quatre-vingts ans de
routine, le moindre changement devenait un évènement majeur.
Elle n'était pas encore arrivée, mais je pouvais déjà entendre les
pétarades bruyantes de son antique camionnette. Je m'appuyais contre la
voiture en attendant. Alice resta avec moi, alors que les autres allèrent
directement en classe. Ma fixation les ennuyait – c'était incompréhensible
pour eux qu'une humaine puisse retenir aussi longtemps mon attention,
aussi délicieuse soit-elle.
Au volant de sa voiture, la fille arriva lentement dans mon champ de
vision, ses yeux concentrés sur la route et ses mains crispées sur le
volant. Elle semblait anxieuse de quelque chose. Ca me prit une seconde
pour m'imaginer ce que ce « quelque chose » pouvait être, et une de plus
pour réaliser que tous les humains avaient cette même expression sur le
visage aujourd'hui. Ah, la route étant recouverte de verglas, et il leur
fallait conduire plus prudemment. Je pouvais voir combien elle prenait ce
petit risque au sérieux.
Ca semblait conforme au peu que je savais déjà sur elle. J'ajoutai ce
trait de caractère à ma petite liste : c'était quelqu'un de sérieux, de
responsable.
Elle ne se gara pas trop loin de moi, mais n'avait pas encore remarqué que
j'étais là, à la regarder. Je me demandai ce qu'elle ferait lorsqu'elle
s'en rendrait compte. Rougir et s'éloigner ?
C'était ma première supposition. Mais peut-être allait-elle me regarder à
son tour. Peut-être allait-elle venir pour me parler.
Je pris une profonde inspiration, remplissant mes poumons d'espoir, juste
au cas où.
Elle sortit de sa camionnette avec précautions, testant le sol glissant
avant d'y mettre tout son poids. Elle ne leva pas les yeux, et ça me
frustra. Peut-être que je devrais aller lui parler...
Non, mauvaise idée.
Au lieu de se tourner vers le lycée, elle avança vers l'arrière de sa
camionnette, s'accrochant à son véhicule d'une drôle de manière, comme si
elle n'avait pas confiance en ses jambes. Ca me fit sourire, et je sentis
les yeux d'Alice sur mon visage. Je n'écoutai pas ce que ça lui faisait
penser – je m'amusai trop à regarder la fille vérifier les chaines de
neiges de sa camionnette. Vu la manière dont ses pieds étaient
positionnés, elle devait vraiment avoir peur de tomber. Personne d'autre
n'avait de problème – s'était-elle garée sur une plaque de verglas
particulièrement dangereuse ?
Elle se figea, les yeux baissés dans une étrange expression. C'était...de
la tendresse ? Comme si quelque chose...l'attendrissait ?
Cette fois encore, la curiosité se fit aussi douloureuse que la soif.
C'était comme si je devais absolument savoir ce qu'elle pensait – comme si
c'était l'unique chose au monde qui ai la moindre importance.
J'irais lui parler. Elle avait l'air d'avoir besoin de se tenir à une
main, au moins pour l'aider à se rendre sortir de la zone verglacée. Mais
bien sûr, je ne pouvais pas lui offrir cela, n'est-ce pas ? J'hésitai,
déchiré. Elle semblait avoir une telle aversion pour la neige, alors elle
ne risquait certainement pas d'apprécier le contact avec ma main froide et
blanche. Si seulement j'avais des gants...
- NON ! Haleta Alice
Instantanément, je scannais ses pensées, supposant d'abord que j'avais
fais un mauvais choix et qu'elle me voyait faire quelque chose
d'inexcusable. Mais ça n'avait rien à voir avec moi.
Tyler Crowley avait choisi de pénétrer dans le parking à une vitesse bien
peu judicieuse. Ce choix allait l'envoyer glisser sur une plaque de
verglas...
La vision vint juste une demi-seconde avant la réalité. Le van de Tyler
prit son visage alors que j'étais encore en train de regarder le
dénouement qui tordait les lèvres d'Alice en une grimace horrifiée.
Non, cette vision n'avait rien à voir avec moi, et en même temps elle
avait tout à voir avec moi, parce que le van de Tyler – dont les pneus
venaient juste d'heurter la glace dans le pire angle possible – tournoyait
follement droit vers la fille qui était devenue malgré elle le point
central de mon univers.
Même sans la prescience d'Alice, il aurait été assez simple de voir la
trajectoire du véhicule, qui glissait, échappant totalement au contrôle de
Tyler.
La fille, qui à l'arrière de sa camionnette se tenait exactement au
mauvais endroit, leva les yeux, intriguée par les hurlements des pneus
bloqués. Elle rencontra immédiatement mon regard horrifié, puis tourna les
yeux pour regarder sa mort prochaine.
Pas elle ! Les mots éclatèrent dans ma tête comme s'ils appartenaient à
quelqu'un d'autre. Tout en lisant dans les pensées d'Alices, je vis la
vision se transformer soudainement, mais je n'avais pas le temps de
regarder ce que ce changement pouvait être.
Je n'élançai à travers la foule, me plaçant entre le van en plein dérapage
et la fille tétanisée. Je bougeai si vite que tout devint une vaste tache
floue et rayée, à l'exception d'elle. Elle ne me vit pas – aucun ½il
humain n'aurait pu suivre mon vol – regardant toujours la forme grossière
qui était sur le point de la réduire en bouillie contre l'armature de
métal de sa camionnette.
Je la pris par la taille, bougeant avec trop de précipitation pour être
aussi doux que j'aurais dû l'être. Durant le centième de seconde entre le
moment où je tirai d'un coup sec sa silhouette légère hors de danger et le
moment où je m'écrasai au sol avec elle dans mes bras, je pris soudain
conscience de la fragilité de son corps.
Lorsque j'entendis l'horrible craquement de sa tête contre la glace, je
cru me geler à mon tour.
Mais je n'avais même pas une seule seconde pour voir comment elle allait.
J'entendis le van derrière nous, râpant et couinant comme s'il tournait
autour du fer solide de la camionnette de la jeune fille. Il était en
train de changer sa course, se courbant, et revenant dans la direction à
nouveau – comme s'il elle était un aimant qui l'attirait vers nous.
Un mot que je n'avais jamais osé prononcer en présence d'une dame sorti de
mes dents serrées.
J'en avais déjà trop fait. De la même manière que j'avais presque volé
devant tout le monde pour la pousser hors de la trajectoire du fourgon,
j'étais pleinement conscient de l'erreur que je faisais. Savoir que
c'était une erreur ne m'arrêta pas, mais je n'oubliais pas pour autant le
risque que je prenais – que je ne prenais pas seulement pour moi-même,
mais pour toute ma famille.
Exposition.
Et cela n'allait certainement pas aider, mais il était tout bonnement hors
de question que je permette à se van de réussir dans sa deuxième tentative
de prendre sa vie.
Je la lâchai et tendis mes mains devant nous, attrapant le van avant qu'il
ne puisse la toucher. Le choc m'envoya contre a voiture garée à côté de la
camionnette de la fille, et je pus sentir l'armature de métal derrière mes
épaules. Le van frissonna et trembla contre l'obstacle ferme de mes bras
immobiles, puis commença alors a se balancer de façon instable sur ses
deux pneus arrières.
Si je bougeai mes mains, l'arrière du van allait tomber sur ses jambes.
Oh, pour l'amour de tous les saints, ces catastrophes n'allaient donc
jamais finir ? Restait-il quoi que ce soit qui puisse encore tourner mal ?
Il aurait été délicat de rester la, à ternir le van en l'air à bout de
bras et appeler à l'aide. Je ne pouvais pas non plus lancer le véhicule –
je devais aussi penser au conducteur, dont les pensées étaient confuses de
panique.
Avec un gémissement interne, je poussai le fourgon pour qu'il bascule et
s'éloigne de nous pendant un court instant. Alors qu'il retombait vers
nous, je l'attrapai par-dessous avec ma main droite tandis que j'enlaçai à
nouveau sa taille de mon bras gauche. Son corps bougea mollement quand je
la lâchai pour que ses jambes soient hors d'atteinte – était-elle
consciente ? Combien de dégât lui avais-je infligé dans ma tentative de
sauvetage improvisée ?
Je laissai tomber le van, maintenant que je savais que ça ne pouvait plus
la blesser. Il s'écrasa contre le sol, toutes les fenêtres éclatant à
l'unisson.
Je savais que j'étais au milieu d'une crise. Qu'avait-elle vu ? Y'avait-il
un seul autre témoin qui' m'eut vu me matérialiser à ses côtés et jongler
avec le van tout en la manipulant pour la tirer de là ? Ces questions
auraient dû être mes priorités.
Mais j'étais trop anxieux pour réellement me soucier de la menace de
l'exposition autant que je le devrais. Trop paniqué à l'idée de l'avoir
blessé en essayant de la protéger. Trop effrayé de l'avoir si proche de
moi, tout en sachant ce que je sentirais si je me permettais de respirer.
Trop conscient de la chaleur de son corps souple, pressé contre le mien –
même à travers le double obstacle de nos vertes, je pouvais sentir cette
chaleur...
La première peur fut la plus grande. Alors que les hurlements des témoins
commencèrent à fuser autour de nous, le baissai les yeux pour examiner son
visage, pour voir si elle était consciente – espérant férocement qu'elle
ne saignait pas.
Ses yeux étaient grands ouvert, le regard gelé par le choc.
- Bella ? Demandai-je en proie à l'affolement. Ca va ?
- Très bien. Dit-elle automatiquement de sa voix stupéfiée.
Le soulagement, si intense qu'il en était presque douloureux, me pénétra
au son de sa voix. Je suçai une bouffée d'air entre mes dents, sans me
soucier de la brûlure qui l'accompagnait dans ma gorge. J'étais presque
content de la sentir.
Elle frissonna pour s'asseoir, mais je n'étais pas prêt de la lâcher. Je
me sentais étrangement...en sécurité ? Du moins, je me sentais mieux, à
présent qu'elle était dans mes bras.
- Attention. L'avertis-je. Je crois que tu t'es cogné la tête assez fort.
Il n'y avait aucune trace de sang frais dans son odeur – une indulgence –
mais ça ne garantissait pas l'absence d'hémorragie interne. J'étais
soudain impatient de l'amener à Carlisle et à tout son équipement de
radiologie.
- Ouille ! Dit-elle, son ton choqué était comique, comme si elle venait à
peine de s'apercevoir que sa douleur.
- C'est bien ce que je me disais.
Le soulagement me rendit la situation comique, et j'étais presque étourdi.
- Comment diable...
Sa voix se perdit, et ses paupières flottèrent.
- Comment as-tu réussi à t'approcher aussi vite ?
Le soulagement d'assourdit, l'humour disparu. Elle en avait trop vu. Et
maintenant que la fille semblait en sécurité et en bonne forme, l'anxiété
pour ma famille reprit le dessus.
- J'étais juste à côté de toi, Bella.
Je savais par expérience que si je montrais beaucoup d'assurance lorsque
je mentais, cela rendait tout questionneur moins sur de la vérité.
Elle se débâtit à nouveau pour se redresser, et cette fois je la laissai
faire. Pour jouer mon rôle correctement, j'avais besoin de respirer. Il
fallait que je me tienne à distance de la chaleur de sang brûlant pour que
l'odeur ne me fasse pas perdre le fil. Je glissai aussi loin que possible
d'elle, du moins autant que le permettait l'espace restreint entre les
deux véhicules accidentés.
Elle leva les yeux vers moi, et je soutins son regard. Détourner les yeux
le premier serait une erreur que seul un mauvais menteur ferrait, et
j'étais loin d'être un mauvais menteur. Mon expression semblait innocente
et inquiète...Cela semblait la perturber. Bien.
La scène de l'accident était noire de monde à présent. Des élèves pour la
plupart, des enfants qui scrutaient et se poussaient pour voir s'il y
avait quelques corps mutilés à voir. Le brouhaha des éclats de voix se
mêlait aux pensées hurlantes.
Je scannai les esprits aux alentours pour m'assurer qu'il n'y avait pas
encore de suspicion parmi les témoins, puis me retourna pour me concentrer
uniquement sur la fille.
Elle semblait distraite par le chahut autour d'elle, elle regarda autour
d'elle, son expression toujours choquée, et essaya de se lever.
Je posai délicatement ma main sur son épaule pour l'en empêcher.
- Attend encore un peu.
Elle avait l'air d'aller bien, mais peut-être devrait-elle éviter de
bouger sa nuque ? Cette fois encore, j'aurais aimé que Carlisle soit là.
Mes années d'étude théorique de la médecine ne faisait pas le poids face à
ses siècles de pratique médicale.
- J'ai froid ! Objecta-t-elle.
Elle venait de frôler la mort deux fois de suite et avait failli se faire
estropier, et tout ce qui la perturbait, c'était le froid. Un petit rire
fit trembler mes dents avant que je ne me souvienne que la situation
n'avait rien de drôle.
Bella cligna des yeux, puis son regard se verrouilla sur mon visage.
- Tu étais là bas.
Là encore, mon rire disparu aussi rapidement qu'il était venu. Ses yeux se
dirigèrent vers le sud, même s'il n'y avait rien d'autre à voir que la
tôle chiffonnée du fourgon.
- Près de ta voiture
- Non.
- Je t'ai vu ! Insista-t-elle. Sa voix était enfantine quand elle
s'obstinait. Elle leva le menton.
- Bella, j'étais tout près de toi et je t'ai tiré de là, c'est tout.
Je me plongeai profondément dans son regard lointain, essayant de lui
faire accepter ma version des faits – la seule version rationnelle
possible.
Sa mâchoire se crispa.
- Non
J'essayai de rester calme, de ne pas panique. Si seulement je pouvais la
faire taire pendant un moment, ça me donnerait l'occasion de détruire
l'évidence...et de discréditer sa version en utilisant sa blessure au
crâne.
Pour toi, la fille la plus silencieuse qui soit, ça devrait être facile de
te taire, non ? Si seulement elle pouvait me faire confiance, juste
pendant un moment...
- S'il te plait, Bella. Dis-je
Ma voix était trop intense, parce que soudain je réalisai combien je
voulais qu'elle me croie. Je le voulais tellement, et pas uniquement pour
cet accident. Un désire stupide. Qu'est-ce que ça pourrait bien changer
pour elle de me faire confiance ?
- Pourquoi ? Demanda-t-elle, toujours sur la défensive.
- Fais-moi confiance. Suppliai-je.
- Jure que tu m'expliqueras plus tard.
Ca m'énervait de devoir à nouveau lui mentir, alors qu'au contraire je
désirais plus que tout au monde pouvoir un tant soit peu mériter sa
confiance. Alors quand je lui répondis, mon ton était dur
- D'accord !
- Tu as intérêt à tenir parole.
Tandis que les secours arrivaient – les adultes accouraient sur les lieux
de l'accident, la police avait été appelée et on entendait déjà les
sirènes à quelques centaines de mètres au loin – j'essayai de sortir la
fille de ma tête et de remettre mes priorités dans le bon ordre. Je
scannai tous les esprits aux alentours, qu'ils aient assistés à toute la
scène ou non, mais je ne trouvais rien de dangereux. Bon nombre d'entre
eux avaient été surprit de me voir à côté de Bella, mais ils arrivaient
tous à la conclusion – la seule conclusion probable – qu'ils ne m'avaient
juste pas remarqué avant que ne survienne l'accident.
Elle était la seule qui n'acceptait pas l'explication rationnelle, mais
son témoignage ne sera sûrement pas celui qui aurait le plus de poids.
Elle avait été terrifiée, traumatisée, sans parler du traumatisme crânien
que je lui avais sûrement infligé. Et elle était probablement en état de
choc. On pourrait facilement considérer que son histoire était un délire
post-traumatique, non ? Personne n'allait donner trop de crédit à sa
version, quand on la comparerait à celle de la foule de spectateurs
objectifs.
Je grimaçais lorsque j'interceptai les pensées d'Emmett, de Rosalie et de
Jasper, qui venait à peine d'arriver sur les lieux. J'allais devoir rendre
des comptes cette nuit, je le sentais bien.
Je voulais déformer l'indentation que mes épaules avaient creusée dans
l'autre voiture, mais la fille était trop proche. J'allais devoir attendre
qu'elle soit distraite par autre chose.
C'était frustrant d'attendre – il y avait tant d'yeux braqués sur moi –
que les humains se débrouillent pour dégager le van pour nous libérer.
J'aurais sûrement dû les aider, juste pour accélérer le processus, mais
j'étais déjà trop impliqué et la fille me fixai de ses yeux perçants.
Finalement, ils furent quand même capable de le déplacer assez loin pour
permettre aux secouristes d'arriver jusqu'à nous avec leurs brancards.
Un homme grisonnant au visage familier apparut.
- Eh, Edward ! Ca va tu n'as rien ? Dit Brett Warner.
Il était aussi infirmier, et je le connaissais bien de l'hôpital. C'était
une chance – le seul évènement chanceux de la journée – qu'il soit le
premier à venir vers nous. Dans ses pensées, je ne lu rien d'autre que du
calme alerté et attentif.
- Tout va bien, Brett, rien ne m'a touché. Mais j'ai bien peur que Bella
ait une contusion. Elle s'est cognée la tête assez fort quand je l'ai tiré
de la trajectoire du fourgon...
Brett reporta son attention sur la fille, qui me regardait comme si je
venais de me rendre coupable de haute trahison. Oh, c'est vrai. C'était un
martyr silencieux – elle préférait souffrir en silence.
Elle ne contredit pas immédiatement ma version, et ça me détendit un peu.
Le deuxième secouriste essaya d'insister pour que je monte sur un de leur
brancard, et ce ne fut pas difficile de l'en dissuader. Il me suffit de
promettre que je laisserai mon père m'examiner, et il laissa tomber. Avec
la plupart des humains, il suffisait généralement de s'exprimer avec
assurance. Excepté la fille, évidemment. Est-ce qu'il y avait quoi que ce
soit de normal chez elle ?
Dès qu'ils lui mirent une minerve – la faisant rougir d'embarras –
j'utilisai ce moment de distraction pour discrètement déformer la marque
laissé par mes épaules dans la voiture avec le talon. Il n'y eut que mes
frères et s½ur pour remarquer ce que je faisais, et j'entendis la promesse
mentale d'Emmett de repasser derrière moi si j'avais oublié quoi que ce
soit.
Reconnaissant pour son aide – et encore plus reconnaissant qu'Emmett m'ai
dors et déjà pardonné mon choix risqué – j'étais un peu plus calme lorsque
je m'installai sur le siège avant de l'ambulance.
Le chef de la police arriva avant qu'ils aient pu mettre Bella dans
l'ambulance à son tour.
Inutile d'essayer de lire dans ses pensées, tant la panique qui émanait de
son esprit refoulait les évènements et conversations des jours passés. Une
incroyable anxiété mêlée de culpabilité dénuée de mots l'emplissait tandis
qu'il voyait sa fille unique ficelée à un brancard.
Ses sentiments me pénétrèrent de toute part et grandirent en intensités.
Quand Alice m'avait prévenu que tuer la fille de Charlie Swan reviendrait
à le tuer lui, également, elle n'avait pas exagéré.
Ma tête fut transpercée de cette culpabilité tandis que j'entendais sa
voix paniquée ?
- Bella ! Hurla-t-il
- Tout va aussi bien que possible Char...papa, soupira-t-elle. Je suis
indemne.
Cette assurance ne le rassura pas pour autant. Il se tourna vers le
secouriste le plus proche et demanda plus d'informations.
J'étais en train de l'écouter parler, formant des phrases parfaitement
cohérentes malgré sa panique, quand je réalisais soudain que son anxiété
et son souci n'étaient pas dénués de mots. C'était juste que...je ne
pouvais pas entendre les termes exactes de ses pensées.
Hmm. Charlie Swan n'était pas aussi silencieux que sa fille, mais à
présent je savais de qui elle tenait ça. Intéressant.
Je ne m'étais jusqu'alors jamais trop approché du chef de police
municipal. Je l'avais toujours prit pour un homme assez lent d'esprit,
sans me douter que j'étais celui qui était lent. Ses pensées, loin d'être
absentes, étaient en parties cachées. Je pouvais seulement entendre le
ténor de ses pensées, rien d'autre que le ton...
Je voulais écouter plus intensément, pour voir si je pouvais par cette
découverte percer à jour le secret de la fille. Mais Bella était à présent
chargée dans le coffre, et l'ambulance démarra.
C'était difficile de m'arraché à l'idée que je tenais peut-être une
solution possible au mystère qui avait commencé à m'obséder. Mais il
fallait que je réfléchisse – regarder ce qui avait été fait aujourd'hui
sous tous les angles. Il fallait que j'écoute, pour m'assurer que ça
n'était pas allé trop loin et que nous n'allions pas devoir partir
immédiatement. Il fallait que je me concentre.
Il n'y avait rien d'inquiétant dans les pensées des secouristes. Pour
autant qu'ils puissent le dire, la fille allait bien. Et, et aussi
étonnant que ça puisse paraître, Bella s'en tenait à ma version des faits.
Ma première priorité, lorsque j'arrivai à l'hôpital, était de voir
Carlisle. Je me ruai à travers vers les portes à ouverture automatique,
mais j'étais incapable de vraiment arrêter de surveiller Bella ; je
gardais un ½il sur elle par l'intermédiaire des infirmiers.
Il me fut facile de repérer l'esprit familier de mon père. Il était dans
son petit bureau, seul. Une deuxième petite pointe de chance dans ce jour
de malchance.
- Carlisle.
Il m'avait entendu approcher, et il s'alarma lorsqu'il vit mon visage. Il
se leva d'un bond et devint encore plus pâle que d'habitude. Il me fit
face derrière son bureau parfaitement organisé.
Edward...tu n'as pas...
- Non ! non, ce n'est pas ça.
Il prit une profonde inspiration.
Evidemment. Je suis navré d'avoir eu cette pensée. Tes yeux, bien entendu,
j'aurais dû m'en douter...Ajouta-t-il en regardant mes yeux d'or solide
avec soulagement.
- Mais elle est blessée, Carlisle, ce n'est probablement pas grand-chose,
mais...
- Qu'est-il arrivé ?
- Un stupide accident de voiture. Elle était au mauvais endroit au mauvais
moment. Mais je ne pouvais pas rester là...à le laisser la percuter...
- Attend, attend. Recommence depuis le début. En quoi es-tu impliqué ?
- Un fourgon a dérapé sur la glace. Murmurai-je en regardant le mur
derrière lui alors que je parlais – au lieu des diplômes, il n'y avait
qu'une peinture à l'huile, sa préférée, un Hassam non répertorié.
Elle était en plein dans sa trajectoire. Alice l'a vu arriver, mais je
n'avais pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre que courir à
travers la foule et la tirer de là. Personne ne l'a remarqué...sauf elle.
J'ai aussi dû arrêter le van, mais cette fois encore, personne ne la
vu...excepté elle. Je suis désolé Carlisle. Je ne voulais pas nous exposer
comme ça.
Il contourna son bureau et posa une main son mon épaule.
Tu as fais ce qu'il fallait. Je sais que ça n'a pas dû être facile pour
toi. Je suis fier de toi, Edward.
Je pouvais à présent le regarder dans les yeux.
- Elle sait que quelque chose...ne va pas chez moi.
- Ca n'a pas d'importance. S'il faut que nous partions, nous partirons.
Qu'a-t-elle dit ?
Je secouai la tête, un peu frustré.
- Rien, pour l'instant.
Pour l'instant ?
- Elle s'en tien à ma version des faits...mais elle attend une
explication.
Il fronça les sourcils, considérant ce que je venais de lui dire.
- Elle s'est cognée la tête...enfin, je lui ai fais ça. Continuai-je
précipitamment. Je l'ai cogné assez durement contre le sol. Elle a l'air
d'aller bien, mais...je pense que ça devrait être facile de discréditer sa
parole...
Rien qu'en disant ces mots, j'avais déjà l'impression d'être un moins que
rien. Carlisle entendit le dégoût dans ma voix
Peut-être que ce ne sera pas nécessaire. Regardons ce que ça donne,
d'accord ? Je crois que j'ai un patient à examiner.
- Je t'en pris. Dis-je. J'ai tellement peur de lui avoir fait du mal.
Une étincelle traversa l'½il de Carlisle. Il passa sa main dans ses
cheveux – qui avaient des reflets un peu plus clairs que ses yeux dorés –
et rit.
Ca m'a tout l'air d'être une journée plutôt intéressante pour toi, je me
trompe ? Dans son esprit, je pouvais lire l'ironie, et l'humour que la
situation lui inspirait. Quel revirement. Quelque part durant la seconde
d'inconscience qui m'avait poussé à voler à son secours, le tueur s'était
métamorphosé en protecteur.
Je ris avec lui, me souvenant que Bella n'aurait jamais autant besoin
d'être protégée que de moi-même. Ca me fit rire parce que, quelque soit ce
qui venait de se passer, j'étais toujours aussi dangereux pour elle
qu'avant.
J'attendis seul dans le bureau de Carlisle – l'une des heures les plus
longues de mon existence – écoutant l'hôpital plein de pensées.
Tyler Crowley, le conducteur du fourgon, avait l'air bien plus atteint que
Bella, et toute l'attention était tournée vers lui, alors qu'elle
attendait son tour pour faire des radios. Carlisle resta dans l'ombre,
croyant sur parole les secouristes qui affirmaient que la fille n'était
que légèrement blessée. Ca me stressa, même si je savais qu'il avait
raison. Un seul coup d'½il à son visage, et Bella se souviendrait
immédiatement de moi, et du fait qu'il y avait quelque chose d'anormal
dans ma famille, et ça pourrait risquer de la faire parler.
Une chose était sûre, elle avait bien assez de compagnie avec qui parler.
Tyler était consumé par sa culpabilité, du fait qu'il avait bien faillit
la tuer – deux fois de suite – et ne semblait pas pouvoir se taire. Je
pouvais clairement voir l'expression de son visage à travers ses yeux, et
il était clair qu'elle voulait qu'il se taise. Comment pouvait-il ne pas
s'en rendre compte ?
Je me tendis lorsque j'entendis Tyler lui demander comment avait pu s'en
sortir. J'attendis, sans respirer, alors qu'elle hésitait.
Um...l'entendis-je dire. Puis elle se tut si longtemps que Tyler se
demanda si sa question la dérangeait. Enfin, elle dit : Edward m'a tiré de
là.
Je soupirai. Et là ma respiration s'accéléra. Je ne l'avais jamais entendu
prononcer mon nom avant. J'aimais le son que ça produisait – même si je ne
l'entendais que par l'intermédiaire des pensées de Tyler. Je voulais
l'entendre moi-même...
Edward Cullen dit-elle, quand Tyler ne savait pas de qui elle parlait. Je
me retrouvais devant la porte, une main sur la poignée. Le désire de la
voire devenait de plus en plus fort. Je devais me souvenir qu'il me
fallait être prudent.
- Il était près de moi
- Cullen ? Je ne l'ai pas vu...Enfin, tout s'est passé si vite. Il va bien
?
- Il me semble. Il traîne dans les parages. Ils ne l'ont pas couché sur un
brancard, lui.
Je vis son regard pensif, un éclair de suspicion traverser ses yeux, mais
ces petits changements dans son expression passèrent inaperçus pour Tyler.
Elle est jolie, pensa-t-il, presque surprit. Même toute sale. Elle n'est
pas vraiment mon type mais...je devrais sortir avec elle. Il suffit
d'arranger les choses pour aujourd'hui...
J'étais dans le hall, tout près de la salle des urgences, sans penser ne
serait-ce que pendant une seconde à ce que j'étais en train de faire. Par
chance, l'infirmière entra dans la salle avant moi – c'était au tour de
Bella pour les radios. Je m'adossai contre le mur dans un recoin sombre
tout près du tournant, et essaya de me retenir de la suivre alors qu'on
l'emmenait.
Qu'est-ce que ça pouvait bien faire que Tyler la trouve jolie ? Tout le
monde pouvait s'en rendre compte. Il n'y avait strictement aucune raison
pour que je ressente...mais qu'est-ce que je ressentais au juste ? De la
gêne ? Ou est-ce que « en colère » était plus proche de la réalité ? Cela
n'avait strictement aucun sens.
Je restai là où j'étais aussi longtemps que je le pus, mais mon impatience
l'emporta sur tout le reste et je m'en retournai vers la salle de
radiologie. On l'avait déjà reconduise aux urgences, mais je pus tout de
même jeter un coup d'½il à ses radio quand l'infirmière eut le dos tourné.
Ce que je vis me rassura. Son crâne allait bien. Je ne l'avais pas
blessée, pas vraiment.
Carlisle m'appela.
Tu as meilleure mine, commenta-t-il.
Je continuai à regarder droit devant moi. Nous n'étions pas seuls, les
corridors étaient pleins d'employés et de visiteurs.
Ah, oui. Il accrocha ses radios au négatoscope, mais je n'avais pas besoin
d'un second coup d'½il. Je vois. Elle va parfaitement bien. Bon travail,
Edward.
Entendre une telle approbation venant de mon père déclencha en moi une
réaction mitigée. Cela aurait dû me faire plaisir, cependant je savais
qu'il n'approuverait certainement pas ce que je m'apprêtais à faire à
présent. Du moins, il ne l'approuverait pas s'il connaissait mes
véritables intentions...
- Je crois que je vais aller lui parler, soufflai-je, avant qu'elle ne te
voie. Agir naturellement, prétendre que rien ne s'est passé. Histoire
d'arranger ca.
Voilà qui pourrait faire figure d'excuses acceptables. Carlisle hochai la
tête d'un air absent, toujours concentré sur ses radios.
- Bonne Idée. Hmm.
Je regardai à mon tour les images pour voir ce qui retenait son attention.
Mais regardez moi toutes ces anciennes contusions ! Combien de fois sa
mère l'a-t-elle laissé tomber ? Carlisle rit de sa propre plaisanterie.
- Je commence à croire que cette fille est cernée par la malchance. Elle
est toujours au mauvais endroit au mauvais moment.
Il est vrai qu'avec toi dans les parages, Forks est sans aucun doute le «
mauvais endroit » pour elle.
Je tressaillis
Vas-y. Arrange les choses. Je te rejoins dans un moment.
Je m'éloignai à grands pas, sentant les remords affluer. J'étais peut-être
décidément trop bon menteur, si je pouvais tromper Carlisle.
Quand je pénétrai dans la salle des urgences, Tyler marmonnait dans sa
barbe d'énièmes excuses. La jeune fille essayait d'échapper à l'assaut de
ses remords en faisant semblant de dormir. Ses yeux étaient clos, mais sa
respiration n'était pas tranquille, et je pouvais voir ses doigts bouger
avec impatience par moment.
Je contemplai son visage un long moment. C'était la dernière fois que je
la verrais. Ce fait déclencha une douleur aigue dans ma poitrine. Etait-ce
parce que je détestais laisser derrière moi un mystère non résolu ? Ca ne
semblait pas être une raison suffisante.
Finalement, je pris une profonde inspiration et entrai dans la salle des
urgences, à la vue de tous.
Quand Tyler me vit arriver, il recommença à parler, mais je mis un doigt
sur mes lèves.
- Elle dort ? Murmurai-je.
Les paupières de Bella s'ouvrirent en grand et ses yeux se focalisèrent
instantanément sur mon visage. Ils s'écarquillèrent un moment, puis se
réduisirent en deux fentes soupçonneuses ou en colère. Je me rappelai
qu'il fallait que je joue mon rôle, aussi lui souris-je comme si rien
d'anormal ne s'était produit – mis à part un léger choc à la tête et un
petit délire post-traumatique.
- Et, Edward, je suis désolé...commença-t-il
D'un geste de la main, je stoppai ses excuses.
- Il n'y a pas mort d'homme. Constatai-je d'un air désabusé en souriant un
peu trop largement à ma petite plaisanterie personnelle.
Il était incroyablement facile d'ignorer Tyler, bien qu'il fut à seulement
trois mètres de mois, et couvert de sang.
Autrefois je n'avais jamais compris comment Carlisle y parvenait – ignorer
le sang de ses patients pour les soigner. Après tout, n'était-il pas
dangereux d'être en permanence tenté ? Mais à présent, je voyais. Si on se
concentre sur quelque chose d'assez puissant, la tentation n'a plus
d'atteinte sur vous.
Car même frais et à découvert, le sang de Tyler n'était rien comparé à
celui de Bella.
Je restai à une distante sécurisante d'elle, m'asseyant au bord du matelas
de Tyler.
- Alors, quel est le verdict ?
Sa lèvre inférieure se retroussa légèrement.
- Je n'ai rien, mais ils refusent de me relâcher. Explique-moi un peu
pourquoi tu n'es pas ficelé à une civière comme nous ?
- Question de relation. Répondis-je avec légèreté. Mais ne t'inquiète pas,
je me charge de ton évasion.
Je regardai prudemment sa réaction lorsque mon père entra dans la pièce.
Ses yeux s'écarquillèrent et se retrouva bouche bée de surprise.
Intérieurement, je grognai. Aucun doute possible, elle avait remarqué
notre ressemblance.
- Alors, Mademoiselle Swan, demanda Carlisle, comment vous sentez-vous ?
Son charisme et ses manières avaient le don de détendre n'importe quel
patient en une demi-seconde. Mais bien sûr, impossible de dire avec
certitude si ce pouvoir affecta Bella.
- Je vais bien. Dit-elle calmement.
Carlisle accrocha ses radios au négatoscope près du lit.
- Vos radios sont bonnes. Vous avez mal à la tête ? D'après Edward, vous
avez subit un sacré choc
- Tout est en ordre. Répéta-t-elle après un soupir
Une once d'impatience dans sa voix cette fois. Elle me jeta un regard
noir. Carlisle s'approcha d'elle et fit courir presque tendrement ses
doigts sur son cuir chevelu jusqu'à ce qu'il ait trouvé la bosse au sommet
de son crâne.
Toutes mes défenses tombèrent devant la vague d'émotions qui m'assaillait.
Maintes fois j'ai eu l'occasion de voir Carlisle travailler avec des
humains. Je lui ai même servis d'assistant, il y a des années – uniquement
dans les situations où le sang n'était pas impliqué cependant. Ce n'était
donc pas nouveau pour moi de le voir interagir avec cette fille comme s'il
était aussi humain qu'elle.
J'ai souvent envié sa maîtrise de soi, c'est vrai, mais jamais à ce point
là. Cette fois c'était différent. C'était bien plus que son self-control
que j'enviais chez lui. Je brûlais de faire disparaître cette différence
entre Carlisle et moi – le fait qu'il puisse la toucher si tendrement,
sans peur, sans craindre de la blesser...
Elle tressaillit, et je remuai sur le matelas où j'étais assis. Je dus me
concentrer pendant un moment pour retrouver ma position décontractée.
- C'est douloureux ? Demanda Carlisle.
Son menton hocha d'un millimètre.
- Pas vraiment. Dit-elle.
Une autre pièce trouva sa place dans le puzzle de sa personnalité : elle
était courageuse. Elle n'aimait pas montrer ses faiblesses.
C'était probablement la créature la plus vulnérable qu'il m'ait été donné
de rencontrer, et elle ne voulait pas sembler faible. Un léger rire
s'échappa de mes lèvres.
Elle me lança un autre regard courroucé.
- Bon, déclara Carlisle, votre père vous attend à côté. Vous pouvez
rentrer. Mais n'hésitez pas à revenir si vous avez des vertiges ou des
troubles de la vision.
Son père était donc là ? J'avais beau scanner les pensées de la foule qui
avait envahit le hall, je n'arrivais pas à trouver sa voix avant que Bella
ne se remette à parler, l'air anxieux.
- Je ne peux pas retourner au lycée ?
- Vous feriez mieux de vous reposer, aujourd'hui. Lui suggéra Carlisle.
- Et lui, il y retourne ? Enchaina-t-elle en me désignant du regard.
Agir normalement, arranger les choses...ignorer l'effet que ça fait quand
elle me regarde dans les yeux...
- Il faut bien que quelqu'un annonce la bonne nouvelle de notre survie.
Déclarai-je.
- En fait, me corrigea Carlisle, la plupart des élèves semblent avoir
envahit les urgences.
Cette fois-ci, je pu anticiper sa réaction – son aversion envers les spots
braquées sur elle. Je ne fus pas déçu.
- Oh, bon sang ! Grommela-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains
J'étais plutôt content d'avoir enfin réussi à deviner juste. Je commençai
à la comprendre...
- Vous préférez rester ici ? Demanda Carlisle.
- Non, non ! S'empressa-t-elle de répliquer
Elle arracha ses jambes aux draps et sauta du lit, puis perdit l'équilibre
et trébucha pour atterrir dans les bras de Carlisle qui s'empressa de la
rattraper et de la remettre sur ses pieds.
Cette fois encore, un torrent de jalousie me dévora.
- Ca va. Dit elle avant qu'il n'ait pu commenter, et une délicieuse teinte
rose colora ses joues.
Bien sûr, qu'elle rougisse ne posa pas le moindre problème à Carlisle. Il
s'assura qu'elle avait retrouvé son équilibre et la lâcha.
- Prenez un peu d'aspirine si vous avez mal. Lui conseilla-t-il
- Ce n'est pas si affreux que ça.
- Il semble que vous ayez eu beaucoup de chance. Conclut-il dans un
sourire en signant sa feuille de sorti
Elle tourna un peu la tête pour mon toiser
- A mettre sur le compte d'Edward la Chance.
- Ah oui...c'est vrai. Eluda Carlisle, percevant la même chose que moi
dans son ton.
Elle n'avait pas encore mit ses soupçons sur le compte de l'imagination.
Pas encore.
Je te la laisse. Pensa Carlisle. Fait ce qui te semblera le mieux.
- Merci, ça m'aide énormément. Murmurai-je rapidement.
Aucun humain ne m'entendit. A mon sarcasme, Carlisle étouffa un sourire
alors qu'il se tournait vers Tyler.
- J'ai bien peur que vous ne deviez rester avec nous un peu plus
longtemps. Dit-il en commençant à ausculter les coupures laissées par les
éclats de verre.
Bon, je suppose qu'avec toute la pagaille que j'avais provoquée, il était
logique que je dusse régler ça moi-même.
Bella marcha délibérément dans ma direction, ne s'arrêtant que lorsqu'elle
était à une distance suffisamment inconfortable et gênante de moi. Je me
souvins soudain comme j'avais souhaité avant tout ce grabuge qu'elle
agisse ainsi...ce fut comme une parodie de mon v½u.
- Je peux te parler une minute ? Me siffla-t-elle.
Son haleine brûlante incendia mon visage et je dû reculer d'un pas. Son
charme n'avait pas le moins du monde diminué, et continuait de faire sans
cesse ressurgir en moi les plus viles pulsions, mes instincts les plus
primaires lorsque j'étais près d'elle. Le venin inonda ma bouche et mes
muscles se bandèrent, près à bondir – à l'emprisonner dans mes bras et à
enfoncer mes dents dans sa gorge.
Mon esprit était plus fort que mon corps, mais c'était limite.
- Ton père t'attend. Lui rappelai-je en serrant les mâchoires.
Elle jeta un bref coup d'½il à Tyler et Carlisle. Si Tyler ne nous prêtait
plus la moindre attention, Carlisle lui supervisait le moindre de mes
soupir.
Prudence, Edward.
- J'aimerais avoir une petite discussion en privé, si tu veux bien.
Insista-t-elle à voix basse.
Je voulu lui répondre qu'au contraire, je ne voulais pas du tout, mais je
savais que je devais m'y résigner. Mieux valait se débarrasser de ce
problème.
J'étais en proie à un véritable conflit intérieur tandis que sortis de la
salle, écoutant sa démarche trébuchante, essayant de me calmer.
J'allais devoir jouer la comédie à présent. Je connaissais parfaitement
mon rôle : je serais le méchant de l'histoire. J'allais lui mentir, la
tourner en ridicule, être cruel.
Cela allait contre tous mes sentiments – des sentiments humains que
j'avais refoulé pendant toutes ces années. Jamais de ma vie je n'avais
autant désiré mériter la confiance d'autrui qu'à cet instant, et pourtant,
j'étais sur le point de ruiner les quelques probabilités que ce fusse le
cas qu'il me restait.
Le pire, c'était de savoir que ça risquait fort d'être le tout dernier
souvenir qu'elle aurait de moi. C'était ma scène d'adieux.
Je me retournai et lui fis face.
- Alors ? Demandai-je froidement.
Elle eu un léger mouvement de recul devant mon hostilité. Ses yeux
gagnèrent en profondeur, le regard ahuri, cette expression qui m'avait
tant hantée...
- Tu me dois une explication. Dit-elle d'une petite voix, la peau d'ivoire
pâlissant encore plus.
Il me fut difficile de garder un ton dur.
- Je t'ai sauvé la vie, je ne te dois rien du tout.
Elle tressaillit. Voire mes paroles la blesser semblait me brûler comme de
l'acide.
- Tu as juré. Chuchota-t-elle.
- Bella, tu as pris un coup sur la tête, tu délires.
- Ma tête va très bien ! Riposta-t-elle en levant le menton.
A présent elle était en colère, bien, ça allait sûrement rendre les choses
plus faciles pour moi. Je rencontrai son regard, et essayant de poser sur
mon visage le masque le moins avenant.
- Que veux-tu de moi, Bella ?
- La vérité. Comprendre pourquoi tu me force à mentir.
Ce qu'elle me demandait là était totalement loyal et justifié, et ça me
tuait de devoir le lui refuser.
- Mais qu'est-ce que tu vas imaginer ?
Ses mots coulèrent comme un torrent.
- Je suis sûre que tu n'étais absolument pas à côté de moi. Tyler ne t'a
pas vu non plus, alors arrête de me raconter des bobards. Ce fourgon
allait nous écraser tous les deux, et ça ne s'est pas produit. Tes mains
ont laissées des marques dedans, et tu as aussi enfoncé l'autre voiture.
Tu n'as pas une égratignure, le fourgon aurait dû m'écrabouiller les
jambes mais tu l'as soulevé...
Soudain elle s'arrêta de parler et serra les dents en détournant le regard
pour cacher ses yeux mouillé de larmes qu'elle refoulait.
Je gardai mes yeux vissés sur elle, le regard moqueur, alors qu'en réalité
j'étais pétrifié d'effroi. Elle avait tout vu.
- Tu penses vraiment que j'ai réussi à soulever une voiture ? Demandai-je
d'un ton sarcastique.
Elle acquiesça.
- Personne ne te croira, tu sais, continuai-je, la raillerie encore plus
évidente dans ma voix.
Elle fit un effort pour contrôler sa colère. Lorsqu'elle me répondit, ce
fut en articulant soigneusement chaque mot.
- Je n'ai pas l'intention de le crier sur les toits.
Elle le pensait – je pouvais le lire dans ses yeux. Même trahie et en
colère, elle aurait gardé mon secret.
Pourquoi ?
Le choc détruisit en une seconde l'expression soigneusement étudiée que
j'avais placée sur mon visage. Je dû reprendre contenance.
- Dans ce cas, quelle importance ? Demandai-je, faisant un réel effort
pour préserver la sévérité de ma voix.
- Pour moi ça en as. Dit-elle avec ferveur. Je n'aime pas mentir, alors tu
as intérêt de me donner une bonne raison de le faire.
Elle me demandait de lui faire confiance. De la même manière que je
voulais qu'elle me fasse confiance. Mais c'était malheureusement un chemin
sur lequel je ne pouvais me permettre de m'aventurer.
- Pourquoi ne pas te contenter de me remercier et d'oublier tout ça ?
Dis-je de la même voix insensible.
- Merci. Dit-elle, avant de fulminer en silence, attendant que je parle.
- Tu n'as pas l'intention de renoncer, hein ?
- Non
- Alors...
Je ne pouvais pas lui dire la vérité, même je le voulais...et je ne le
voulais pas, d'ailleurs. Je préférais encore qu'elle s'invente sa propre
histoire plutôt qu'elle sache ce que j'étais, car rien ne pouvait être
pire que la vérité. J'étais un cauchemar vivant, sortit tout droit des
film d'horreurs.
- ...Tu risque d'être déçue.
Nous nous fusillâmes du regard un moment. C'était étrange de voir combien
son irritation était charmante. Comme un petit chaton en colère,
complètement ignorant de sa propre vulnérabilité.
Ses joues rosirent et elle serra les dents une fois de plus.
- Pourquoi t'es-tu donné la peine de me sauver alors ?
Sa question n'était pas de celles auxquelles je m'étais préparé. Je perdu
le fil de mon rôle. Mon masque glissa de mon visage et se brisa à mes
pied, et cette fois je lui dis la vérité.
- Je ne sais pas.
Je photographiai mentalement son visage une dernière fois – ses trait
reflétaient encore sa colère, et le sang n'avait pas encore fuis ses joues
où il s'était réfugié – puis tourna les talons et m'éloigna d'elle.
Désolé s' il y a des fautes d' orthographe.
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Fascination du point de vue d' EdwardPoster un commentaire4 commentaire(s)
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4ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
16:16Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!Chapitre
4 : Vision
Je retournai en cours. C'était la meilleure chose à faire, celle qui
attirerait le moins les regards sur moi.
Vers la fin de la journée, presque tous les autres élèves étaient
également de retour au lycée. Seuls Tyler et Bella ainsi que quelques
autres – qui avaient certainement dû profiter de l'accident pour sécher –
furent notés absents.
Il n'aurait pas du être si difficile pour moi d'agir pour le mieux.
Pourtant, tout l'après midi, j'en étais à grincer des dents tellement je
devais me faire violence pour ne pas sécher à mon tours – pour retrouver
la fille.
Comme un traqueur. Un traqueur obsessionnel. Un vampire, traqueur
obsessionnel.
Aujourd'hui l'école fut – était-ce possible ? – encore plus ennuyante
qu'elle l'avait été il y a tout juste une semaine. Comme si j'étais dans
le coma. Comme si les briques, les arbres, ciel et les visages autour de
moi avaient perdus toute couleur....je me perdis dans la contemplation des
fissures dans les murs.
Il y avait autre chose que j'aurais dû faire...et que je ne faisais pas.
Bien sûr, c'était aussi quelque chose de mal. Tout dépendait du point de
vue qu'on adoptait.
Du point de vue d'un Cullen – pas juste d'un vampire, mais d'un Cullen, un
membre d'une famille, spécimen rare dans notre monde – la meilleure chose
à faire aurait sûrement ressemblé à quelque chose de ce genre :
- Je suis étonné de vous voir en classe, Edward. J'ai appris que vous avez
été impliqué dans ce terrible accident de ce matin.
- C'est en effet le cas, Mr Banner, mais j'étais le chanceux de
l'histoire. (Sourire amical) Je n'ai pas du tout été blessé....j'aimerais
pouvoir en dire autant de Tyler et de Bella.
- Comment vont-ils ?
- Je pense que Tyler s'en sortira...il n'a que des blessures
superficielles dues aux éclats de verre. Je ne suis pas bien sûr de l'état
de Bella. (Froncement de sourcil d'un air inquiet) Il est fort possible
qu'elle ait un traumatisme crânien. J'ai entendu dire qu'elle a été plutôt
incohérente pendant un moment – il semblerait même qu'elle ait été sujette
à des hallucinations. Je sais que les médecins étaient inquiets...
Voilà comment ça aurait du se passer. Voilà mon devoir envers ma famille.
- Je suis étonné de vous voir en classe, Edward. J'ai appris que vous
aviez été impliqué dans ce terrible accident de ce matin.
- Je n'ai pas été blessé. Pas de sourire.
M. Banner balança mon poids d'une jambe à l'autre, mal à l'aise.
- Vous avez une idée de l'état de Tyler Crowley et de Bella Swan. J'ai
entendu qu'ils étaient blessés.
- Je ne vois pas comment je pourrais le savoir. Rétorquai-je avec un
haussement d'épaules
M. Banner s'éclaircit la gorge.
- Heu...bon. Dit-il, et sa tension transparaissait clairement dans sa voix
: ma froideur le rendait nerveux.
Il retourna à grand pas au tableau et commença sa lecture.
C'était la mauvaise chose à faire. Sauf si vous voyiez la situation sous
un tout autre angle, plus obscure.
Il aurait juste été si...si peu chevaleresque de poignarder cette fille
dans ses dos, particulièrement alors qu'elle se montrait bien plus digne
de confiance que j'eu pu l'espérer. Elle n'avait absolument rien dit pour
me trahir, alors qu'elle avait toute les raisons du monde de le faire.
Pourquoi trahirai-je quelqu'un qui n'avais rien faire d'autre que garder
mon secret ?
J'eu presque mot pour mot la même conversation avec Mme Goff – en Espagnol
cette fois seulement – et Emmett me gratifia d'un long, long regard.
J'espère que tu as une bonne excuse pour ce qu'il s'est passé ce matin.
Rose est sur le point de déclarer une guerre.
Je levai les yeux au ciel sans le regarder.
En fait, j'avais l'excuse parfaite pour ça. Supposons juste que je n'avais
rien fait pour empêcher le fourgon d'écraser la fille...et cette simple
pensée fit frissonner de dégoût. Mais si je n'avais rien fait, si elle
avait été blessée, meurtrie, si elle s'était mise à saigner, si son fluide
rouge s'était rependu sur le béton, si l'odeur de son sang frais avait
envahit l'atmosphère...
Je frissonnai à nouveau, mais pas seulement d'horreur. Un part de moi
était transi de désir. Non, je n'aurais pas été capable de la regarder se
vider de son sang sans nous exposer d'une manière bien plus flagrante...et
choquante.
Cela sonnait comme l'excuse parfaite...mais je n'avais pas l'intention de
l'utiliser. J'avais trop honte. Et d'ailleurs, cette n'excuse ne m'était
venue que bien longtemps après les faits.
Fait gaffe à Jasper, me prévint Emmett, sans se préoccuper de mes
rêveries. Il n'est pas aussi en colère...mais il est bien plus
déterminé...
Je vis clairement ce qu'il voulait dire par là, et pendant un moment les
contours de la pièce se mirent à danser autour de moi. Ma rage était telle
qu'un voile rouge m'obscurcissait la vision. J'étais sur le point
d'exploser.
MAIS MERDE EDWARD ! RESSAISIS-TOI ! Hurla Emmett dans sa tête. Sa main
s'abattit sur mon épaule, me maintenant sur ma chaise avant que je pus me
lever d'un bond. Il n'utilisait que très rarement toutes ses forces – il
en avait rarement besoin, étant donné qu'il était bien plus fort que
n'importe lequel des vampires qui nous avait été donné de rencontrer –
mais c'était pourtant ce qu'il faisait maintenant. Il agrippa mon bras, au
lieu de m'enfoncer dans ma chaise. S'il avait agit ainsi...la chaise
n'aurait pas résisté.
DU CALME ! M'ordonna-t-il.
J'essayais de me calmer, mais c'était difficile. La rage enfumait mon
cerveau.
Jasper ne fera rien sans nous avoir concertés auparavant. Je me suis juste
dit qu'il valait mieux pour toi que tu sache dans quel camp il est.
Je me concentrai pour me calmer, et sentit la main d'Emmett relâcher la
pression.
Essaye d'arrêter de te donner en spectacle. Tu es déjà dans de sales
draps, ce n'est pas la peine d'en rajouter.
Je pris une profonde inspiration et Emmett me lâcha.
Je regardai autour de moi, par habitude, mais notre confrontation avait
été si calme et si silencieuse que seulement quelques personnes assises
derrière Emmett avaient remarqué. Ils n'en avaient strictement rien à
faire, et passèrent outre bien vite. Les Cullen étaient des monstres – ce
n'était un scoop pour personne.
Alors çà, t'es irrécupérable comme gamin, tu le sais ? Ajouta Emmett avec
sympathie.
- Va te faire mordre. Grommelai-je à voix basse, et j'entendis un petit
rire discret.
Emmett ne supportait pas de faire quelque chose à contrec½ur, et je
devrais probablement me montrer un peu plus reconnaissant pour son
caractère facile à vivre. Mais je pouvais clairement voir ce que les
intentions de Jasper signifiaient pour Emmett, et qu'il considérait sans
aucun problème que c'était ainsi que les choses devaient finir.
Ma rage bouillonnait en moi, et il était difficile de garder le contrôle.
Certes, Emmett était plus fort que moi, mais il ne réussissait toujours
pas à me battre à un match de lutte. Il avait beau clamer haut et fort que
c'était parce que je trichais, mais lire dans les penser faisait tout
autant partit de moi que son immense force faisait partit de lui. Nous
nous battions toujours à armes égales.
Un combat ? Etait-ce là que cela devait mener ? Etais-je prêts à me battre
contre ma famille pour une humaine que je connaissais à peine ?
Je méditais cela pendant un moment, mettant d'un côté la sensation de
fragilité que j'avais ressentit lorsque je tenais son corps fêle dans mes
bras, et d'un autre côté Jasper, Rose, Emmett : une force et une rapidité
surnaturelle, des machines à tuer par nature.
Oui, je me battrais pour elle. Contre ma famille. Je tressaillis.
De toute façon il n'était pas juste de la laisser sans défense alors que
j'étais celui qui l'avait mise en danger.
Mais je ne pouvais pas non plus gagner seul contre eux trois, et je me
demandais quels seraient mes alliés.
Carlisle, sans aucun doute. Il ne se battrait peut-être pas, mais il ne
serait pas d'accord avec le dessein de Rose et de Jasper. C'était ce dont
j'avais le plus besoin. Je pouvais aussi entrevoir...
J'avais des doutes pour Esmée. Elle ne se battrait jamais contre moi, et
elle aurait en horreur d'être en désaccord avec Carlisle, mais elle dirait
amen à n'importe quel plan pourvu qu'il garde la famille intacte. Sa
première priorité ne serait pas la droiture, mais moi. Si Carlisle était
l'âme de cette famille, alors Esmée en était certainement le c½ur. Il nous
avait donné un leader qui méritait allégeance, elle avait fait de cette
allégeance un acte d'amour.
Nous nous aimions tous les uns les autres – même si pour l'instant tout ce
que je ressentais pour Jasper et Rose se résumait à de la fureur, même si
je projetais de me battre contre eux pour sauver cette fille, je savais
que je les aimais.
Pour ce qui était d'Alice...je n'en avait pas la moindre idée. Tout
dépendait probablement de ce qu'elle verrait venir. Je suppose qu'elle se
mettrait du côté du vainqueur.
Donc, en définitive, il allait sûrement que je me débrouille tout seul. Je
ne ferais surement pas le poids face à eux, mais je n'avais pas
l'intention de laisser cette fille souffrir à cause de moi. Il allait
sûrement falloir que je l'enlève...
Ma rage s'émoussa un peu par un élan soudain d'humour noir. Je pouvais
aisément imaginer comment cette fille réagirait si je la kidnappais. C'est
vrai, j'étais bien souvent à côté de la plaque lorsque je faisais des
suppositions avec elle, mais pouvait-elle réellement réagir autrement que
par la terreur ?
De toute manière, je n'étais même pas certain de pouvoir réussir cela – la
kidnapper. Je ne serais sûrement pas capable de rester proche d'elle très
longtemps. Peut-être devrais-je juste la rendre à sa mère. Mais même ça
restait dangereux. Pour elle.
Dangereux pour moi également, réalisai-je soudainement. Si jamais je la
tuais par accident...je n'étais pas certain de la peine que ça me ferait,
mais je savais que ça couvrirait de nombreuses facettes tout en étant très
intense.
L'heure passa à une vitesse incroyable tandis que je tentais de regarder
la situation sous tous les angles : la discussion qui m'attendait à la
maison, le conflit avec ma famille, et les mesures que je serais forcé de
prendre après tout cela...
Et bien, je ne pouvais désormais plus me plaindre que ma vie était
monotone, en dehors de ce lycée du moins. Bella avait changé tout cela.
Emmett et moi nous dirigeâmes silencieusement vers la voiture quand la
sonnerie retentit. Il était inquiet à mon sujet, et aussi pour Rosalie. Il
savait quel camp il allait devoir prendre dans cette querelle, et cela
l'ennuyait.
Les autres attendaient dans la voiture, silencieux eux aussi. Nous
formions un groupe très calme. La seule chose que je pouvais entendre
était les pensées hurlant.
Espèce d'idiot lunatique ! Débile ! Crétin ! Sale égoïste de con
irresponsable ! Rosalie garda tout le long du trajet un constant flot
d'injures à la surface de son mental. Ce rendit plus difficile la lecture
des autres esprits, mais je fis ce que je pus pour l'ignorer.
Emmett avait raison en ce qui concerne. Il était déterminé.
Alice était troublée, inquiète pour Jasper, à cause de ce qu'elle avait
vu. Quelque soit les moyens mis en ½uvre par Jasper pour arriver jusqu'à
la fille, Alice me voyait toujours là, le bloquant. Intéressant...ni
Rosalie ni Emmett n'intervenaient dans ses visions. Alors comme ça Jasper
allait faire cavalier seul.
Ca changeait tout.
Jasper était de loin le meilleur combattant de nous tous. Mon unique
avantage consistait en ce que je pouvoir prévoir ses déplacements avant
qu'il les exécute.
Je n'ai jamais réellement combattu Jasper, ou Emmett – ce n'était jamais
rien d'autre que du chahut. Le simple fait de m'imaginer en train de le
blesser me rendait malade.
Non. Non, pas ça. Je le bloquerais. C'était tout.
Je me concentrai sur Alice, mémorisant les différents plans d'attaque de
Jasper. Mais à l'instant où je pris cette résolution, ses visions se
déplacèrent, s'éloignant de plus en plus de la maison des Swan. Elle
prévoyait que je lui couperais la route plus tôt.
Arrête Edward ! Ca ne peut pas se passer ainsi. Je ne le permettrais pas.
Je ne répondis pas, mais continuai à scruter ses visions.
Elle commençait à chercher plus loin, dans le royaume brumeux et incertain
des possibilités lointaines. Tout n'était qu'ombres et flou indistinct.
Tout le long du trajet de retour, le silence pesant n'en démordit pas. Je
me garai dans le vaste garage familial. On y trouvait la Mercedes de
Carlisle, à côté de la grosse Jeep d'Emmett, de la M3 de Rose et de ma
Vanquish. J'étais content que Carlisle soit déjà rentré – ce silence
risquait fort d'exploser, et je voulais qu'il soit là lorsque ça
arriverait.
Nous allâmes directement dans la salle à manger.
Cette pièce n'était, évidemment, jamais utilisée pour son rôle initial.
Elle était pourtant meublé avec une longue table en acajou et cernée de
chaise. Nous étions très scrupuleux de respecter les usages, que tout soit
à sa place pour mieux tromper les évidences. Carlisle aimait utiliser
cette pièce comme salle de conférence. Dans un groupe constitué de tant de
fortes personnalités, il était nécessaire de poser les choses calmement,
de s'asseoir et de discuter.
J'avais pourtant le pressentiment que cette petite réunion n'allait pas
aider aujourd'hui.
Carlisle s'assit à sa place habituelle, à l'extrémité est de la pièce.
Esmée était à côté de lui, et leur main jointe étaient bien visibles, en
bout de table.
Les yeux d'Esmée étaient sur moi, leurs profondeurs dorées pleine de
sincère inquiétude.
Reste. Etait sa saul pensée.
Je souhaitais de tout mon c½ur pouvoir sourire à cette femme que je
considérais depuis des décennies comme ma mère, mais je ne pouvais me
permettre de me rassurer pour l'instant.
Je m'assis de l'autre côté de Carlisle. Esmée passa sa main libre autour
de lui pour pouvoir la poser sur mon épaule. Elle s'encra dans mon regard,
sa jamais le quitter.
Emmett s'assit à côté d'elle ses pensées toutes aussi empreintes d'ironie
que son visage.
Jasper hésita, puis alla s'adosser au mur à côté de Rosalie. Il était
décidé, quelque soit ce qui sortirait de la discussion qui allait suivre.
Mes mâchoires se verrouillèrent.
Alice fut la dernière à entrer, et ses yeux étaient concentrés sur quelque
chose loin dans le future, trop indistinct pour qu'elle puisse l'utiliser.
Sans sembler y penser, elle s'assit près d'Esmée. Elle massa ses tempes
comme si elle avait une migraine. Jasper devint mal à l'aise et se demanda
s'il ne devait pas la rejoindre, mais il ne bougea pas.
Je pris une profonde inspiration. C'était à moi de commencer – je devais
parler le premier.
- Je suis vraiment désolé. Dis-je, regardant tout d'abord Rose, puis
Jasper et enfin Emmett. Je n'avais pas l'intention de vous faire courir le
moindre risque. C'était irréfléchi, et je prends l'entière responsabilité
de ce qui a été fait.
- Quesque tu veux dire par « que prends l'entière responsabilité » ?
Répliqua Rosalie en me toisant d'un ½il torve. Tu as l'intention
d'arranger les choses ?
- Pas dans le sens où tu l'entends. Répondis-je, faisant un effort pour
garder ma voix égale et calme. Je consens à partir sur-le-champ si ça peut
aider
Si j'ai la pleine certitude qu'il ne sera fait aucun mal à la fille, si
j'ai la pleine certitude qu'aucun d'entre vous ne lèverons la main sur
elle. Nuançai-je dans ma tête.
- Non. Murmura Esmée. Non, Edward.
- C'est juste l'histoire de quelques années. La consolai-je en lui
tapotant la main.
- Mais Esmée a raison. Dit Emmett. Tu ne peux aller nulle part maintenant.
Ca serait le contraire d'aider. Nous avons besoin de savoir ce que les
gens pensent, plus que jamais.
- Alice intercepterai tout évènement majeur.
Carlisle secoua sa tête.
- Je pense qu'Emmett a raison, Edward. Cette fille parlera plus facilement
si tu n'es plus dans les parages. Soit nous partons tous, soit nous
restons tous.
- Elle ne dira rien. Insistai-je vivement.
Rose était sur le point d'exploser, et je voulais qu'avant que ça se
produise je puisse mettre en valeur ce fait.
- Tu ne peux pas lire dans ses pensées. Me rappela Carlisle
- Je le sais. Alice, soutient moi !
Alice me lança un regard las.
- Je ne peux pas voir ce qu'il va venir si on se contente de faire comme
si rien ne s'était passé. Dit-elle en lançant un regard à Rose et Jasper.
Non, elle ne pouvait voir ce future – pas tant que Rosalie et Jasper ne
s'étaient décidés à ignorer l'incident.
La paume de Rosalie s'abattit violement sur la table de bois.
- Nous ne pouvons nous permettre de donner la moindre chance à cette
humaine de parler. Carlisle tu dois savoir ça. Même si nous décidons de
disparaître, laisser des rumeurs derrières nous n'est pas bon. Nous vivons
déjà si différemment du reste de notre race – tu sais qu'il y a ceux qui
n'attendent qu'une excuse pour nous montrer du doigt. Nous devons être
plus prudent que quiconque d'autre !
- Nous avons déjà laissé des rumeurs derrière nous. Lui rappelai-je
- Juste des rumeurs et des soupçons, Edward. Pas des témoins oculaires et
des preuves !
- Des preuves ! Lançai-je d'un ton dubitatif.
Mais Jasper acquiesçai, le regard glacial.
- Rose...
- Laisse-moi finir Carlisle. On n'a pas besoin de faire dans le grand
spectacle. Cette fille s'est cognée la tête aujourd'hui. Alors peut-être
que son traumatisme était plus grave qu'on le croyait. Continua-t-elle en
haussant les épaules. Tous les mortels vont se coucher en prenant le
risque de ne jamais se réveiller. Les autres attendent de nous que nous
nettoyions ça nous même. Techniquement, c'est le boulot d'Edward, mais
c'est manifestement au dessus de ses forces. Tu sais que je suis capable
de me contrôler. Je ne laisserai aucun indice derrière moi.
- Oui, grondai-je, Rosalie nous connaissons tous parfaitement tes talents
d'assassin.
Elle feula dans ma direction, furieuse.
- Edward, s'il te plait. Dis Carlisle, puis il ajouta, se tournant vers
Rosalie : Rosalie, j'ai donné mon accord pour ce qu'il s'est passé à
Rochester parce que j'avais le sentiment que tu méritais de te faire
justice. L'homme que tu as tué t'avait infligé un traitement monstrueux.
Ce n'est pas la même situation. La fille Swan est un innocent.
- Ce n'est pas personnel, Carlisle. Dit Rosalie entre ses dents. C'est
pour notre protection à tous.
Il y eu un bref instant de silence durant lequel Carlisle pensa à ce qu'il
allait répondre. Lorsqu'il hocha la tête pensivement, les yeux de Rosalie
s'allumèrent. Elle n'aurait pas dû s'y laisser tromper. Même si je n'avais
pas été capable de lire dans ses pensées, je pouvais d'ors et déjà
anticiper ce qu'il allait dire. Carlisle ne faisait jamais de compromis
avec ses principes.
- Je sais que tu as de bonnes intentions Rosalie, mais...j'aimerais
vraiment que notre famille fonde sa protection sur des principes.
Les...accidents occasionnels et les défaillances de notre maitrise de soi
est une regrettable partie de ce que nous somme.
C'était tout lui ça : s'inclure dans le pluriel alors que lui-même n'a
jamais commis de faux pas.
- Néanmoins, continua-t-il, assassiner un enfant innocent de sang froid me
paraît une toute autre chose. Je pense que le risque qu'elle représente,
qu'elle fasse part de ses soupçons à un tiers ou non, n'est rien à côté
d'un risque encore plus grand. Si nous commençons à faire des concessions
pour notre propre protection, nous risquons bien pire que le
qu'en-dira-t-on. Nous risquons de perdre de vue ce que nous sommes, qui
nous sommes, notre essence.
Je surveillai prudemment mon expression. Je ne voulais pas qu'on me
surprenne en train d'afficher un large sourire. Ou en train d'applaudir,
puisque c'était ce dont j'avais le plus envie pour le moment.
Rosalie se refrogna
- C'est juste une preuve de responsabilité
- Non, corrigea calmement Carlisle, c'est une preuve d'insensibilité.
Chaque vie est précieuse.
Rosalie soupira lourdement et sa lèvre inférieure partit en avant. Emmett
lui tapota l'épaule.
- Tout ira bien Rose. L'encouragea-t-il à voix basse.
- La question est donc : continua Carlisle, devons-nous partir ou pas ?
- Non. Gémit Rosalie. On vient à peine de s'installer. Je ne veux pas
encore recommencer la Terminale.
- Evidemment, vous n'êtes pas obliger de changer d'âge. Précisa Carlisle.
- Pourquoi partir si vite ?
Carlisle haussa les épaules.
- J'aime cet endroit ! S'écria-t-elle. Avec si peu de soleil, on peu
presque vivre normalement !
- Et bien, rien ne nous force à prendre une décision aujourd'hui. Nous
pouvons attendre de voir si c'est vraiment nécessaire. Edward semble
certain que la fille Swan tiendra sa langue.
Rosalie émit un rire septique.
Mais je ne me préoccupais plus de Rose désormais. Je pouvais clairement
voir qu'elle se soumettrait à la décision de Carlisle, peu importait
combien cela la rendait furieuse. Ils commencèrent à aborder des points de
détails peu importants.
Jasper ne semblait pas ému le moins du monde.
Je comprenais pourquoi. Avant que lui et Alice ne se rencontrent, il avait
vécu dans une zone de combats, un théâtre de la guerre. Il savait ce qu'il
arrivait lorsqu'on faisait fit des règles. Il avait vu les sinistres
conséquences de ses propres yeux.
Cela expliquait pourquoi il n'utilisait pas ses pouvoirs pour calmer
Rosalie, ni pour l'exciter encore plus. Il se plaçait au dessus de cette
conversation, il la surplombait.
- Jasper. Dis-je.
Il rencontra mon regard, le visage dénué d'expression.
- Elle ne payera pas pour mes erreurs. Je ne le permettrais pas.
- Elle en a bénéficié largement, de cette erreur, non ? Elle aurait dû
mourir ce mati, Edward. Je ne ferais rien d'autre que remettre les choses
à leurs places.
Je répétai, soulignant chaque mot.
- Je ne le permettrais pas.
Il haussa les sourcils. Il ne s'attendait pas à ça – que je me mette en
tête de l'arrêter.
- Je ne laisserais par Alice courir le moindre danger, dit-il en secouant
la tête. Même un tout petit danger. Tu ne ressens pour personne ce que je
ressens pour elle, Edward, et tu n'as pas eu à endurer ce que j'ai enduré,
que tu ai vu mes souvenirs ou pas. Tu ne comprends pas.
- Je ne contredis pas cela, Jasper. Tout ce que je te dis, c'est que je ne
te laisserais pas toucher à un seul des cheveux d'Isabella Swan.
Nous nous dévisageâmes mutuellement –sans nous toiser, nous nous
contentions de sonder les intentions de l'autre. Je le sentis goûter
l'arome de mon humeur autour de moi, pour tester ma détermination.
- Jazz. Nous interrompit Alice.
Il soutint mon regard un instant de plus, avant de tourner les yeux vers
elle.
- Ne me dis pas que tu peux te défendre seule, Alice. Je sais déjà cela.
Cependant j'ai bien l'intention de...
- Ce n'était pas ce que je voulais te dire. L'interrompit Alice. Je
voulais te demander une faveur.
Je vis ce qu'elle avait dans la tête, et ma bouche tomba béante de stupeur
avec un halètement parfaitement audible. Je la fixai, choqué, vaguement
conscient que tout ce monde en dehors d'Alice et de Jasper me dévisageai
prudemment.
- Je sais que tu m'aimes. Merci. Mais j'apprécierais sincèrement que tu
n'essaies pas de tuer Bella. Premièrement, parce qu'Edward est sérieux et
que je ne veux pas que vous vous battiez. Deuxièmement, elle est mon amie.
Du moins, elle va le devenir.
C'était clair comme de l'eau de roche dans son esprit : Alice, tout
sourire, avec son bras blanc et glacé autour des épaules frêles et chaudes
de la fille. Et Bella, souriante également, son bras glissé autour de la
taille d'Alice.
Cette vision était solide comme du roc, ce n'était plus qu'une question de
temps.
- Mais...Alice... haleta Jasper.
Je ne réussi pas à tourner ma tête pour voir la tête qu'il faisait. Je ne
pouvais tout simplement pas m'arracher cette image dans la tête d'Alice.
- Je vais finir par l'aimer, Jazz. Et je crois que je t'en voudrais
vraiment beaucoup si tu empêchais ça.
J'étais toujours verrouillé sur l'esprit d'Alice. Je vis le futur miroiter
tandis que les résolutions de Jasper s'amoindrissaient face à sa requête
inattendue.
- Ah soupira-t-elle – son indécision éclaircissait un futur nouveau. Tu
vois ? Bella ne va rien dire du tout. Il n'y a vraiment aucun souci à se
faire.
Cette manière qu'elle avait de prononcer son nom...comme si elles étaient
déjà des amies intimes...
- Alice ! M'étranglai-je soudain. Qu'est-ce que...est-ce que... ?
- Je t'ai dis que des changements étaient en train de survenir. Je...je ne
sais pas Edward.
Mais elle serra ses mâchoires, et je sus qu'il y avait plus que ça. Elle
essayait de ne pas y penser ; elle se concentra soudain de toutes ses
forces sur Jasper, alors qu'il était trop choqué pour avoir pu progresser
un tant soi peu dans sa prise de décision.
Elle faisait ça parfois...quand elle essayait de me cacher quelque chose.
- Qu'est-ce qu'il y a Alice ? Qu'est-ce que tu caches ?
J'entendis Emmett grogner. Il était toujours frustré lorsqu'Alice et moi
avions ce genre de conversation.
Elle secoua sa tête, essayant de toutes ses forces de m'empêcher d'y
entrer.
- Est-ce que c'est à propos de la fille ? Demandai-je. Est-ce que c'est à
propos de Bella ?
Ses dents grinçaient tant elle était concentrée, mais à l'instant même où
je prononçais le nom de Bella, elle baissa sa garde. Un faux pas qui ne
dura qu'une fraction de seconde, mais c'était déjà bien assez long.
- NON ! Hurlai-je.
J'entendis ma chaise heurter le sol, et c'est à ce moment là seulement que
je réalisai que j'étais débout.
- Edward !
Carlisle avait également bondit de sa chaise, son bras sur mon épaule,
c'était à peine si je me rendais compte de sa présence.
- Ca se précise. Chuchota Alice. Tu es plus décidé à chaque minute. Il n'y
a que deux chemins qui s'ouvrent à elles. C'est soit d'un soit l'autre
Edward.
Je pouvais voire ce qu'elle avait vu...mais je ne pouvais l'accepter.
- Non. Répétai-je ; mais mon dénie était sans consistance. Mes jambes se
dérobèrent et je dû me tenir à la table.
- Est-ce que quelqu'un pourrait avoir l'obligeance de nous expliquer ce
qu'il se passe ? Se plaignit Emmett.
- Je dois partir. Murmurai-je à Alice, l'ignorant.
- Edward, on en a déjà parlé. Répondit Emmett lourdement. C'est le
meilleur moyen de faire parler la fille. Et en plus, si tu te casse, on ne
saura jamais avec certitude si elle a parlé ou pas. Il faut que tu reste
un point c'est tout.
- Je ne te vois aller nulle par, Edward. Me dit Alice. D'ailleurs je ne
pense pas que tu en sois capable. Imagine ce que ce serait. Ajouta-t-elle
dans sa tête. Imagine-toi la quitter.
Je compris ce qu'elle voulait dire. Oui, la simple idée de ne jamais
revoir cette fille était...douloureux. Mais c'était également nécessaire.
Si je restais je la condamnais.
Et puis je ne suis pas bien sûre de Jasper, Edward, continua-t-elle. Si tu
t'en va, si jamais il pense qu'elle représente un danger...
- Ce n'est pas ce que j'entends. La contredis-je, seulement à moitié
conscient de notre public.
Jasper était hésitant. Il ne ferait rien qui pourrait risquer de blesser
Alice.
Pas pour l'instant. Vas-tu risquer sa vie ? Tu veux vraiment la laisser
sans défense ?
- Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? Gémis-je, ma tête tombant entre mes
mains.
Je ne pouvais pas protéger Bella. J'en étais incapable. Les visions
d'Alice n'étaient-elles pas des preuves suffisantes ?
Je l'aime aussi, tu sais. Ou du moins ça va venir. Ce n'est peut-être rien
en comparaison de ce que tu ressens pour elle, mais je veux aussi qu'elle
s'en sorte.
- Comment ça tu l'aime aussi ? Haletai-je, incrédule.
Elle soupira. Edward, tu es aveugle ou quoi ? Tu ne vois donc pas sur quel
chemin tu t'es engagé ? Tu ne vois donc pas dans quel état tu es déjà
maintenant ? C'est au moins aussi inévitable que le soleil se lève à l'est
! Regarde un peu ce que je vois...
- Non. Assénai-je en secouant la tête, horrifié.
J'essayai de me fermer aux visions qu'elle m'imposait.
- Rien ne m'y oblige. Je partirai. Je changerai le futur.
- Tu peux toujours essayer. Dit-elle d'un ton septique.
- Bon vous m'expliquez là ?! Mugit Emmett
- Ecoute un peu, lui siffla Rosalie. Alice l'a vu s'éprendre d'une humaine
! Oh, Edward, un grand classique !
Elle fit semblant de s'étouffer.
Je l'entendais à peine.
- Quoi ? S'étrangla Emmett, venant de comprendre, avant d'exploser d'un
rire qui ricocha en échos dans toute la pièce. C'est vraiment ce qui va
arriver ? (nouveau rire) C'est pas vrai Edward, t'as vraiment besoin de
repos.
Je sentis sa main sur mon épaule, et je la dégageai distraitement. J'étais
tout simplement incapable de lui prêter attention.
- S'éprendre d'une humaine. Répéta Esmée, abasourdie. De la fille qu'il a
sauvée aujourd'hui ? Tomber amoureux d'elle ?
- Alice, dis-nous ce que tu as vu exactement. Demanda Jasper.
Elle se tourna face à lui ; je continuai à fixer son profil, transi de
stupeur.
- Tout dépend de s'il est assez fort ou pas. Soit il la tue lui-même (elle
se tourna vers moi pour me lancer un regard désapprobateur). Ce qui
m'irriterait au plus au point, Edward, sans compter la peine que ça te
ferait à toi. Elle se tourna à nouveau vers Jasper et ajouta : soit elle
deviendra l'un des nôtres un jour.
Il y eu une exclamation étouffée ; je ne tournai pas la tête pour savoir
d'où elle venait.
- Je ne laisserais pas cela arriver ! Hurlai-je à nouveau. Jamais !
Mais Alice semblait ne pas m'entendre.
- Tout dépend de sa force. Répéta-t-elle. Il est peut-être assez fort pour
ne pas la tuer – mais ça va être juste. Ca va lui demander une maitrise de
soi exemplaire. Elle médita un instant avant de continuer : Peut-être même
qu'il lui faudra se montrer encore plus fort que Carlisle. Peut-être qu'il
est assez fort...
En fait la seule chose dont il n'est pas capable c'est la quitter. Une
vraie cause perdue !
J'étais incapable de parler. Comme tout le monde. La pièce était
parfaitement immobile.
Je fixais Alice, mais je savais que tous les regards étaient posés sur
moi. Je pouvais voir mon air horrifié sous cinq angles différents.
Après un long moment, Carlisle soupira.
- Et bien, voilà qui...complique les choses.
- J'allais le dire. Confirma Emmett
Sa voix était proche du rire. Faites confiance à Emmett pour trouver
quelque chose de drôle dans la destruction de ma vie.
- Je suppose que le plan reste le même, de toute manière. Ajouta Carlisle
pensivement. Nous restons, et observons. Evidemment, personne ne...fera de
mal à la fille.
Je me raidis.
- Je suis d'accord. Dis Jasper calmement. Si Alice ne voit que deux
solutions....
- NON ! Criai-je, en ce qui s'apparentait à la fois à un hurlement, un
grognement et un gémissement de désespoir. Non...
Il fallait que je m'en aille, que je fuie cette pièce pleine de leurs
pensées. Le dégoût de Rosalie, l'humour d'Emmett, L'éternelle patience de
Carlisle...
Pire : L'assurance d'Alice. La confiance de Jasper en cette assurance.
Pire que tout : la joie d'Esmée.
Je sortis de la pièce à grands pas. Esmée me toucha le bras quand je
passais devant elle, mais je n'eu pas conscience de son geste.
J'étais déjà en train de courir avant même que je sois sorti de la maison.
Je traversai la rivière d'un bond, et couru à travers la forêt. La pluie
était de retour, tombant à flots si intenses que je fus trempé en quelques
minutes. J'aimais les rideaux épais de pluie – ils étaient des murs entre
moi et le reste du monde, où je pouvais m'isoler, être seul.
Je courrai en direction de l'est, par et à travers les montagnes sans
réfréner ma course, jusqu'à ce que je pus distinguer les lumières de
Seattle sur l'autre rive. Je m'arrêtais avant de franchir la frontière de
la civilisation humaine.
Fouetté par la pluie, tout seul, je me forçai enfin à voire la réalité en
face, combien mon acte avait influencé l'avenir.
Tout d'abord, la vision d'Alice, bras dessus bras dessous avec la fille –
la confiance et l'amitié était si évidente dans cette image. Les yeux de
Bella d'un chocolat profond n'était plus abasourdis dans cette vision,
mais toujours aussi pleins de secrets – d'heureux secrets. Le bras gelé
d'Alice ne semblait pas lui poser de problème.
Qu'est-ce que ça signifiait ? Combien en savait-elle ? Dans cet instant
immobile venu du futur, que pensait-elle de moi ?
Puis, cette deuxième image, si similaire, et pourtant si horrifiante.
Alice et Bella, s'enlaçant encore dans la même amitié intime.
Seulement à présent, il n'y avait plus aucune différence entre leurs bras
: les deux étaient blancs, lisse comme du marbre, dur comme de l'acier.
Les yeux de Bella avaient perdus leur couleur chocolat. Leurs iris
arboraient un rouge criard, choquant. Les secrets en eux étaient
insondables : résignation ou désolation ? Il était impossible de le dire.
Son visage était froid et immortel.
Je frissonnai. Je ne pouvais m'empêcher de me poser les mêmes questions :
Qu'est-ce que cela signifiait ? Comment cela a-t-il pu arriver ? Et que
pense-t-elle de moi à ce moment là ?
Je pouvais répondre à cette dernière question. Si je la contraignais à me
suivre dans cette demi-vie par faiblesse et égoïsme, il était certain
qu'elle me haïrait.
Mais il restait une autre image – la pire image qui ne se soit jamais
imposée dans ma tête.
Mes propres yeux, d'un écarlate profond à cause du sang humain, les yeux
du monstre. Le corps brisé de Bella dans mes bras, blanc comme de la
cendre, vidé de son sang, privé de sa vie. C'était si concret, si clair.
Je ne pouvais supporter une telle vision. C'était trop pour moi.
J'essayais de la bannir de mon esprit, de voir autre chose, n'importe quoi
d'autre. Essayer de revoir son visage, bien vivant, avec cette expression
abasourdie qui m'avait obsédée durant le dernier chapitre de mon
existence. En vain.
Les visions lugubres d'Alice défilèrent dans ma tête, et je me tordis
d'agonie intérieurement. Et durant tout ce temps, le monstre en moi
débordait de joie, jubilant d'avance du plaisir de sa satisfaction. Ce me
rendait malade.
On ne pouvait pas permettre à cela d'arriver. Il ne devait y avoir un
moyen de changer le futur. Je ne laisserais pas les visions d'Alice
diriger ma vie. Je pouvais choisir une voie différente. On a toujours le
choix.
Il le faut.
Désolé s' il y a des fautes d' orthographe.Poster un commentaire4
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5ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
16:35Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!Chapitre
5 : Invitations
Le lycée.
Plus question d'appeler cela le purgatoire, à présent c'était complétement
l'enfer. Feu et tourments...oui, j'avais le droit aux deux.
Je faisais exactement tout ce que j'étais supposé faire. J'avais mis tous
les points sur tous les « i ». Plus personne ne pouvait s'aventurer à dire
que je manquais à mon devoir désormais.
Pour faire plaisir à Esmée et pour protéger les autres, je restai à Forks.
Je replongeai dans ma vieille routine. Je ne chassais pas plus que les
autres. Chaque jours, je patientais sagement au lycée et faisais semblant
d'être humain. Chaque jour, j'étais à l'affut de la moindre nouveauté à
propos des Cullen dans les esprits des élèves – et il n'y avait jamais
rien de nouveau. La fille n'avait fait part de ses soupçons à personne.
Elle se contentait de répéter inlassablement la même histoire – j'étais
juste à côté d'elle et je l'ai poussé de la trajectoire du van - jusqu'à
lasser ses plus acharné qui finir par tout simplement arrêter de la
harceler. Il n'y avait aucun danger. Mon impulsion n'avait fait de mal à
personne.
Uniquement à moi-même.
J'étais déterminé à changer le futur. Ce n'était pas une tâche facile à
réaliser tout seul, certes, mais je n'avais pas le choix.
Alice soutenait que je ne serais pas assez fort pour m'éloigner d'elle.
J'allais lui prouver le contraire.
Je pensais que le premier jour serait le plus dur à passer. A la fin de
celui-ci, j'en étais certain. Je me trompais, cependant.
J'étais réticent, sachant que j'allais la blesser. Je me consolai en me
disant que la peine qu'elle ressentirait ne serait qu'une chiquenaude –
rien d'autre que la légère sensation d'être rejetée – en comparaison de la
mienne. Bella était humaine, et elle savait que j'étais quelque chose
d'autre, quelque chose de maléfique, quelque chose d'effrayant. Elle
allait sûrement se sentir plus soulagée qu'autre chose en me voyant me
détourner d'elle et prétendre qu'elle n'existait pas.
- Bonjour, Edward. Me salua-t-elle, ce premier jour en cour de biologie.
Sa voix avait été amicale, agréable, bref à cent quatre-vingts degrés du
ton de notre dernière conversation.
Pourquoi ? Pourquoi ce brusque changement ? Avait-elle oublié ? Avait-elle
mis l'épisode complet sur le compte de son imagination ? Se pouvait-elle
réellement qu'elle m'ait pardonné pour ne pas avoir tenu ma promesse ?
Ces questions m'avaient brulée comme la soif qui m'attaquait à chaque fois
que je respirais. Un seul instant, la regarder dans les yeux. Juste
histoire de voir si je pouvais y trouver quelques réponses...
Non. Je ne pouvais même pas me permettre cela. Pas si je voulais changer
le futur. J'avais tourné le menton d'un millimètre dans sa direction sans
quitter le tableau des yeux. J'avais légèrement opiné, avant de reprendre
ma position initiale.
Elle ne m'adressa plus jamais la parole.
Le soir, aussitôt que les cours s'étaient terminés, une fois que j'avais
joué mon rôle, je couru jusqu'à Seattle comme je l'avais fais la veille.
La douleur semblait un peu plus supportable quand je volais à travers les
montagnes, que tout autour de moi se fondait en une tâche verte et floue.
Cette course devint mon habitude quotidienne.
Etais-je amoureux d'elle ? Je ne pensais pas. Pas encore. Les visions
passagères d'Alice étaient toutes focalisées sur moi, cependant, et je
pouvais voir combien il me serait aisé de tomber amoureux de Bella.
Exactement comme tomber : sans effort. M'interdire de l'aime était
l'opposé d'une chute – c'était comme me hisser jusqu'au sommet d'une
falaise, prise après prise, la tâche aussi harassante que si je n'avais eu
qu'une force humaine.
Plus d'un mois passa, chaque jour plus dur que le précédent. Cela n'avais
d'ailleurs pas le moindre sens pour moi – je m'attendais à voir mes
efforts pour m'éloigner d'elle diminuer, je m'attendais à ce que ça
devienne plus facile au bout d'un moment. C'était sûrement ce qu'Alice
sous-entendait en prédisant que je serais incapable de me tenir éloigné
d'elle. Elle avait vu l'escalade de ma douleur. Mais je pouvais supporter
la douleur.
Je n'allais pas détruire le futur de Bella. Si mon destin était de
l'aimer, alors l'éviter n'était-il pas le moins que je puisse faire ?
Cependant, l'éviter se trouvais à la limite de mes possibilités. Je
pouvais faire semblant de l'ignorer, et ne jamais la regarder. Je pouvais
prétendre qu'elle ne m'intéressait pas. Mais ça se limitait à ça : des
faux-semblants, pas de réalité.
J'étais toujours pendu à ses soupirs, au moindre mot qui s'échappait de
ses lèvres.
Je classai mes tourments en quatre catégories.
Les deux premières m'étaient familières. Son parfum et son silence. Ou,
plutôt – pour mettre le blâme là où il devait être, c'est-à-dire sur moi –
ma soif et ma curiosité.
La soif était de loin le plus primaire de mes tourments. J'étais à
présents totalement habitué à ne pas respirer du tout en biologie. Bien
évidemment, il y avait toujours des exceptions – quand j'avais à répondre
à une question par exemple, et que j'étais à cour d'air pour parler. A
chaque fois que je goutais l'air autour de la fille, c'était exactement
comme au premier jour – le feu et le besoin aussi brutal que désespéré de
me libérer. Il était difficile de rester capable de réfléchir ou de
restreindre mes mouvements dans ce cas. Et, tout comme au premier jour, le
monstre en moi voulais rugir, si proche de la surface...
La curiosité était le plus constant de ses tourments. La question ne
quittait jamais mon esprit : A quoi pense-t-elle maintenant ? Quand je
l'entendais pousser un léger soupir. Quand elle enroulait distraitement
une mèche de ses cheveux autour de son doigt. Quand elle posait ses livres
sur la paillasse avec un peu plus de force que d'habitude. Quand elle se
ruait en cours, en retard. Quand elle tapait nerveusement du pied par
terre. Chaque petit mouvement perçut par ma vision périphérique étaient
des énigmes destinées à me rendre fou. Quand elle parlait aux autres
élèves, j'analysais chacun de ses mots et le ton qu'elle utilisait.
Disait-elle ce qu'elle pensait ou ce qu'elle pensait devoir dire ? Il me
semblait bien souvent qu'elle essayait de dire ce que son interlocuteur
voulait entendre, et cela me rappelait l'illusion quotidienne à laquelle
ma famille et moi nous nous prêtions – nous étions d'ailleurs bien
meilleurs qu'elle à ce petit jeu. A moins que je ne me trompe, peut-être
que je m'imaginais juste des choses. Après tout, pourquoi jouerait-elle un
rôle ? Elle était l'un des leurs – une adolescente humaine.
Mike Newton était le plus surprenant de mes tourments. Qui aurait pu
suspecter qu'un mortel aussi banal qu'ennuyeux puisse se révéler aussi
agaçant ? Pour être loyal, il m'aurait fallu montrer un peu de gratitude
envers ce garçon : plus que quiconque, il faisait parler la fille. J'en
apprenais tant sur elle par le biais de leurs conversations – je composais
toujours ma liste – mais au contraire, l'assistance de Mike ne faisait
qu'aggraver mon cas. Je ne voulais pas que Mike soit celui qui lui tire
ses secrets. Je voulais que ce soit moi.
Ca aidait un peu qu'il ne remarque jamais ses petites révélations, ses
légers faux-pas. Il ne savait rien d'elle. Il s'était crée de toutes
pièces une Bella qui n'existait pas – une fille aussi banale que lui. Il
n'avait pas vu l'altruisme et la bravoure qui la différenciait des autres
humains, il ne percevait pas l'incroyable maturité de ses paroles. Il ne
voyait pas que lorsqu'elle parlait de sa mère, on dirait un parent parlant
de son enfant plutôt que l'inverse – aimante, indulgente, un peu amusée,
et férocement protectrice. Il n'entendait pas la patience dans sa voix
quand elle faisait semblant de s'intéresser à ses histoires ennuyantes, et
n'avait pas la moindre idée de la gentillesse derrière cette patience.
Toutes ces conversations avec Mike me permirent d'ajouter l'élément le
plus important de ma liste de ses qualités, le plus révélateur de tous,
aussi simple qu'il était rare. Bella était doté d'une grande bonté. Tous
les autres éléments rejoignaient parfaitement ce dernier – gentille,
modeste, altruiste, adorable, aimante et courageuse. Sa bonté traversait
toutes les facettes de sa personnalité.
Ces découvertes encourageantes ne heurtèrent pas l'esprit du garçon,
pourtant. Cette vision possessive qu'il avait de Bella – comme si elle
était un objet qu'on acquiert – me provoquait presque autant que les
fantasmes obscènes qu'il avait à son sujet. Il gagnait en assurance,
également, le temps passant, persuadé que Bella le préférait lui à tous
ceux qu'il considérait comme ses rivaux – Tyler Crowley, Eric Yorkie, et
même, à la rigueur, moi-même. Il avait prit l'habitude de s'assoir sur son
côté de notre table avant que le cours ne débute, discutant avec elle,
encouragé par ses sourires. Rien que des sourires polis, me persuadais-je.
De la même manière, je m'amusais souvent à m'imaginer l'envoyer voler à
l'autre bout de la pièce pour qu'il aille s'écraser sur le mur...ça
n'allait pas probablement pas le blesser mortellement...
Mike ne pensait pas souvent à moi comme à un rival. Après l'accident, il
s'était inquiété que Bella et moi, on ne tisse des liens suite à notre
expérience partagée, mais manifestement l'incident avait plutôt eu l'effet
opposé. Il avait de toute manière toujours eu peur que j'accapare
l'attention de Bella. Mais à présent que je l'ignorais tout autant que les
autre, son assurance ne cessait de grandir.
A quoi pensait-elle à présent ? Comment accueillait-elle son attention ?
Enfin, le dernier de mes tourments, le plus douloureux : l'indifférence de
Bella. Elle m'ignorait autant que je l'ignorais. Elle n'essaya plus jamais
de me reparler. Pour autant que j'en sache, elle ne pensait jamais à moi.
Cela aurait pu me rendre fou – ça aurait même pu détruire mes résolutions
pour ce qui était de changer le futur – sauf que parfois, elle me
regardait comme elle le faisait avant. Je ne le voyais pas moi-même, car
je ne pouvais tout simplement pas me permettre de la regarder, mais Alice
nous prévenait toujours à chaque fois qu'elle était sur le point de lever
les yeux vers nous ; les autres restaient prudents vis-à-vis de la
connaissance problématique de la jeune fille.
Cela soulageait un peu ma douleur, qu'elle me regarde de loin, de temps en
temps. Bien sûr, elle devait sans doute se contenter de se demander quelle
espèce de monstre je pouvais être.
- Bella va admirer Edward dans une minute. Ayez l'air normal. Chantonna
Alice un Mardi de Mars.
Les autres prirent grand soin de gigoter et de balancer leur poids d'une
jambe à l'autre comme les humains : l'immobilité absolue était une marque
distinctive de notre race.
Je commençai à compter le nombre de fois qu'elle regardait dans ma
direction. Cela me faisait plaisir, même si ça n'aurait pas dû, que la
fréquence ne déclinait pas avec le temps. Je ne savais pas ce que cela
signifiait, mais ça me faisait me sentir mieux.
Alice soupira. J'aimerais tellement...
- Reste en dehors de ça, Alice. Soufflai-je. Ca n'arrivera pas.
Elle fit la moue. Alice avait hâte de fonder cette amitié qu'elle s'était
vue avoir avec Bella. D'une étrange manière, cette fille qu'elle ne
connaissait pas lui manquait.
Je l'admets, tu es plus fort que ce que je croyais. Tu as rendu le futur
aussi flou et insensé qu'autrefois. J'espère que tu es content.
- Au contraire Alice, tout cela a parfaitement un sens pour moi.
Elle gronda doucement.
J'essayai de la faire taire, trop nerveux pour pouvoir supporter une
conversation. Je n'étais pas de très bonne humeur – j'étais plus tendu que
je ne le laissais paraître. Seul Jasper, avec sa capacité à sentir et à
influencer les états d'âmes des autres, était au courant de ma tension et
sentait le stress émaner de moi. Il ne comprenait pas les raisons de ces
sensations, cependant, et – comme j'étais sans arrêt d'une humeur noire
ces derniers jours – il n'y prêtait pas attention.
Aujourd'hui allait être un jour difficile. Plus dur à passer que le
précédent, comme le voulais la tradition.
Mike Newton, cet odieux jeune garçon que je ne pouvais me permettre de
considérer comme un rival, allait demander à Bella de sortir avec lui.
Le bal de printemps pointait son nez à l'horizon, et c'était aux filles de
choisir leur partenaire, et il avait espéré de toutes ses forces que Bella
le choisisse, lui. Qu'elle ne l'ait pas encore fait avait ébranlé sa
confiance en lui. A présent il était dans une situation délicate – et je
savais que je ne devrais pas normalement être aussi amusé par sa gêne –
car Jessica Stanley venait tout juste de lui demander d'être son cavalier.
Il ne voulait pas dire « oui », espérant toujours que Bella le choisisse
(lui permettant ainsi de prouver sa victoire à ses rivaux), mais il ne
voulait pas non plus dire « non » et finir sans partenaires. Jessica,
blessée par son hésitation et supposant la raison de celle-ci, fulminait
contre Bella. Cette fois encore, j'eu le désir impulsif de me placer entre
les pensée destructrices de Jessica et Bella. A présent je commençais à
mieux comprendre ce désir, mais cela rendait encore plus frustrant le fait
de ne pas pouvoir le satisfaire.
Qui l'eu cru ! Me voilà obnubilé, sinon carrément obsédé par de petits
feuilletons de lycéens, ces mêmes feuilletons que je méprisais autrefois.
Mike rassembla tout son courage et avança vers Bella en biologie.
J'écoutais sa lutte intérieure tandis que j'attendais sa venue, assis à
côté d'elle. Ce garçon était faible. Il avait attendu ce bal exprès, car
il avait peur que son béguin ne soit connu de tous avant qu'elle n'ait
elle-même montré une préférence à son égard. Il ne voulait pas se sentir
vulnérable à un possible rejet, et préférait que ce soit elle qui fasse le
premier pas.
Lâche.
Il s'assit sur notre table, se mettant à l'aise, comme s'il était chez
lui, et j'imaginai le son que cela pourrait produire si son corps
percutait le mur d'en face assez violement pour que tous ses os se brisent
sous le choc.
- Tu sais, dit-il à la fille, ses yeux vissés au sol, Jessica m'a invité
au bal.
- Super ! Répondit immédiatement avec enthousiasme. Vous allez vous
éclater.
C'était difficile de ne pas sourire devant la façon dont le ton de sa voix
s'encra dans l'esprit de Mike. Il avait espéré qu'elle serait déçue. Il se
dépatouilla pour trouver une réponse adéquate.
- C'est que...
Il hésitait, à deux doigts de se dégonfler. Puis il se ressaisit et ajouta
- Je lui ai répondu que j'avais besoin d'y réfléchir.
- Quelle idée ! Plastronna-t-elle.
Son ton était désapprobateur, mais s'y pointait également une touche de
soulagement.
Qu'est-ce que cela signifiait ? Une furie aussi intense qu'imprévue
transforma mes mains en poings.
Mike n'avait pas perçut la touche de soulagement. Son visage était rouge,
le sang affluait – vu la violence qui venait de monter en moi, cela
ressemblait fort à une invitation – et il regarda le sol à nouveau pour
parler.
- Je me demandai si...euh, si tu comptais m'inviter, toi.
Bella hésita.
A ce moment précis, ce moment d'hésitation, je pu voir le future plus
clairement qu'Alice ne l'avait jamais fait.
La fille allait dire oui à la question tacite de Mike, ou peut-être que
non, mais de toute manière, un jour, bientôt, elle allait dire oui à
quelqu'un. Elle était adorable et intrigante, et ça les hommes allaient le
remarquer – ils le remarquaient déjà. Qu'elle jette son dévolu sur
quelqu'un parmi cette foule terne, ou qu'elle attende d'être libérée de
Forks, un jour viendra ou elle dirait oui.
Je vis sa vie comme je l'avais fais autrefois – université,
carrière...amour, mariage. Je la vis au bras de son père, à nouveau, vêtue
de soie blanche et de tulle, son visage rouge de bonheur tandis qu'elle se
déplaçait lentement au rythme de la marche de Wagner.
La douleur fut plus forte que tout ce que j'avais pu endurer par le passé.
Un humain aurait été au bord de l'agonie devant une telle souffrance – un
humain ne s'en relèverait pas.
Et ce n'était pas uniquement de la douleur, mais aussi, carrément de la
rage.
Ma furie avait désespérément besoin d'un exutoire physique. Même si ce
garçon ingrat et insignifiant avait peu de chance d'être celui à qui Bella
dirait oui, je mourais d'envie d'écraser son crâne entre mes paumes, de le
faire payer, lui, à la place de cette personne.
Je ne comprenais pas cette émotion – c'était un étrange mélange de
douleur, de rage, de désir et de désespoir. Je n'avais jamais ressentit
cela auparavant, et je ne pouvais pas mettre un nom dessus.
- Mike, je crois que tu devrais accepter. Dis Bella d'une voix douce.
Les espoirs de Mike se cassèrent royalement la figure. En d'autres
circonstance, cela m'aurait beaucoup amusé, mais j'étais perdu dans le
contrecoup de cette douleur – et dans le remords pour l'effet que cette
douleur et cette rage avait eu sur moi.
Alice avait raison. Je n'étais pas assez fort.
En cet instant précis, Alice devait sûrement être en train d'observer le
futur changer à nouveau de cap pour se retrouver à nouveau dépendant du
choix déchirant entre ces deux destinées. Etait-elle satisfaite ?
- Tu as déjà choisi quelqu'un ? Demanda soudain Mike.
Il me toisa, méfiant envers moi pour la première fois depuis des semaines.
Je réalisai trop tard que je m'étais fourvoyé : ma tête était à présent
légèrement tournée vers Bella.
L'envie sauvage qui envahit ses pensées – une envie envers quiconque
serait préféré de Bella – m'aida soudain à mettre un nom sur mon étrange
émotion.
J'étais jaloux.
- Non. Répondit la fille, une trace d'humour dans sa voix. J'ai bien
l'intention de sécher le bal.
Parmi mes remords et ma colère, je ressentis du soulagement à ses mots.
Soudainement, je m'étais mis à dresser la liste de mes rivaux.
- Pourquoi ? Demanda Mike.
Son ton avait été presque grossier. Qu'il lui parle de cette manière
m'offensait. Je retins un grognement.
- Je vais à Seattle, ce samedi là. Répondit-elle.
Ma curiosité ne fut pas aussi vicieuse que d'habitude, cette fois, car je
savais que j'étais en mesure de la satisfaire. Je saurais le pourquoi du
comment de cette nouvelle révélation en temps et en heures.
Mike prit un ton dragueur qui me déplut fortement.
- Tu ne peux pas choisir un autre weekend ?
- Non, désolée. Dis brusquement Bella. En tout cas, tu ne devrais pas
faire attendre Jessica plus longtemps. C'est impoli.
Sa sollicitude pour Jessica éteignit d'un soudain les flammes de ma
jalousie. Cette excursion à Seattle était clairement une excuse pour dire
non – avait-elle refusé par pure loyauté envers son amie ? Elle était bien
assez altruiste pour ça. Désirait-elle en réalité dire oui ? Ou peut-être
était-ce totalement différent : était-elle intéressée par quelqu'un
d'autre ?
- Ouais, marmonna Mike, tu as raison.
Il était tellement démoralisé que j'avais presque pitié de lui. Presque.
Il détacha son regard de la jeune fille, interrompant mon angle de vue de
son visage par ses pensées.
Je n'allais pas tolérer ça.
Je me tournai pour voir son visage de mes propres yeux, pour la première
fois depuis plus d'un mois. C'était incroyablement soulageant de me
permettre cela, comme une bouffée d'air après une longue apnée.
Ses yeux étaient clos, et ses mains se pressaient de chaque côté de son
visage. Ses épaules étaient légèrement courbées en avant, en position
défensive. Elle secoua un peu sa tête, comme si elle essayait de chasser
une pensée de son esprit.
Frustrant. Fascinant.
La voix de M. Banner la tira de ses rêveries, et ses yeux s'ouvrirent
lentement, avant de se poser presque immédiatement sur moi, sentant
peut-être mon regard. Elle soutint mon regard avec la même expression
abasourdie qui m'avait hantée pendant si longtemps.
En cet instant, il ne restait plus aucune trace de remord, de culpabilité
ou de rage en moi. Je savais que tout cela allait revenir, et revenir
bientôt, mais pour le moment je subissais une étrange escalade de
nervosité. Un sentiment de victoire, plutôt que de défaite.
Elle ne détourna pas les yeux, même si je la fixais avec une intensité
inappropriée, essayant vainement de tirer quelque information de son
regard de chocolat fondu, un regard plein de question, plutôt de que
réponses.
Je pus voir mon propre reflet dans ses yeux, et je vis que les miens
étaient noircis par la soif. Cela faisait presque deux semaines que je
n'avais pas chassé ; je n'avais pas choisi le bon jour pour laisser ma
volonté d'écrouler. Mais cette noirceur ne semblait pas l'effrayer. Elle
ne détournait toujours pas le regard, et un rose au pouvoir de séduction
purement dévastateur vint colorer sa peau.
A quoi pensait-elle maintenant ?
J'avais presque posé ma question à haute voix, mais à ce moment là, M.
Banner m'avait appelé. Je dénichai la bonne réponse dans sa tête pendant
de que tournai la tête dans sa direction.
J'inspirai brièvement
- Le Cycle de Krebs.
La soif m'écorcha la gorge, banda mes muscles et remplis ma bouche de
venin, et je fermais les yeux, essayant de me concentrer malgré le désir
que son sang m'inspirait rageusement.
Le monstre était plus fort qu'avant. Le monstre se réjouissait. Il
embrassait pleinement se futur coupé en deux que je lui avais offert sur
un plateau, ce « fifty-fifty » auquel il inspirait si vicieusement. Le
troisième, ce future incertain que j'avais tenté de construire par la
force de ma seule volonté venait de s'effondrer – détruite par une banale
jalousie de surcroit – et à présent, le monstre n'avais jamais été aussi
près du but.
Le remord et la culpabilité me brulèrent en même temps que la soif, et,
s'ils en avaient été capables, mes yeux se seraient remplis de larmes.
Qu'avais-je fait ?
Sachant que le combat était dors et déjà perdu, il ne semblait plus
subsister la moindre raison qui puisse m'empêcher de faire ce que je
désirais : je me tournai et la regardai à nouveau.
Elle s'était cachée derrière un épais rideau de ses cheveux sombres, mais
je pouvais tout de même distinguer entre les mèches que ses joues étaient
cramoisie à présent.
Le monstre aimait ça.
Elle ne croisa pas mon regard à nouveau, mais elle tritura nerveusement
l'un de ses cheveux entre ses doigts. Ses doigts fins, son poignet
délicat, ils étaient si fragiles, comme si je pouvais les casser d'un
simple souffle.
Non, non, non. Je ne pouvais pas faire ça. Elle était trop fragile, trop
bonne, trop précieuse pour mériter ce sort. Je ne pouvais pas permettre à
ma vie d'entrer en collision avec la sienne, et de la détruire.
Mais je ne pouvais pas non plus rester éloigné d'elle. Alice avaient
raison depuis le début.
Le monstre en moi feula de frustration tandis que j'hésitais, considérant
d'abord une solution, puis l'autre.
Mon heure en sa compagnie passa bien trop vite, alors que je vacillais
toujours d'un choix à l'autre. La cloche sonna, et elle commença à
rassembler ses affaires sans me regarder. Cela me déçu, mais je ne pouvais
rien attendre d'autre de sa part. Mon attitude envers elle depuis
l'accident était tout bonnement inexcusable.
- Bella. L'appelai-je, incapable de me retenir.
Ma volonté tombait déjà en lambeaux. Elle hésita avant de me regarder ;
lorsqu'elle se retourna, elle était sur ses gardes, méfiante.
Je me rappelai qu'elle avait toutes les raisons du monde de ne pas me
faire confiance. Que c'était la meilleures des attitudes qu'elle puisse
avoir.
Elle attendait que j'ajoute quelque chose, mais je me contentais de la
regarder, de lire dans son visage. J'inspirais régulièrement et à petites
bouffées, combattant ma soif.
- Quoi ? Dit-elle finalement. Tu me parles de nouveau ?
Il y avait une pointe de ressentiment dans sa voix qui était, à l'instar
de sa colère, attendrissante. Ca me donnait envie de sourire.
Je n'étais pas sur de savoir quelle réponse lui donner. Lui reparlai-je,
au sens où elle l'entendait ?
Non. Pas si je pouvais faire autrement. Et j'allais tout faire pour ça.
- Non, pas vraiment. Lui dis-je.
Elle ferma les yeux, ce qui me frustra. Elle coupait mon meilleurs accès à
ses sentiments. Elle prit une longue, profonde inspiration sans rouvrit
les yeux. Ses mâchoires étaient serrées.
Ses yeux toujours clos, elle parla. Voilà qui n'était certainement pas un
moyen de conversation très répandu chez les humains. Pourquoi s'y
prenait-elle de cette manière ?
- Alors, qu'est-ce que tu veux, Edward ?
Le son de mon nom sur ses lèvres déclencha une réaction étrange dans mon
corps. Si mon c½ur battait encore, il se serait affolé.
Mais comment lui répondre ?
Par la vérité, décidai-je. J'allais me montrer aussi fiable que possible
avec elle désormais. Je ne voulais pas qu'elle se méfie de moi, même si
espérer sa confiance était tout simplement impossible.
- Je te prie de m'excuser. Lui dis-je.
C'était surement la chose la plus vraie qu'elle n'entendrait jamais de ma
part. Malheureusement, je pouvais uniquement m'excuser sur mes crimes les
moins graves.
- Je ne suis pas très courtois, je sais. Mais c'est mieux comme ça, crois
moi.
Ca serait encore mieux si je pouvais continuer de me montrer discourtois.
Le pouvais-je ?
Ses yeux s'ouvrirent, toujours aussi prudents.
- Je ne te comprends pas.
J'essayais de la mettre en garde autant que possible.
- Il vaut mieux que nous ne soyons pas amis. (ça elle pouvait le
comprendre, c'était une fille intelligente) Fais-moi confiance.
Son expression se durcit, et je me souvins un peu tard que je lui avais
déjà demandé sa confiance – juste avant de la trahir. Je tressaillis quand
ses dents grincèrent – elle s'en souvenais parfaitement, elle aussi.
- Dommage que tu ne t'en sois pas aperçu plus tôt. Dit-elle avec colère.
Tu te serais épargné tous ces regrets.
Sous le choc, je la fixai. Que savait-elle de mes regrets ?
- Des regrets ? De quoi ?
- De ne pas avoir laissé cet imbécile de fourgon me réduire en bouillie !
Asséna-t-elle.
Je me figeai, abasourdi.
Comment pouvait-elle penser cela ? Lui sauver la vie était la seule chose
acceptable que j'avais faite depuis que je l'avais rencontrée. La seule
chose dont je n'avais pas honte. La seule et unique chose qui me rendait
fier d'exister ! Depuis la seconde où j'avais humé son odeur pour la
première fois, je m'étais littéralement battu pour la garder en vie.
Comment pouvait-elle penser cela de moi ? Comment osait-elle remettre en
question mon unique bonne action dans tout ce foutoir ?
- Tu penses vraiment que je regrette de t'avoir sauvée ?
- Je ne sais ! Rétorqua-t-elle.
Son interprétation de mes intentions me laissait pantois
- Tu ne sais rien du tout.
Combien le fonctionnement de son esprit était incompréhensible ! Elle ne
devait pas raisonner comme les autres humains. Cela pourrait expliquer son
silence énigmatique. Elle était entièrement autre.
Elle tourna brusquement la tête, ses dents grinçant à nouveau. Ses joues
étaient rouges, de colère cette fois. Elle emplira violement ses livres et
les tira d'un coup sec vers elle avant de partir en direction de la porte
sans m'accorder un regard.
Tout aussi irrité que je fusse, je ne pus m'empêcher de trouver sa colère
un tantinet divertissante. Elle marchait d'un pas chancelant, sans
regarder où elle allait, et se prit le pied dans la chambranle. Elle
trébucha, et toutes ses affaires s'étalèrent sur le sol. Au lieu de se
pencher immédiatement pour les ramasser, elle resta droite comme un I,
sans même regarder par terre, comme si elle n'était pas certaine que ses
livres en valaient la peine.
Je me démenai pour ne pas rire.
Personne ne me regardait : je volai à ses côté et tenais ses livres empilé
dans l'ordre avant qu'elle n'eu le temps de regarder par terre.
Elle se baissa à moitié, m'aperçut, et se figea. Je lui rendis ses livres,
m'assurant qu'aucune parcelle de ma peau glaciale n'entre en contact avec
la sienne.
- Merci. Dit-elle d'une voix froide, sévère
Ce ton fit revenir mon irritation.
- De rien.
Elle se redressa et partit à grands pas vers son prochain cours.
Je la suivi des yeux jusqu'à ce que je ne pus plus voir son visage en
colère.
Je passai le cours d'Espagnol dans les nuages. Mme Goff ne me reprocha
jamais mon inattention – consciente du fait que mon Espagnol était bien
supérieur au sien – et me laissa tout loisir de rêver
Donc, je ne pouvais ignorer la fille. C'était évident. Mais cela
voulait-il forcément dire que je n'avais pas d'autre choix que de la
détruire ? Ca ne pouvait pas être le seul avenir possible. Il devait y
avoir une autre solution. J'essayai de penser à un moyen de...
Je ne prêtai attention à Emmett que vers la fin de l'heure. Il était
curieux – Emmett n'était peut-être pas doué pour voir clairement les
changements d'humeur chez les autres, lui, mais cela ne l'avait pas
empêché de remarquer un changement manifeste chez moi. Il se demandait ce
qui avait bien pu ôter mon habituelle humeur massacrante de mon visage. Il
chercha à définir ce changement, et décréta finalement que j'avais l'air
plein d'espoir
Plein d'espoir? C'était donc cela que l'on voyait en me regardant ?
Je méditai sur l'idée que je me faisais de l'espoir tandis que nous nous
dirigions vers la Volvo, me demandant ce que je pouvais bien espérer.
Mais je n'eu pas le temps de méditer à ce sujet. Sensible que j'étais à
toute pensée se rapportant à la fille, le son du nom de Bella dans la tête
de...de mes rivaux, je suppose que je devais l'admettre, attira mon
attention. Eric et Tyler, ayant apprit – à leur grande satisfaction –
l'échec de Mike, se préparaient à tenter leur chance.
Eric était déjà en place, placé près de sa camionnette, là où elle ne
pourrait pas le louper. La classe de Tyler était retenue un peu plus
longtemps pour recevoir une consigne, et il se dépêchait pour la rattraper
avant qu'elle ne s'échappe.
Je devais absolument voir ça.
- Attend les autres ici, d'accord ? Murmurai-je à Emmett.
Il me dévisagea d'un air soupçonneux, puis haussa les épaules et
acquiesça.
Ce gosse a perdu la tête. Pensa-t-il, amusé par mon étrange requête.
Je vis Bella arriver du gymnase, et attendis là où elle ne pourrait pas me
voir. Alors qu'elle s'approchait de l'embuscade d'Eric, je m'approchai à
grands pas, calculant mes pas pour pouvoir arriver à leur niveau pile au
bon moment.
Je vis son corps se raidir à la vue du garçon qui l'attendait. Elle se
figea un moment, puis se détendit et s'approcha.
- Salut ! L'entendis-je le saluer d'une voix amicale.
Je ressentis alors une soudaine anxiété totalement imprévue. Et si cet
adolescent dégingandé et boutonneux lui plaisait ?
Eric déglutit bruyamment, faisant rebondir sa pomme d'Adam.
- Salut, Bella.
Elle ne semblait pas consciente de sa nervosité.
- Quoi de neuf ? Demanda-t-elle, déverrouillant sa camionnette sans
regarder son air effrayé.
- Euh, je me demandais juste...si tu accepterais d'aller au bal avec moi ?
Sa voix se brisa.
Elle leva enfin les yeux. Etait-elle décontenancée, ou flattée ? Eric ne
pouvait pas la regarder dans les yeux, alors je ne pu voir son visage dans
son esprit.
- Je croyais que c'était aux filles de choisir leur cavalier ? Dit-elle
d'une vois troublée.
- Euh, ouais. Admit-t-il lamentablement.
Ce pitoyable garçon ne m'irrita pas autant que Mike Newton, mais je ne pus
pas me résoudre à ressentir la moindre compassion à son angoisse jusqu'à
ce que Bella ne lui réponde d'une voix douce.
- Je serais à Seattle ce jour là, mais merci quand même.
Il avait déjà entendu cela ; pourtant, il était déçu.
- Oh, marmonna-t-il, réussissant à peine à lever ses yeux jusqu'au niveau
de son nez. Une autre fois peut-être.
- C'est ça. Dit-elle.
Aussitôt elle se mordit la lèvre inférieure, comme si elle regrettait de
lui donner de faux espoirs. Cela me plu beaucoup.
Eric baissa les bras et partit – dans la mauvaise direction.
Je passai devant elle à ce moment précis, et l'entendis pousser un soupir
de soulagement. Je ris.
Elle tourna la tête à droite à gauche pour identifier la source du son,
mais je me contentai de regarder droit devant moi, essayant de me retenir
de sourire d'amusement.
Tyler était derrière moi, courant presque pour l'attraper avant qu'elle ne
prenne la route pour rentrer chez elle. Il était plus audacieux et plus
serein que les deux autres ; la seule raison pour laquelle il n'avait pas
approché Bella plus tôt était qu'il avait laissé Mike tenter d'abord sa
chance, par respect pour lui.
Je voulais qu'il réussisse à parler à Bella pour deux raison. Si – comme
je le soupçonnais déjà – son attention n'allais faire que gêner Bella, je
voulais avoir le plaisir de regarder sa réaction. Mais, si c'était
l'inverse – si l'invitation de Tyler était précisément celle qu'elle
espérait – alors je voulais le savoir, également.
Je considérais Tyler Crowley comme un rival, tout en sachant que c'était
mal. Il me semblait assez transparent et quelconque, mais que savais-je
des goûts de Bella ? Peut-être qu'elle aime les garçons transparents...
Je tressaillis à cette pensée. Je ne pourrais jamais être un garçon
transparent. Qu'il était idiot de me placer moi-même en compétition pour
obtenir son affection. Comment pourrait-elle ne serait-ce que de se
soucier de quelqu'un qui était, selon toute vraisemblance, un monstre ?
Elle était bien trop bonne pour un monstre.
J'aurais dû la laisser s'échapper, mais mon inexcusable curiosité eu le
dessus. Une fois de plus. En effet, et si Tyler loupait sa chance
maintenant, et la contactait plus tard, quand il ne me serait plus
possible de connaître le fin mot de l'histoire ? Je fis sortir ma Volvo de
la place de parking pour la placer sur l'allée étroite, empêchant Bella de
sortir.
Emmett et les autres arrivèrent, mais il leur avait décrit mon étrange
attitude, et ils marchaient lentement, tout en me regardant, essayant de
savoir ce que je faisais.
Je regardais la fille dans le rétroviseur. Elle lançait des regards
mauvais à l'arrière de ma voiture sans me regarder, comme si elle aurait
souhaité être aux volants d'un tank plutôt que d'une Chevrolet rouillée.
Tyler se précipita dans sa voiture, et se plaça dans l'embouteillage juste
derrière elle, reconnaissant pour mon inexplicable attitude. Il essaya
d'attirer son attention, mais elle ne le remarqua pas. Il attendit un
moment, puis sortit de sa voiture, et alla taper légèrement sur la fenêtre
du côté passager.
Elle sursauta, et le regarda avec étonnement. Après une seconde, elle
baissa manuellement la vitre, semblant d'ailleurs rencontrer quelques
problèmes avec.
- Excuse-moi Tyler, dit-elle d'une voix agacée, je suis coincée derrière
Cullen.
Elle prononça mon nom de famille d'une voix dure – elle était toujours
fâché.
- Oh, je sais. Dit Tyler, pas perturbé le moins du monde par son humeur,
je voulais juste te proposer quelque chose pendant qu'on est bloqué ici.
Son sourire était bien trop sur de lui.
Je fus content de la voir pâlir devant ses évidentes intentions.
- Tu veux bien m'inviter au bal ? Demanda-t-il, persuader d'aller au
devant d'une victoire.
- Je ne serais pas là Tyler. Répondit-elle, l'irritation perçant toujours
dans sa voix.
- Ouais, Mike me l'a dit.
- Alors pourquoi... ?
- J'espérais seulement que c'était une façon sympa de l'éconduire. Dit-il
en haussant les épaules.
Ses yeux s'écarquillèrent, puis se refroidirent.
- Désolée Tyler (elle ne semblait pas désolée du tout), je serais
effectivement absente.
Il accepta son excuse, son assurance intacte.
- Pas grave. Il nous restera toujours le bal de promo.
Il retourna dans sa voiture.
J'avais eu raison d'attendre.
L'expression horrifiée qui s'étalait sur son visage n'avait pas de prix.
Ce qui répondit à une question dont je ne devrais pas vouloir à ce point
la réponse : permis tous les hommes humains qui la courtisaient, aucun
d'eux n'avaient droit à un traitement de faveur. Elle ne ressentait rien
pour eux.
Il y avait aussi que cette expression était certainement la chose la plus
hilarante qu'il m'ait été donné de voir.
C'est alors que ma famille arriva, étonné de me voir secoué de rire plutôt
qu'en train de fixer avec des envies de meurtre tout ce sur quoi mon
regard se posait.
Qui a-t-il de si drôle ? Demanda Emmett, curieux.
Je secouai ma tête, à nouveau pris d'un fou-rire tandis que Bella faisait
rugir son engin à grands bruits. On aurait à nouveau dit qu'elle désirait
un tank.
- Démarre ! Siffla Rosalie impatiemment. Arrête de faire l'idiot. Si tu en
es capable.
Ses mots n'eurent aucun effets sur moi – je m'amusais trop. Mais je fis
quand même ce qu'elle me dit.
Personne ne me parla sur le chemin du retour. Je continuais de pouffer de
temps à autre, rependant à la tête qu'avait faite Bella.
Alors que l'on sortait de la ville – accélérant maintenant qu'il n'y avait
plus de témoins – Alice ruina ma bonne humeur.
- Alors, j'ai le droit de parler à Bella maintenant ? Demanda-t-il
soudainement, sans m'avertir par une pensée.
- Non. Assénai-je.
- Ce n'est pas du jeu ! Qu'est-ce que je dois attendre ?
- Je n'ai rien décidé, Alice.
- C'est inutile, Edward.
Dans sa tête, les deux destinées de Bella étaient à nouveau claires comme
du cristal.
- A quoi ça t'avancerait de la connaître ? Marmonnai-je, soudain morose.
Si je vais la tuer ?
Alice hésita pendant une seconde.
- Tu marques un point, là. Admit-elle.
Je pris de dernier virage à cent quarante quatre kilomète heure et pillai
pour m'arrêter à un millimètre du mur du garage.
- Bon jogging. Dit Rosalie d'un don grinçant alors que je m'extirpais hors
de la voiture.
Mais je n'allais pas courir cette nuit. J'allais chasser.
Les autres s'étaient habitués à aller chasser demain, mais je ne pouvais
pas me permettre d'être assoiffé maintenant. J'en fis trop, buvant plus
que de raison, m'empiffrant à nouveau – un petit troupeau de cerf et un
ours que je fus chanceux de trouver aussi tôt dans l'année. J'étais si
plein que c'en était inconfortable. Pourquoi n'était-ce pas assez ?
Pourquoi son odeur devait être plus forte que tout le reste ?
Je devais chasser pour me préparer au jour suivant, mais, alors que
j'étais trop plein pour chasser à nouveau et que le soleil menaçait à
chaque heure de percer, je sus que le jour suivant était trop loin.
Mes nerfs s'affolèrent lorsque je me rendis compte que j'étais partit
rejoindre la fille.
Je me disputai avec moi-même tout le long du trajet de retour à Forks,
mais ce fut mes moins bons côtés qui l'emportèrent, et je suivis mon plan
indéfendable. Le monstre était là, mais bien nourrit. Je savais que je
resterais à une distance raisonnable d'elle. Je voulais juste savoir où
elle était. Je voulais juste voir son visage.
Il était minuit passé, et la maison de Bella était sombre et calme. Sa
camionnette était garée à côté de la voiture d fonction de son père sur la
place de parking. Il n'y avait pas de pensée éveillée dans les environs.
Je regardais la maison pendant un moment depuis la pénombre de la forêt
qui longeait la façade est. L'entrée principale devrait probablement être
fermée – cela ne poserait aucun problème, excepté qu'il valait mieux que
je ne laisse pas de trace de mon passage. Je décidai d'essayer la fenêtre
en premier. Presque personne ne se donnait la peine d'y installer des
sécurités.
Je traversai la route déserte et escaladai la façade en une demi-seconde.
Pendu d'une main à l'avant-toit de la fenêtre, je regardais à travers la
vitre, et là mon souffle se coupa.
C'était sa chambre. Je pouvais la voir dans le petit lit une place, ses
couvertures sur le sol et ses draps ondulants autours de ses jambes. Alors
que je regardais, elle s'agita et mit un bras sur sa tête. Elle ne
ronflait pas, en tout cas pas cette nuit. Avait-elle sentit le danger près
d'elle ?
La voyant se retourner à nouveau, je me dégoûtais. En cet instant, je ne
valais pas mieux qu'un pervers voyeur. Je n'étais rien d'autre. J'étais
pire, bien pire.
Je détendis mes phalanges, sur le point de me laisser tomber, mais avant
cela je m'autorisai un long regard sur son visage.
Il n'était pas calme. Le petit creux était à nouveau entre ses sourcils et
les coins de ses lèvres étaient tournés vers le bas. Ses lèvres
tremblèrent, puis se séparèrent.
- Ok, Maman. Murmura-t-elle.
Bella parlait dans son sommeil.
Ma curiosité bondit, dépassant de loin ma répugnance pour ce que j'étais
en train de faire. Cette petite lucarne vers des pensées inconscientes et
sans défenses étaient incroyablement tentante.
Je testai la fenêtre, elle n'était pas verrouillée, mais elle grinçait,
surement qu'elle n'avait pas été ouverte depuis longtemps. Je la fis
glisser lentement, terrorisé à chaque petit grincement de la charpente de
métal. La prochaine fois, j'amènerai de l'huile...
La prochaine fois ? Je secouais ma tête, dégoûté à nouveau.
Je me glissai lentement à l'intérieur.
Sa chambre était petite – désorganisée mais propre. Il y avait des livres
empilés sur le sol à côté de son lit, leur reliure me tournant le dos, et
des CD s'étalaient près de son modeste lecteur – le disque du dessus
n'était qu'un boité vide. Des piles de papiers entouraient un ordinateur
qui mériterait d'avoir sa place dans un musée réservé aux technologies
obsolètes. Des chaussures parsemaient le parquet.
Je désirais ardemment aller lire les titres de ses livres et de ces
disques, mais je m'étais promis de rester à bonnes distances, alors à la
place, j'allai m'installer dans un rocking-chair dans un coin de la pièce.
L'avais-je vraiment un jour trouvé banale ? Je pensais à ce premier jour,
et à mon dégoût pour tous ces garçons immédiatement intrigués par elle.
Mais à présent que je me souvenais de la manière dont son visage avait été
représenté dans leur esprit, je ne pouvais comprendre pourquoi je ne
l'avais pas immédiatement trouvé belle. Ca semblait si évident.
A présent que je la regardais – avec ses cheveux sombres ondulants
sauvagement autour de son visage pâle, vêtue de son t-shirt élimé et plein
de trous et de son vieux pantalon de jogging, ses membres détendu, ses
lèvres pleines légèrement entrouvertes – elle me coupais le souffle. Du
moins l'aurait-elle fais, pensai-je avec humour, si je respirais.
Elle ne parla plus. Peut-être que son rêve était terminé.
J'admirais son visage tout en essayant de penser à un moyen de rendre
l'avenir supportable.
La blesser n'était pas supportable. Cela voulait-il dire que mon seul
choix était d'essayer de partir à nouveau ?
Les autres ne m'en blâmeraient pas à présent. Mon absence ne mettrait
personne en danger. Personne n'aurait de soupçons, personne ne ferait le
lien avec l'accident.
J''hésitai comme j'avais hésité cet après midi, et rien ne semblait
possible.
Je ne pouvais pas espérer rivaliser avec les jeunes humains, que ces
humains là l'attirent où pas. J'étais un monstre. Comment pourrait-elle me
voir autrement ? Si jamais elle venait à savoir la vérité à mon sujet,
cela l'effraierait et l'éc½urerait. Comme les victimes présumées dans les
films d'horreur, elle s'enfuirait en hurlant.
Je me souvins de ce premier jour en biologie...oui, elle s'enfuirait ; et
elle aurait bien raison.
Il était complètement débile d'imaginer que si je l'avais invité à ce bal
ridicule, elle aurait annulé ses plans et accepté ma proposition.
Je n'étais pas celui à qui elle allait dire oui. C'était quelqu'un
d'autre, quelqu'un d'humain et de chaud. Et je ne pourrais même pas me
permettre – ce jour là, lorsqu'elle aura dit oui – de le traquer et de le
tuer, parce qu'elle le mériterait, qui ce que soit. Elle méritait le
bonheur et l'amour plus que quiconque.
Je lui devais d'agir pour le mieux à présent. A présent que je ne pouvais
plus prétendre être sur le point de l'aimer.
Après tout, cela importait peu, si je partais, parce que Bella ne pourrais
jamais me voir comme je désirerais qu'elle me vît. Elle ne me verrait
jamais comme quelqu'un dont elle pourrait tomber amoureuse.
Jamais.
Est-ce qu'un c½ur mort et gelé pouvait encore se briser ? Le mien en
semblait capable.
- Edward. Dit Bella.
Je me figeai, regardant ses yeux clos.
M'avait-elle vu, était-elle éveillée ? Elle semblait endormie, mais sa
voix avait été si claire...
Elle soupira calmement, et bougeant à nouveau, se roulant sur le côté.
- Edward...Répéta-t-elle doucement.
Elle rêvait de moi.
Est-ce qu'un c½ur mort et gelé pouvait battre à nouveau. Le mien en
semblait capable.
- Reste. Soupira-t-elle. Ne pars pas. Je t'en prie...ne pars pas.
Elle rêvait de moi, et ce n'était même pas un cauchemar. Elle voulait que
je reste avec elle, là dans son rêve.
Je débattis pour trouver des mots pour nommer les sensations qui se
déversèrent en moi, mais aucun mot n'était assez fort pour les contenir.
Pendant un long moment, je m'y noyai.
Quand je refis surface, je n'étais pas le même homme qu'avant.
Ma vie était un minuit éternel et immuable. Pour moi, c'était innévitable,
il sera toujours minuit. Alors comment était-il possible que le soleil se
lève, là maintenant, au milieu de ce minuit ?
A l'instant où je suis devenu vampire, échangeant mon âme et ma mortalité
pour l'immortalité la douleur brûlante de la transformation, j'avais été
littéralement gelé. Mon corps s'était transformé en quelque chose qui
s'apparentait plus à de la pierre qu'à de la chaire, dure et immobile. Ma
conscience, aussi, s'était gelée – ma personnalité, mes goûts et mes
dégoûts, mes désirs et mes répugnances ; tout c'était figé.
C'était la même chose pour chacun de nous. Nous étions tous figés. Des
pierres vivantes.
Quand un changement survint en nous, c'est une chose rare et permanente.
Je l'ai vu chez Carlisle, puis plus tard chez Rosalie. L'amour les changea
d'une façon permanente, éternelle. Plus de quatre-vingts ans s'étaient
écoulés depuis que Carlisle avait trouvé Esmée, et il continuait à la
regarder avec les yeux incrédules du premier amour. Il en sera ainsi pour
l'éternité.
De même que pour moi. J'allais aimer cette humaine, si fragile et
délicate, pour le restant de mon existence sans limite.
J'admirais son visage, sentant cet amour pour elle s'encrer dans chaque
portion de mon corps de pierre.
Elle dormait calmement à présent, un petit sourire aux lèvres.
Tout en la regardant, je commençai à comploter.
Je l'aimais, alors j'allais essayer d'être assez fort pour la quitter. Je
savais que je n'étais pas assez fort pour le moment. J'allais travailler
ce point. Mais peut-être étais-je assez fort pour faire changer le futur
de cap.
Alice avait vu deux avenirs pour Bella, et à présent je comprenais les
deux.
L'aimer ne m'empêcherais pas de la tuer, si je me laissais faire des
erreurs.
Je ne pouvais plus sentir le monstre à présent, je ne le trouvais plus,
nulle part en moi. Peut-être que l'amour l'avait réduit au silence. A
présent, si je la tuais, ce ne serait pas intentionnel, seulement un
effroyable accident.
J'allais devoir être extrêmement prudent. Je ne devrais jamais, jamais
baisser ma garde. J'allais devoir contrôler chacune de mes inspirations,
chacun de mes mouvements. J'allais devoir respecter une permanente
distance de sécurité.
Je n'allais pas faire d'erreur.
Je compris enfin le second futur. J'avais été dérouté par cette vision –
que pouvait-il bien se passer pour que Bella se retrouve prisonnière de
cette demi-vie immortelle ? Mais à présent – dévasté de désir pour cette
fille – je pouvais comprendre comment je pourrais, dans un élan
d'impardonnable égoïsme, implorer mon père de me faire cette faveur.
L'implorer de lui prendre et sa vie et son âme pour que je puisse la
garder près de moi pour toujours.
Elle méritait mieux.
Mais je vis un autre avenir, un fil extrêmement fin et fragile sur lequel
je pourrais peut-être marcher, si je savais garder l'équilibre.
Pouvais-je faire cela ? Etre avec elle et la garder humaine ?
Délibérément, je pris une profonde inspiration, puis une autre, laissant
son arôme de déchirer comme un feu sauvage. Sa chambre débordait de son
parfum, sa fragrance restait accrochée à chaque objet. Ma tête me tournait
mais je combattis le vertige. Je devais m'y habituer, si je voulais
essayer d'avoir une quelconque relation avec elle. Je pris une autre
bouffée d'air brûlant.
Je la regardais dormir jusqu'à ce que le soleil se lève derrière les
nuages à l'est, complotant contre moi.
***
Je rentrai à la maison juste après le départ des autres pour le lycée. Je
me changeai rapidement, ignorant le regard interrogateur d'Esmée. Elle
avait vu comme mon visage rayonnait, et cela l'avait rendue tant soulagée
qu'inquiète. Ma longue mélancolie lui avait fait de la peine, et elle
était heureuse de voir que ma douleur semblait s'en être allée.
Je couru jusqu'au lycée, arrivant quelque secondes après mes semblables.
Ils ne se retournèrent pas, alors qu'Alice savait au minimum que je me
tenais dans le bois qui longeait la chaussée. J'attendis que personne ne
regarde, puis sortit du bois comme si de rien n'était pour arriver au
milieu des nombreuses voitures garées.
J'entendis la camionnette de Bella gronder près du virage, et m'arrêtais
derrière une Suburban, d'où je pouvais voir sans être vu.
Elle roula en direction du parking, fixant ma Volvo un long moment avant
de se garer à l'une des places les plus éloignées de ma voiture, en
fronçant les sourcils.
Il était étrange de se rappeler qu'elle était probablement toujours fâchée
contre moi, et avec de bonne raisons.
J'avais envie de me moquer de moi – ou de me gifler. Tout mon complot
ainsi que mes plans étaient entièrement caduc si de son côté elle
n'éprouvait rien pour moi, n'est-ce pas ? Son rêve avait sûrement dû
porter sur quelque chose que complètement banal. Je n'étais qu'un crétin
arrogant.
De toute façon, il valait mieux pour elle qu'elle ne ressente rien pour
moi. Cela ne m'empêcherait pas de la harceler, mais ça l'avertirait en
tout cas que je la harcelai. Je lui devais bien ça.
J'avançais dans sa direction silencieusement, me demandant quel était le
meilleur moyen de l'approcher.
Elle ma facilita la tâche. Les clés de sa voiture glissèrent de ses doigts
alors qu'elle sortait de sa camionnette, et tombèrent dans une flaque
d'eau.
Elle se pencha, mais j'arrivai le premier, les attrapant avant qu'elle
n'eu a plonger ses doigts délicats dans l'eau froide.
Je m'adossai à sa camionnette pendant qu'elle se redressait avant de se
raidir.
- Pour quelle raison as-tu fait ça ? Brailla-t-elle.
Oui, elle était toujours fâchée.
- Fait quoi ? Demandai-je en lui tendant ses clés.
Elle tendit sa main, et je laissai tomber les clés dans sa paume. Je pris
une profonde inspiration, engloutissant son odeur.
- Surgi à l'improviste. Précisa-t-elle
- Bella, je ne suis quand même pas responsable si tu es particulièrement
inattentive.
Mes paroles étaient humoristiques, c'était presque une blague. Y'avait-il
quelque chose qu'elle ne remarquait pas ?
Avait-elle remarqué, par exemple, comme ma voix avait enveloppé son nom,
comme une caresse ?
Elle me regarda, n'appréciant pas mon humour. Son rythme cardiaque
s'emballa – de colère ? De peur ? Après un moment, elle regarda le sol.
- Pourquoi ce bouchon, hier soir ? Demanda-t-elle, sans me regarder. Je
croyais que tu étais censé te comporter comme si je n'existais pas, pas
t'arranger pour m'embêter jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Très fâchée. J'allais faire un effort pour arranger les choses avec elle.
Je me souvins avoir résolu d'être digne de confiance...
- Je rendais service à Tyler, histoire de lui donner sa chance.
Puis je ris. Je ne pus m'en empêcher, repensant à la tête qu'elle avait
faite.
- Espèce de...haleta-t-elle, puis elle s'interrompit, apparemment trop
furieuse pour finir.
La voilà : cette expression, exactement la même. Je me retins un nouveau
rire. Elle était déjà assez hors d'elle comme ça.
- Et je ne prétends pas que tu n'existes pas. Finis-je.
C'était ainsi que je devais m'y prendre : rester sur le ton de la
conversation, la taquiner. Elle ne comprendrait pas si je lui montrais mes
véritables sentiments. Ca l'effraierait. Je devais maîtriser mes
sentiments, garder les choses au clair.
- C'est donc bien ma mort que tu souhaites, puisque le fourgon de Tyler
n'y a pas suffit !
Un éclair de colère me traversa. Pouvait-elle réellement penser une chose
pareille ? Il était irrationnel de ma part d'être si offensé – elle ne
savait rien de la transformation qui s'était opéré en moi durant la nuit.
Mais j'étais tout de même en colère.
- Bella, tu es complètement absurde. Assénai-je.
Elle rougit et me tourna le dos. Elle commença à s'éloigner.
Remords. Je n'avais pas le droit de lui en vouloir.
- Attends ! suppliai-je.
Elle ne s'arrêta pas, alors je la rattrapai.
- Désolé pour ces paroles désagréables. Non qu'elles soient fausse (parce
qu'il était bel et bien absurde de penser que je puisse vouloir sa mort)
mais je n'étais pas obligé de les dire.
- Et si tu me fichais la paix, hein ?
Crois moi, voulais-je lui répondre, j'ai essayé.
Et, à propos, je suis désespérément amoureux de toi.
Reste clair.
- Je voulais juste te poser une question, c'est toi qui m'as fais perdre
le fil. Dis-je en riant.
Je venais d'avoir une idée lumineuse.
- Souffrirais-tu d'un dédoublement de la personnalité ? Demanda-t-elle.
Cela y ressemblait fort, en effet. J'étais plutôt lunatique, à cause de
toutes ces nouvelles émotions qui me traversaient.
- Voilà que tu recommences. Lui fis-je remarquer.
- Très bien, soupira-t-elle. Vas-y, pose-la, ta question.
- Je me demandais si, samedi de la semaine prochaine... (je vis je choc
traverser son visage, et retint un autre rire), tu sais, le jour du bal...
Elle m'interrompit, me regardant enfin dans les yeux.
- Essaierais-tu d'être drôle, par hasard ?
Oui !
- Et si tu me laissais terminer ?
Elle attendit en silence, ses dents mordant doucement sa lèvre inférieure.
Cette vue attira mon attention pendant une seconde. Cela provoqua
d'étranges réactions au plus profond de mon enveloppe charnelle
jusqu'alors oubliée. Je tentai de les mettre de côté pour pouvoir me
concentrer sur mon rôle.
-J'ai appris que tu allais à Seattle, ce jour là, et j'ai pensé que tu
avais peut-être besoin d'un chauffeur. Lui proposais-je.
Je réalisai que, mieux que de l'interroger sur ses projets, je lui
demandais de m'inclure dedans.
Elle me regarda, choquée.
- Quoi ?
- As-tu envie qu'on t'accompagne là bas ?
Seul dans une voiture avec elle...ma gorge me brûla à cette seule pensée.
Je pris une longue inspiration. Prend en l'habitude...
- Qui donc ? Me demanda-t-elle, ses yeux montrant nouveau cette expression
abasourdie.
- Moi, évidemment. Dis-je lentement.
- Pourquoi ?
Etait-il vraiment aussi étonnant que je veuille passer du temps avec elle
? Elle avait vraiment dû interpréter mon ancienne attitude de la pire
manière qu'il soit.
- Disons, dis-je aussi naturellement que possible, que j'avais l'intention
de me rendre à Seattle dans les semaines à venir et, pour être honnête, je
ne suis pas persuadé que ta camionnette tiendra le coup.
Il semblait plus prudent de continuer à la taquiner plutôt que de me
permettre d'être sérieux.
- Ma camionnette marche très bien, merci beaucoup. Dit-elle de la même
voix surprise.
Elle recommença à marcher. Je ne la lâchai pas d'une semelle.
Elle n'avait pas vraiment dit non, alors j'insistai.
Dirait-elle non ? Que ferais-je si elle refusait ?
- Mais un seul réservoir te suffira-t-il ?
- Je ne vois pas en quoi ça te concerne.
Ce n'était toujours pas un non. Et son c½ur recommençait à s'emballer, sa
respiration à s'accélérer.
- Le gaspillage des ressources naturelles devrait être l'affaire de tous.
- Franchement, Edward ! Ton comportement m'échappe. Je croyais que tu ne
désirais pas être mon ami.
Un frisson de ravissement de prit quand elle prononça mon nom.
Comment pouvais-je répondre clairement à cela tout en restant honnête ?
Bon, il était plus important que je sois honnête. Au moins en ce qui
concerne ce sujet.
- J'ai dis que ce serait mieux que nous ne le soyons pas, pas que je n'en
avais pas envie.
- Ben tiens ! Voilà qui éclaire ma lanterne ! railla-t-elle.
Elle s'arrêta, sous l'auvent de la cantine, et rencontra mon regard à
nouveau. Son c½ur d'affola. Avait-elle peur ?
Je pris un grand soin à choisir mes mots. Non, je ne pouvais la quitter,
mais peut-être serait-elle assez intelligente pour me quitter, elle, avant
qu'il ne soit trop tard.
- Il serait plus...prudent pour toi de ne pas être mon amie.
Puis, en plongeant dans les profondeurs de chocolat fondu de ses yeux, je
perdis ma désinvolture. Les mots que je prononçai en suite brûlèrent d'une
trop grande ferveur.
- Mais j'en ai assez d'essayer de t'éviter, Bella.
Elle arrêta de respirer et, vu le temps qu'elle mit avant de recommencer,
cela m'inquiéta. Combien l'avais-je effrayée ? Eh bien, j'allais avoir la
réponse.
- Viendras-tu à Seattle avec moi ? Demandais-je sans cérémonie.
Elle acquiesça, son c½ur battant la chamade.
Oui. Elle m'avait dit oui. A moi !
Puis ma conscience refit surface. Combien cela allai-t-il lui coûter ?
- Tu devrais vraiment garder tes distances. La prévins-je.
M'avait-elle entendu ? Echappera-t-elle au futur qui la menaçait ?
Pouvais-je faire quoi que ce soit pour la protéger de moi-même ?
Reste clair. M'ordonnai-je.
- On se voit en cours.
Je dû me concentrer pour m'empêcher de courir alors que je m'enfuyais.
Désolé s' il y a des fautes d' orthographe.
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Fascination du point de vue d' EdwardPoster un commentaire3 commentaire(s)
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6ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
00:33Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!Chapitre
6 : Groupe sanguin
Je la suivis toute la journée à travers les yeux des autres, à peine
conscient de mon propre environnement.
Pas à travers ceux de Mike Newton, parce que je ne pouvais plus
supporter ses fantasmes offensants, et pas par ceux de Jessica Stanley,
parce que son ressentiment envers Bella me mettait tellement en colère que
c'en devenait dangereux pour cette fille mesquine. Angela Weber était très
bien lorsque ses yeux étaient disponibles ; elle était gentille – sa tête
était un endroit agréable à occuper. Et, parfois, c'étaient les
professeurs qui me fournissaient le meilleur point de vue.
Je fus surpris, en la voyant trébucher sans cesse – sur les
irrégularités du trottoir, les livres tombés par terre et, le plus
souvent, sur ses propres pieds – que les personnes dont je parasitais les
pensées considéraient Bella comme maladroite.
J'y réfléchis. Il était vrai qu'elle avait du mal à tenir droite
quand elle était debout. Je me souvins l'avoir vue s'écrouler sur le
bureau ce premier jour, glisser sur le verglas avant l'accident, se
prendre les pieds dans le chambranle de la porte hier... Comme c'était
étrange, ils avaient raison. Elle était vraiment maladroite.
Je ne savais pas pourquoi cela me paraissait si drôle, mais je
m'esclaffai tandis que je me dirigeais du cours d'histoire vers celui
d'anglais, et plusieurs personnes me jetèrent des regards méfiants.
Comment avais-je fait pour ne pas m'en apercevoir ? Peut-être parce qu'il
y avait quelque chose en elle de très gracieux dans son silence, dans son
port de tête, dans la courbure de son cou...
Il n'y avait rien de gracieux en elle à présent. M. Varner la
regardait se coincer le pied dans le tapis et tomber littéralement sur sa
chaise.
Je ris à nouveau.
Le temps avança avec une lenteur exaspérante tandis que j'attendais
de pouvoir la contempler de mes propres yeux. Enfin, la sonnerie retentit.
Je me dirigeai vivement vers la cafétéria, afin de réserver ma place. Je
fus l'un des premiers à y rentrer. Je choisis une table habituellement
vide, et qui allait sûrement le rester si je m'y installais.
Quand ma famille entra et me vit assis seul, à une nouvelle table,
ils ne furent pas surpris. Alice avait dû les prévenir.
Rosalie me passa devant sans m'accorder un regard.
Idiot.
Les relations entre Rosalie et moi n'avaient jamais été faciles – je
l'avais offensée la première fois que j'avais ouvert la bouche en sa
présence, et cela ne s'était pas arrangé depuis – mais il me semblait
qu'elle était encore de plus mauvaise humeur que d'habitude ces derniers
jours. Je soupirai. Rosalie ramenait toujours tout à elle-même.
Jasper m'adressa un sourire mi-figue mi-raisin en arrivant à ma
hauteur.
Bonne chance, pensa-t-il, incertain.
Emmett leva les yeux au ciel et secoua la tête.
Complètement perdu la tête, pauvre gosse.
Alice rayonnait, les dents brillant un peu trop.
Je peux parler à Bella, maintenant ?
- Reste en dehors de ça, lui répondis-je dans un souffle.
Son visage s'affaissa, puis s'éclaira à nouveau.
Très bien. Fais ta tête de mule. Ce n'est qu'une question de temps.
Je soupirai à nouveau.
N'oublie pas le TP en biologie cet après-midi, me rappela-t-elle.
J'acquiesçai. Non, je n'avais pas oublié.
Tandis que j'attendais que Bella arrive, je la suivis à travers les
yeux de l'étudiant qui marchait derrière Jessica sur le chemin de la
cafétéria. Cette dernière babillait à propos du bal qui approchait, mais
Bella ne lui répondait pas. Non pas que Jessica lui en laissât
l'opportunité.
Quand Bella passa le pas de la porte, ses yeux se posèrent sur la
table où se trouvaient mes frères et s½urs. Elle les regarda un moment,
puis son front se rida et elle se mit à fixer le sol. Elle n'avait pas
remarqué que j'étais là.
Elle avait l'air si... triste. Je ressentis le besoin puissant de me
lever et d'aller la rejoindre, la réconforter, même si je ne savais pas ce
qui pourrait la consoler. Je n'avais aucune idée de ce qui la peinait
tant. Jessica continuait à jacasser à propos du bal. Bella était-elle
triste de le manquer ? Elle n'en avait pas l'air...
Mais je pouvais y remédier, si elle le souhaitait.
Elle n'acheta qu'une boisson pour le déjeuner. Était-ce normal ?
N'avait-elle pas besoin de manger plus ? Je n'avais jamais fait attention
au régime alimentaire des humains avant.
Ils étaient si fragiles, c'était exaspérant ! Il y avait un million
de choses dont il fallait s'inquiéter...
- Edward Cullen te mate une fois de plus, entendis-je Jessica
glisser à Bella. Je voudrais bien savoir pourquoi il s'est isolé,
aujourd'hui.
Je fus reconnaissant à Jessica – bien qu'elle ait à présent encore
plus d'animosité envers Bella – car cette dernière releva brusquement la
tête et ses yeux scrutèrent la foule jusqu'à ce qu'ils rencontrent les
miens.
Il n'y avait plus aucune trace de tristesse sur son visage à
présent. Je me pris à espérer que sa peine avait été causée par la pensée
que j'avais quitté le lycée, et cet espoir me fit sourire.
Je lui fis signe de venir me rejoindre. Elle eut l'air si abasourdie
par ce geste que j'eus envie de continuer à la taquiner. Je lui lançai un
clin d'½il, et elle resta bouche bée.
- C'est à toi qu'il s'adresse ? demanda impoliment Jessica.
- Il a peut-être besoin d'un coup de main pour son devoir de
sciences nat, dit-elle d'une voix basse et incertaine. Il vaut mieux que
j'y aille.
C'était un autre oui.
Elle trébucha deux fois en se dirigeant vers ma table, bien qu'il
n'y eut sur le sol qu'un lino parfaitement plat.
Sérieusement, comment avais-je fait pour ne pas m'en rendre compte ?
J'avais dû accorder plus d'attention à ses pensées silencieuses,
supposai-je... Qu'avais-je manqué d'autre ?
Reste honnête, reste détendu, me serinai-je.
Elle s'arrêta derrière la chaise en face de moi, hésitante.
J'inhalai profondément, par le nez cette fois plutôt que par ma bouche.
Ressens cette brûlure, pensai-je sèchement.
- Et si tu t'asseyais avec moi ? proposai-je.
Elle tira la chaise et s'assit, sans me quitter des yeux. Elle avait
l'air crispée, mais son acceptation physique était quand même un oui.
J'attendis qu'elle parle. Cela prit un moment, mais enfin, elle dit
:
- Quel revirement.
- Disons que... (J'hésitai) J'ai décidé, puisque je suis voué aux
enfers, de me damner avec application.
Qu'est-ce qui m'avait fait dire ça ? Enfin, au moins, c'était
honnête. Et peut-être avait-elle entendu l'avertissement que mes paroles
sous-entendaient. Peut-être allait-elle réaliser qu'il serait bon qu'elle
se lève et s'éloigne le plus rapidement possible...
Elle ne se leva pas. Elle me regarda, attendant, comme si je n'avais
pas terminé ma phrase.
- Tu sais, je n'ai pas la moindre idée de ce que tu entends par là,
finit-elle par dire en voyant que je n'avais pas l'intention de
poursuivre.
Cela me soulagea. Je souris.
- Ça ne m'étonne pas.
Il m'était difficile d'ignorer les pensées qui me criaient dessus de
derrière son dos – et de toute façon, je voulais changer de sujet.
- Je crois que tes amis m'en veulent de t'avoir enlevée.
Cela ne parut pas la concerner.
- Ils s'en remettront.
- Sauf si je ne te relâche pas.
Je ne savais pas moi-même si je tentais d'être honnête en disant
cela, ou si je ne faisais que la taquiner comme tout à l'heure. Être près
d'elle me donnait du mal à ordonner mes propres pensées.
Bella avala bruyamment sa salive. Je ris en voyant son expression.
- Ça a l'air de t'inquiéter.
Cela n'aurait pas dû être drôle... Elle avait beaucoup de raisons de
s'inquiéter.
- Non.
Elle était mauvaise menteuse, et sa voix ne l'aida guère en se
cassant.
- Ça m'étonne, pourquoi cette volte-face ?
- Je te l'ai dit, lui rappelai-je. Je suis las de m'acharner à
garder mes distances avec toi. J'abandonne.
Je gardai mon sourire, en forçant un peu. Cela ne marchait pas du
tout – essayer d'être honnête et désinvolte en même temps.
- Tu abandonnes ? répéta-t-elle, perplexe.
- Oui. Je renonce à être sage.
Et apparemment, je renonçais également à ma désinvolture.
- Désormais, je ferai ce que je veux, et tant pis pour les
conséquences.
C'était assez honnête. Cela lui montrait toute l'étendue de mon
égoïsme. Cela l''avertissait, également.
- Encore une fois, je ne te comprends pas.
J'étais assez égoïste pour me réjouir que ce soit le cas.
- Je parle trop, en ta compagnie. C'est l'un des problèmes que tu me
poses, d'ailleurs.
Un problème plutôt insignifiant, comparé au reste.
- Ne te tracasse pas, tous m'échappent, me rassura-t-elle.
Bien. Elle allait rester.
- J'y compte bien.
- Donc, en bon anglais, ça signifie que nous sommes de nouveau amis
?
Je méditai ce mot pendant une seconde.
- Amis... répétai-je.
Je n'aimais pas la façon dont il sonnait. Ce n'était pas assez.
- Ou ennemis, marmonna-t-elle, embarrassée.
Pensait-elle que je la détestais à ce point ? Je souris.
- Eh bien, on peut toujours essayer. Mais je te préviens d'ores et
déjà que je ne suis pas l'ami qu'il te faut.
J'attendis sa réponse, déchiré en deux – souhaitant qu'elle
comprenne enfin et qu'elle s'en aille, tout en pensant que je pourrais
mourir si elle le faisait. C'était d'un mélodramatique. Je devenais si
humain.
Son c½ur accéléra.
- Tu te répètes.
- Oui, parce que tu ne m'écoutes pas, lui répondis-je, à nouveau
avec trop d'intensité. Je continue d'espérer que tu me croiras. Si tu es
un tant soit peu intelligente, tu m'éviteras.
Oui, mais l'autoriserais-je à le faire, si elle essayait ?
Elle plissa les yeux.
- Il me semble que tu m'as déjà signifié ce que tu pensais de mon
intellect.
Je n'étais pas sûre de comprendre à quoi elle faisait référence,
mais je lui fis un sourire d'excuse, devinant que j'avais dû la fâcher
accidentellement.
- Alors, dit-elle lentement. Tant que je suis ...idiote, on essaye
d'être amis ?
- Ça me paraît correct.
Elle baissa les yeux, et se mit à fixer intensément la bouteille de
limonade qu'elle tenait dans ses mains. Mon ancienne curiosité se remit à
me tourmenter.
- À quoi penses-tu ? lui demandai-je – c'était un soulagement de
pouvoir enfin prononcer ces mots à haute voix.
Elle rencontra mon regard, et sa respiration s'accéléra tandis que
ses joues se teintaient de rose. J'inhalai, sentant cette odeur flotter
dans l'air.
- Je m'efforçais de deviner qui tu es.
Je parvins à conserver mon sourire, en figeant mes traits, mais la
panique me tordait le ventre. Évidemment qu'elle se le demandait. Elle
n'était pas stupide. Je ne pouvais pas espérer qu'elle ne remarque pas
quelque chose d'aussi évident.
- Ça donne des résultats ? demandai-je aussi légèrement que
possible.
- Pas vraiment, admit-elle.
Un éclat de rire m'échappa sous l'effet du soulagement.
- Tu as des théories ?
Elles ne pouvaient pas être pires que la vérité, quoi qu'elle ait
trouvé.
Ses joues virèrent au cramoisi, et elle ne répondit pas. Je sentais
la chaleur de son rougissement dans l'air.
J'essayai d'utiliser mon ton le plus persuasif. Cela marchait bien
avec les humains normaux.
- Tu ne veux rien dire ? l'encourageai-je en souriant.
Elle secoua la tête.
- Trop embarrassant.
Ouh. Ne pas savoir était pire que tout. Comment ses spéculations
pouvaient-elles l'embarrasser ? Je ne pouvais pas rester dans l'ignorance.
- C'est très frustrant, tu sais.
Ma plainte déclencha quelque chose chez elle. Ses yeux se mirent à
briller et, quand elle parla, les mots sortirent de sa bouche plus
rapidement que d'habitude.
- Non. J'ignore complètement ce qu'il peut y avoir de frustrant dans
le fait qu'une personne refuse d'avouer ce à quoi elle pense, alors qu'une
autre personne passe son temps à lancer des remarques sibyllines
spécifiquement destinées à flanquer des insomnies à la première en la
forçant à chercher leur sens caché... voyons ! En quoi pourrait-il être
frustrant ?
Je fronçai les sourcils, vexé de me rendre compte qu'elle avait
raison. Je ne me comportais pas d'une façon très juste envers elle.
Elle continua.
- Autre exemple, admettons que cette même personne ait commis tout
un tas d'actes étranges, comme sauver la vie de la première dans des
circonstances improbables un jour pour la traiter en paria le lendemain
sans prendre jamais la peine de l'expliquer, bien qu'elle l'ait promis, ça
non plus ne serait pas du tout frustrant.
C'était le plus long discours que je l'aie entendu prononcer jusque
là, et me donna une nouvelle qualité à ajouter à ma liste.
- Tu as un sacré caractère, non ?
- Je n'apprécie guère qu'il y ait deux poids deux mesures.
Son irritation était totalement justifiée, bien sûr.
Je la regardai, me demandant comment je pourrais faire quoi que ce
soit de bien en sa présence, jusqu'à ce que les cris silencieux dans la
tête de Mike Newton ne me distraient. Il était si furieux que je ne pus
m'empêcher de rire.
- Quoi ? s'enquit-elle.
- Ton petit copain a l'air de penser que je suis désagréable avec
toi. Il se demande s'il doit venir séparer les duellistes.
J'aurais adoré le voir faire ça. J'éclatai de rire une fois de plus.
- Bien que j'ignore de qui tu parles, dit-elle d'une voix glaciale,
je suis certaine que tu te trompes.
J'appréciai énormément la façon dont elle l'avait renié de sa phrase
dédaigneuse.
- Oh que non ! Je te l'ai déjà dit, la plupart des gens sont faciles
à déchiffrer.
- Sauf moi.
- En effet.
Devait-elle être l'exception à tout ? N'aurait-il pas été plus juste
– considérant tous les problèmes que j'avais à affronter désormais – que
je puisse avoir au moins un petit quelque chose en provenance de sa tête ?
Était-ce trop demander ?
- Je voudrais bien savoir pourquoi.
Je plongeai mon regard dans le sien, essayant à nouveau...
Elle détourna la tête. Elle ouvrit sa limonade et en but une petite
gorgée, les yeux rivés sur la table.
- Tu ne manges pas ? lui demandai-je.
- Non, répondit-elle en fixant la table vide entre nous. Et toi ?
- Je n'ai pas faim, répondis-je.
Ce n'était pas du tout la sensation que je ressentais en ce moment.
Elle ne décolla pas les yeux de la table et pinça les lèvres.
J'attendis.
- Tu me rendrais un service ? demanda-t-elle, rencontrant soudain
mon regard.
Que voulait-elle de moi ? Demanderait-elle la vérité que je n'étais
pas autorisé à lui dire – la vérité dont je voulais qu'elle n'ait jamais,
jamais connaissance ?
- Ça dépend.
- Ce n'est pas grand-chose, assura-t-elle.
J'attendis, curieux.
- C'est seulement que... demanda-t-elle lentement, concentrée sur la
bouteille de limonade, le petit doigt repassant les contours du goulot.
Pourrais-tu m'avertir à l'avance la prochaine fois que tu décideras de
m'ignorer pour mon bien ? Histoire que je me prépare.
Elle voulait être prévenue ? Alors, elle ne devait pas aimer que je
l'ignore... Je souris.
- C'est une requête qui me paraît fondée.
- Merci, dit-elle en relevant la tête.
Elle affichait une expression si soulagée que je voulus rire de mon
propre soulagement.
-À mon tour d'obtenir une faveur, décrétai-je, plein d'espoir.
- Juste une, alors, m'accorda-t-elle.
- Confie-moi une de tes théories.
Elle piqua un fard.
- Pas ça.
- Trop tard ! Tiens parole.
- C'est toi qui a tendance à trahir la tienne.
Elle marquait un point.
- Allez, rien qu'une. Je te promets de ne pas me moquer
- Je suis persuadée du contraire
Elle semblait le croire vraiment, même si je n'arrivais pas à voir
ce qu'il pouvait y avoir de drôle à ce sujet.
Je tentai à nouveau de la persuader. Je plongeai mes yeux dans les
siens – ce qui était facile à faire, avec des yeux si profonds – et
chuchotai :
- Je t'en prie.
Elle cligna des yeux, le visage soudain dénué d'expression. Ce
n'était pas exactement la réaction que j'avais recherchée.
- Euh... pardon ? bredouilla-t-elle.
Elle avait l'air d'avoir le vertige. Quel était son problème ?
Mais je n'allais pas abandonner.
- S'il te plaît, une de tes théories, plaidai-je de ma voix douce,
celle que j'utilisais pour ne pas effrayer les gens, mes yeux soutenant
toujours son regard.
À ma grande surprise, mais aussi ma satisfaction, cela finit par
marcher.
- Eh bien, disons... mordu par une araignée radioactive ?
Des bandes dessinées ? Je comprenais maintenant pourquoi elle avait
craint que je rie.
- Ce n'est pas très original, la grondai-je, tentant de masquer mon
soulagement.
- Désolée, je n'ai que ça en réserve, répondit-elle, vexée.
Cela me soulagea d'autant plus. Je fus à nouveau capable de la
taquiner.
- En tout cas, tu es à des kilomètres de la vérité.
- Pas d'araignées ?
- Non.
- Ni de radioactivité ?
- Non.
- Flûte, soupira-t-elle.
- Et je suis insensible à la kryptonite, m'empressai-je d'ajouter –
avant qu'elle ne s'étende sur le thème des morsures – puis je me mis à
rire : elle me prenait pour un super-héros.
- Tu n'étais pas censé rigoler.
Je tentai de pincer les lèvres.
- Je finirai par deviner, promit-elle.
Et quand elle l'aurait fait, elle s'en irait en courant.
- Je préférerais que tu n'essayes pas, lui dis-je, toute moquerie
envolée.
- Pourquoi ?
Je lui devais d'être honnête. Calme, je tentai de sourire, afin de
rendre mes paroles moins menaçantes.
- Et si je n'étais pas un super-héros, mais juste un méchant ?
Ses yeux s'agrandirent soudainement et elle entrouvrit la bouche.
- J'y suis ! s'exclama-t-elle.
Elle avait fini par m'entendre.
- Vraiment ? lui demandai-je, tentant de masquer ma souffrance.
- Tu es dangereux... devina-t-elle.
Sa respiration devint saccadée, et son c½ur se mit à battre plus
vite.
Je ne pouvais pas lui répondre. Était-ce mon dernier moment avec elle
? Partirait-elle en courant si je le lui disais ? Pourrais-je lui dire que
je l'aimais avant qu'elle ne s'en aille ? Ou cela la terrifierait-elle
encore plus ?
- Mais pas méchant, chuchota-t-elle en secouant la tête, sans aucune
peur dans ses yeux clairs. Non, je ne crois pas que tu sois méchant.
- Tu te trompes, soufflai-je.
Évidemment que j'étais méchant. Ne me réjouissais-je pas en ce
moment même, qu'elle me croie meilleur que je ne l'étais réellement ? Si
j'avais été quelqu'un de bien, je serais resté loin d'elle.
Je tendis la main sur la table, sous prétexte de m'emparer du
bouchon de sa bouteille. Elle ne s'éloigna pas de ma main soudain proche.
Elle n'avait vraiment pas peur de moi. Pas pour le moment.
Je fis tournoyer le bouchon comme une pièce, le regardant au lieu
d'elle. Mes pensées grondaient.
Cours, Bella, cours. Je n'arrivais pas à m'obliger à dire ces mots à
haute voix.
Elle sauta sur ses pieds.
- On va être en retard, dit-elle, au moment où je commençais à
m'inquiéter du fait qu'elle avait peut-être perçu mon avertissement
silencieux.
- Je ne vais pas en sciences nat aujourd'hui.
- Pourquoi ?
Parce que je ne veux pas te tuer.
- Un peu d'école buissonnière de temps en temps est bon pour la
santé.
Pour être précis, il était bon pour la santé des humains que les
vampires n'assistent pas aux cours où le sang humain serait versé. M.
Banner avait prévu une expérience sur les groupes sanguins aujourd'hui.
Alice avait déjà séché son cours ce matin.
- Eh bien moi, j'y vais, dit-elle.
Cela ne me surprit pas. Elle était responsable, elle faisait
toujours ce qui était bien.
Elle était mon opposé.
- À plus tard, alors, lui dis-je, tentant à nouveau de me montrer
désinvolte, en baissant les yeux sur le bouchon qui tournoyait. Et, au
fait, je t'adore... d'une manière effrayante et dangereuse.
Elle hésita, et je souhaitai l'espace d'un instant qu'elle reste
avec moi, finalement. Mais la cloche sonna et elle se dépêcha d'aller en
cours.
J'attendis qu'elle soit partie, puis empochai le bouchon, en
souvenir de cette conversation capitale, et rejoignis ma voiture sous la
pluie.
Je mis mon CD préféré, celui qui me calmait – celui que j'avas
écouté ce premier jour – mais je n'écoutai pas longtemps les notes de
Debussy. D'autres notes chantaient dans mon esprit, le fragment d'un air
qui me plaisait et m'intriguait. Je baissai la stéréo et écoutai la
musique dans ma tête, rejouant le fragment jusqu'à ce qu'il évolue vers
une harmonie plus complète. Instinctivement, mes doigts se mirent à taper
sur des touches imaginaires.
Cette nouvelle composition commençait à prendre forme lorsque mon
attention fut attirée par une vague d'angoisse mentale.
Je me tournai vers la direction d'où provenait cette détresse.
Elle va s'évanouir ? Je dois faire quoi ? Mike paniquait
complètement.
Une centaine de mètres plus loin, Mike Newton posait le corps inerte
de Bella sur le trottoir. Elle s'effondra sans réaction sur le béton
humide, les yeux fermés, la peau aussi pâle que celle d'un cadavre.
Je faillis arracher la portière de la voiture.
- Bella ? criai-je
Il n'y eut aucune réaction sur son visage sans vie lorsque je hurlai
son nom.
Mon corps entier devint plus froid que la glace.
J'entendis la surprise exaspérée de Mike tandis que je passais
furieusement ses pensées au crible. Il ne pensait qu'à sa colère contre
moi, ce qui m'empêcha de savoir quel était le problème de Bella. S'il lui
avait fait le moindre mal, je l'annihilerais.
- Que se passe-t-il ? Elle est blessée ? exigeai-je, essayant de me
concentrer sur ses pensées.
Je faillis devenir fou, obligé d'avancer à une allure humaine. Je
n'aurais pas dû attirer son attention avant d'être près d'eux.
Puis je pus entendre son c½ur qui battait et sa respiration
régulière. Tandis que je l'observais, elle ferma les yeux plus fort. Cela
atténua un peu ma panique.
Je vis quelques bribes de souvenirs dans la mémoire de Mike, des
flashes d'images du cours de biologie. La tête de Bella sur sa table, sa
peau claire virant au verdâtre. Des taches rouges sur des cartes blanches...
Le TP sur les groupes sanguins.
Je m'arrêtai, retenant mon souffle. Son odeur était une chose, son
sang qui coulait en était entièrement une autre.
- Je crois qu'elle a perdu connaissance, dit Mike, à la fois inquiet
et plein de ressentiment. Je ne sais pas pourquoi, elle n'a même pas eu le
temps de se piquer le doigt.
Le soulagement me submergea, et je recommençai à respirer, goûtant
les parfums dans l'air. Ah, je pouvais sentir la minuscule goutte de sang
sur le doigt piqué de Mike. Jadis, cela m'aurait attiré.
Je m'agenouillai près d'elle et Mike hésita près de moi, furieux de mon
intervention.
- Bella, tu m'entends ?
- Non, gémit-elle. Fiche le camp.
Le soulagement était si exquis que je ris. Elle allait bien.
- Je l'emmenais à l'infirmerie, dit Mike, mais elle n'a pas réussi à
aller plus loin.
- Je m'en occupe. Toi, retourne en classe, lui dis-je d'un ton
dédaigneux.
Mike serra les dents.
- Non, on me l'a confiée.
Je n'allais pas rester planté là à débattre avec ce malheureux.
Excité et terrifié, à moitié reconnaissant et à moitié contrarié par
cette situation difficile qui faisait de la toucher une nécessité, je
redressai doucement Bella et la pris dans mes bras, ne touchant que ses
vêtements, gardant autant de distance que possible entre nos deux corps.
Je marchai à grands pas, pressé de la mettre en sécurité – en d'autres
termes aussi loin de moi que possible.
Elle ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, éberluée.
- Lâche-moi ! ordonna-t-elle d'une voix faible – embarrassée, à ce
que je pouvais deviner d'après son expression.
Elle n'aimait pas montrer sa faiblesse. J'entendis à peine les cris
de protestation de Mike derrière nous.
- Tu as une mine affreuse, lui dis-je, affichant un sourire radieux,
tant j'étais soulagé qu'elle n'ait qu'un étourdissement et un estomac
vide.
- Repose-moi par terre, dit-elle, les lèvres blanches.
- Alors, comme ça, tu t'évanouis à la vue du sang ?
Y avait-il quoi que ce soit de plus ironique ?
Elle ferma les yeux et serra les lèvres.
- Et il ne s'agit même pas du tien, ajoutai-je, toujours souriant.
Nous étions arrivés à l'accueil. La porte était entrouverte, et je
l'écartai d'un coup de pied.
Mme Cope bondit de sa chaise, surprise.
- Oh, mon Dieu ! s'exclama-t-elle en sursautant.
- Elle est tombée dans les pommes pendant le cours de biologie, lui
expliquai-je avant que son imagination ne l'emporte trop loin.
Mme Cope se dépêcha de nous ouvrir la porte de l'infirmerie. Bella
avait rouvert les yeux, et la regardait. J'entendis la stupéfaction
interne de la vieille infirmière tandis que je déposais
précautionneusement Bella sur le lit miteux. Dès qu'elle fut hors de mes
bras, je mis toute la distance de la salle entre nous. Mon corps était
trop excité, mes muscles tendus et mon venin affluait. Elle était si tiède
et sentait si bon.
- Rien qu'une petite perte de connaissance, rassurai-je Mme Hammond.
On pratiquait un test sanguin en sciences nat.
Elle acquiesça, comprenant ce qui s'était passé.
- Ça ne rate jamais.
J'étouffai un rire. Comptez sur Bella pour être celle à qui ça
arriverait.
- Reste allongée un moment, petite, lui dit Mme Hammond. Ça va
passer
- Je sais, lui répondit Bella.
- Ça t'arrive souvent ? demanda l'infirmière.
- Parfois, admit-elle.
Je tentai de dissimuler mon rire par un toussotement. Cela attira
l'attention de l'infirmière sur moi.
- Tu peux retourner en cours.
Je la regardai droit dans les yeux et mentis avec assurance.
- Je suis censé rester avec elle.
Hmm. Je me demande... Bon, très bien. Elle céda.
Cela marchait parfaitement sur elle. Pourquoi fallait-il que Bella
me pose tant de difficultés ?
- Je vais te chercher un peu de glace pour ton front, petite, dit
l'infirmière, mise mal à l'aise par sa confrontation avec mon regard –
comme un humain était censé l'être – puis elle sortit.
- Tu avais raison, dit Bella d'une voix faible.
Que voulait-elle dire ? Je sautai directement à la pire conclusion :
elle avait accepté mes avertissements.
- C'est souvent le cas, répondis-je, essayant de garder une trace
d'amusement dans ma voix ; elle me semblait acerbe. À propos de quoi,
cette fois ?
- Sécher est bon pour la santé.
Ah, encore ce soulagement.
Elle resta silencieuse. Elle ne faisait plus que respirer
profondément. Ses lèvres retrouvaient peu à peu leur couleur rose, sa
lèvre inférieure un peu trop pleine par rapport à l'autre. Regarder sa
bouche me fit une impression étrange. Me donna envie de me rapprocher
d'elle, ce qui n'était pas une bonne idée.
- Tu m'as flanqué une sacrée frousse, lui dis-je, pour relancer la
conversation afin d'entendre le son de sa voix. J'ai cru que Mike Newton
s'apprêtait à aller enterrer ta dépouille dans la forêt.
- Ha, ha.
- Franchement, j'ai vu des cadavres qui avaient meilleure mine.
(C'était vrai) J'ai craint un instant de devoir venger ton assassinat.
Et je l'aurais fait, sans aucune hésitation.
- Pauvre Mike, soupira-t-elle. Je parie qu'il est furax.
Une pulsion de fureur me traversa, mais je la contins rapidement. Sa
préoccupation pour lui n'était que de la pitié. Elle était gentille.
C'était tout.
- Il me déteste, lui confiai-je, égayé par cette idée.
- Tu n'en sais rien.
- J'en suis sûr, je l'ai lu sur son visage.
Il était probablement vrai que lire sur son visage m'aurait donné
assez d'informations pour parvenir à cette conclusion. Tout cet
entraînement avec Bella avait aiguisé ma compétence à déchiffrer les
expressions humaines.
- Comment se fait-il que tu nous aies aperçus ? Je croyais que tu
avais quitté le lycée.
Elle avait l'air d'aller mieux ; la couleur verdâtre avait déserté
sa peau translucide.
- J'écoutais un CD dans ma voiture.
Elle tiqua, comme si une réponse aussi ordinaire l'avait surprise.
Elle garda les yeux ouverts lorsque Mme Hammond revint avec un sac
de glace.
- Tiens, dit-elle en le posant sur le front de Bella. Tu as repris
des couleurs.
- Je crois que ça va, assura Bella avant de s'asseoir en enlevant la
compresse.
Évidemment. Elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle.
Mme Hammond tendit un instant ses mains ridées vers Bella, comme si
elle allait la forcer à se rallonger, mais à ce moment-là Mme Cope ouvrit
la porte de l'infirmerie et se pencha à l'intérieur. Avec elle entra une
bouffée d'air chargé de l'odeur du sang.
Invisible dans le bureau derrière elle, Mike Newton était toujours
fâché, souhaitant que le garçon qu'il traînait à présent fût la fille qui
était ici avec moi.
- Nous en avons un autre, lança Mme Cope.
Bella sauta rapidement à bas du lit de camp, pressée de ne plus être
sous les projecteurs.
- Tenez, dit-elle à Mme Hammond en lui rendant la compresse, je n'en
ai pas besoin.
Mike grogna en poussant Lee Stevens à l'intérieur de l'infirmerie.
Le sang coulait toujours de la main qu'il portait à son visage, formant un
filet mince qui courait vers son poignet.
- Flûte.
Il était temps que je parte, et à voir la mine de Bella, c'était
vrai aussi pour elle.
- Va dans le bureau, Bella.
Elle me regarda de ses grands yeux étonnés.
- Fais-moi confiance et file.
Elle fit volte-face et passa par la porte avant qu'elle ne se fût
refermée, se précipitant à l'accueil. Je la suivis, quelques centimètres
derrière. Ses cheveux volaient et caressèrent ma main...
Elle se retourna pour me regarder, les yeux toujours grands ouverts.
- Tu m'as obéi, pour une fois, remarquai-je.
C'était une première. Son petit nez se fronça.
- J'ai détecté l'odeur du sang.
Je la fixai, aussi surpris que déconcerté.
- Pour la plupart des gens, le sang n'a pas d'odeur.
- Pour moi si. Un mélange de rouille et... de sel. Qui me rend malade.
Mon visage se gela, tandis que je continuais à l'observer.
Était-elle vraiment humaine ? Elle en avait l'apparence. Elle était douce
comme une humaine. Elle sentait l'humain – enfin, bien meilleur. Elle
agissait comme une humaine... ou presque. Mais elle ne pensait pas comme une
humaine, et ne répondait pas normalement non plus.
Mais quelle autre possibilité y avait-il ?
- Quoi ? me demanda-t-elle.
- Rien.
Mike Newton nous interrompit en faisant irruption dans la pièce, ses
pensées toujours pleines d'amertume et de violence.
- Tu as l'air d'aller beaucoup mieux, lui dit-il d'un ton qui
frisait l'impolitesse.
Mes mains me démangèrent, brûlant de lui apprendre les bonnes
manières. Il fallait que je me surveille, ou je risquais de finir par tuer
cet insupportable garçon.
- Contente-toi de garder tes mains dans tes poches, lui
répondit-elle.
L'espace d'une folle seconde, je crus qu'elle s'adressait à moi.
- Le test est fini, l'informa-t-il, maussade. Tu reviens en cours ?
- Tu plaisantes ? Je me retrouverais ici aussi sec.
C'était parfait. Moi qui avais cru que j'allais perdre cette heure,
obligé de la passer loin d'elle, je me retrouvais avec du temps
supplémentaire. Je me sentis avide, d'une avidité qui grandissait de
minute en minute.
- Mouais, grommela Mike. Au fait, tu es partante, pour ce week-end ?
La balade à la mer ?
Ah, ils avaient des projets ensemble. La colère me gela sur place.
Ce n'était pourtant qu'une sortie de groupe. J'en avais entendu parler
dans les têtes d'autres élèves. Ils ne seraient pas que tous les deux.
Mais j'étais toujours furieux. Je m'appuyai, immobile, contre le
comptoir, essayant de me contrôler.
- Bien sûr, lui promit-elle. C'était entendu, non ?
Alors, elle lui avait dit oui, à lui aussi. La jalousie me brûla,
encore plus douloureuse que la soif.
Non, ce n'était qu'une sortie de groupe, tentai-je de me
convaincre. Elle ne faisait que passer la journée avec des amis. Rien de
plus.
- Rendez-vous au magasin de mon père, alors. À dix heures. Et Cullen
n'est PAS invité.
- J'y serai, dit-elle.
- On se voit en gym.
- C'est ça.
Il se dirigea en traînant des pieds vers son cours suivant, les
pensées pleines de ranc½ur. Mais qu'est-ce qu'elle lui trouve, à ce
monstre ? C'est sûr, il est riche. Les nanas le trouvent mignon, mais
franchement je ne vois pas pourquoi. Trop... trop parfait. Je parie que son
père s'entraîne à la chirurgie plastique sur eux. C'est pour ça qu'ils
sont tous si pâles et beaux. Ce n'est pas naturel. Et il est
presque...effrayant. Parfois, quand il me regarde, je jurerais qu'il pense à
me m'assassiner... Monstre...
Mike ne manquait pas complètement de discernement, finalement.
- Ah, la gym, grogna discrètement Bella.
Je la regardai, et vis qu'elle avait encore l'air triste. Je n'étais
pas sûr d'en savoir la raison, mais il semblait clair qu'elle n'avait pas
la moindre envie de retrouver Mike au cours suivant. Et j'étais
complètement d'accord avec cette idée.
Je m'approchai et me penchai vers elle, sentant la chaleur émaner de
sa peau jusqu'à toucher mes lèvres. Je n'osai pas respirer.
- Je peux arranger ça, lui glissai-je. Va t'asseoir et tâche d'avoir
l'air malade.
Elle fit ce que je lui demandais, s'assit sur l'une des chaises
pliantes et appuya son dos contre le mur tandis que, derrière moi, Mme
Cope sortait du cagibi derrière la pièce et s'installait à son bureau
.Avec ses yeux clos, Bella avait l'air de s'être à nouveau évanouie. Elle
n'avait pas encore retrouvé toutes ses couleurs.
Je me tournai vers la secrétaire. Bella nous écoutait avec espoir,
pensai-je sardoniquement. Elle verrait comment les humains étaient censés
réagir.
- Mme Cope ? appelai-je, utilisant à nouveau ma voix la plus
persuasive.
Elle se mit à battre des paupières, et son c½ur s'emballa. Trop
jeune, essaye un peu de te maîtriser !
- Oui ?
Voilà qui était intéressant. Quand le pouls de Shelly Cope
accélérait, c'était parce qu'elle me trouvait séduisant, pas effrayant.
J'en avais l'habitude près des humaines... mais je n'avais pas envisagé
cette interprétation pour Bella.
Cette idée me plaisait. Trop, en fait. Je souris, et la respiration
de Mme Cope se fit plus bruyante.
- Bella a cours de gym, après, et je ne pense pas qu'elle soit assez
bien. Elle fait, je me demande si je ne devrais pas la ramener chez elle.
Vous croyez que vous pourriez lui épargner cette épreuve ?
Je la regardai, feignant l'admiration pour ses yeux ternes, prenant
plaisir à constater les dégâts que j'arrivais à produire sur ses facultés
de réflexion. Était-il possible que Bella...?
Mme Cope dut déglutir bruyamment avant de répondre.
- Et toi, Edward, tu as aussi besoin d'un mot d'excuse ?
- Non, j'ai Mme Goff, elle comprendra.
Je ne lui accordais plus beaucoup d'attention. J'explorais cette
nouvelle hypothèse.
Hmm. J'aurais aimé croire que Bella me trouvait séduisant, comme les
autres humaines, mais depuis quand Bella avait-elle les mêmes réactions
que les autres ? Je ne devais pas me bercer d'illusions.
- Bon, c'est d'accord. Tu te sens mieux, Bella ?
L'intéressée hocha faiblement la tête – sur-jouant un peu.
- Tu es en état de marcher ou il faut que je te porte ? demandai-je,
amusé par son mauvais jeu.
Je savais qu'elle voudrait marcher. Elle ne voulait pas se montrer
faible.
- Je me débrouillerai.
Encore bon. Je devenais de plus en plus fort à ce petit jeu.
Elle se leva, hésitant un moment, comme pour vérifier son équilibre.
Je lui tins la porte, et nous sortîmes sous la pluie.
Je la regardai lever la tête vers la bruine qui tombait, un léger
sourire aux lèvres. À quoi pensait-elle ? Quelque chose dans son attitude
me semblait étrange, et je réalisai rapidement pourquoi sa posture ne
m'était pas familière. Les humaines normales ne levaient pas la tête vers
la pluie comme ça ; elles portaient toutes du maquillage, même ici, dans
cet endroit humide.
Bella ne se maquillait pas, et elle avait bien raison. L'industrie
cosmétique gagnait des milliards de dollars chaque année grâce aux femmes
qui rêvaient d'avoir une peau comme la sienne.
- Ça vaudrait presque le coup d'être malade, ne serait-ce que pour
manquer la gym, me dit-elle en souriant. Merci.
Je regardai autour de nous, me demandant comment prolonger ce
moment avec elle.
- De rien.
- Tu viendras ? Samedi ?
Elle avait l'air pleine d'espoir. Cet espoir était si apaisant. Elle
voulait que je sois là, à la place de Mike Newton. Et je voulus lui
répondre oui. Mais il y avait beaucoup d'autres paramètres qui entraient
en compte. Tout d'abord, le soleil brillerait ce samedi...
- Où allez-vous, exactement ?
Je tentai de garder une voix tranquille, comme si cela m'importait
peu. Mike avait dit "plage", cependant. Il y avait peu de chances que
j'échappe au soleil.
- À La Push. First Beach, pour être exacte.
Zut. Eh bien, au moins je n'aurais pas à peser le pour et le contre.
Il était impossible que j'y aille. Et de toute façon, Emmett serait
furieux si j'annulais notre excursion.
Je lui jetai un rapide coup d'½il, souriant d'un air désabusé.
- Je ne crois pas avoir été invité.
Elle soupira, déjà résignée.
- Qu'est-ce que je suis en train de faire ?
- Soyons sympa avec le pauvre Mike, toi et moi. Ne le provoquons pas
plus que nécessaire. Nous ne voudrions pas qu'il morde.
Je pensai à mordre le pauvre Mike moi-même, et appréciai énormément
cette image.
- Maudit Mike, ronchonna-t-elle, à nouveau dédaigneuse.
J'eus un grand sourire.
Mais elle commença à s'éloigner de moi. Sans penser à ce que je
faisais, je la rattrapai et la retins par le dos de son coupe-vent. Elle
fut secouée par cet arrêt soudain.
- Où crois-tu aller, comme ça ?
J'étais presque en colère contre elle, du fait qu'elle veuille me
quitter. Je n'avais pas eu assez de temps avec elle. Elle ne pouvait pas
partir, pas maintenant.
- Ben... à la maison, répondit-elle, déroutée par ma contrariété.
- J'ai promis de te ramener saine et sauve chez toi. Tu t'imagines
que je vais te laisser conduire dans cet état ?
Je savais qu'elle n'allait pas aimer ça. Je sous-entendais qu'elle
était faible. Mais il fallait que je m'entraîne pour notre voyage de
samedi, de toute façon. Que je voie si je pouvais surmonter cette
proximité dans un espace clos. C'était un trajet beaucoup plus court.
- Quel état ? s'insurgea-t-elle. Et ma voiture ?
- Alice te la déposera après les cours.
Je la poussai le plus doucement possible vers ma voiture, puisque je
savais dorénavant que la laisser marcher devant moi était risqué.
- Lâche-moi ! cria-t-elle en butant sur le trottoir et manquant de
tomber.
Je tendis une main pour la soutenir, mais elle se redressa avent que
j'aie eu le temps de le faire. Je ne devais pas chercher des excuses pour
la toucher ainsi. Cela me fit penser à la réaction que Mme Cope avait eue
en ma présence, mais je repoussai cet examen à plus tard. Il y avait
beaucoup à tirer de cette réflexion.
Je la lâchai près de la voiture, et elle s'effondra sur la portière.
Il me faudrait être plus précautionneux à l'avenir, prendre en compte son
équilibre déficient...
- Quelle délicatesse !
- C'est ouvert.
Je rentrai et démarrai la voiture. Elle se tenait toujours dehors,
rigide, bien que la pluie se fût intensifiée, et je savais qu'elle
n'aimait ni le froid ni l'humidité. L'eau trempait ses cheveux épais, les
fonçant jusqu'à les rendre presque noirs.
- Je suis parfaitement capable de rentrer chez moi toute seule !
Évidemment. C'était moi n'étais pas capable de la laisser partir. Je
baissai la fenêtre et me penchai vers elle.
- Monte, Bella.
Elle plissa les yeux, et je devinai qu'elle se demandait si elle
avait le temps de courir jusqu'à sa voiture.
- Je te jure que je te traînerai là-bas par la tignasse s'il le
faut, lui assurai-je, amusé par la déception sur son visage lorsqu'elle
réalisa que je le pensais vraiment.
Le menton haut, elle ouvrit la portière et monta dans la voiture. Ses
cheveux gouttèrent sur le cuir et ses bottes couinèrent l'une contre
l'autre.
- Tout ceci est inutile, déclara-t-elle froidement.
Sous son air digne, je lui trouvai l'air un peu embarrassée.
J'augmentai le chauffage pour qu'elle soit plus à l'aise, et baissai la
musique pour qu'elle ne forme plus qu'un fond sonore. Je me dirigeai vers
la sortie, l'observant du coin de l'½il. Sa lèvre inférieure saillait en
une moue boudeuse. Je la regardai, examinant ce que cela me faisait
ressentir... repensant à la réaction de la secrétaire...
Soudain, elle regarda la radio et sourit, les yeux écarquillés.
- Clair de lune ? s'exclama-t-elle.
Une mordue de classique ?
- Tu connais Debussy ?
- Pas bien, dit-elle. Ma mère est une fan de classique. Je ne
reconnais que mes morceaux préférés.
- C'est également l'un de mes favoris.
Je regardai la pluie tomber, méditant sur cette découverte. Nous
avions au moins une chose en commun à présent. J'avais fini par penser que
nous étions le contraire l'un de l'autre.
Elle avait l'air plus détendue, regardant la pluie comme moi, les
yeux dans le vague. Je profitai de sa distraction momentanée pour essayer
de respirer.
J'inhalai précautionneusement par le nez.
Puissant.
Je serrai le volant plus fort. La pluie la faisait sentir encore
meilleur. Je n'aurais pas cru cela possible. Stupidement, je me demandai
soudain quel goût elle aurait.
Je tentai d'avaler ma salive pour combattre la brûlure dans ma
gorge, et penser à quelque chose d'autre.
- De quoi ta mère a l'air ? demandai-je, en quête d'une distraction.
Bella sourit.
- Elle me ressemble beaucoup, en plus jolie.
J'en doutais.
- Je tiens pas mal de Charlie, poursuivit-elle. Elle est plus
extravertie que moi, plus courageuse.
J'en doutais aussi.
- Irresponsable, un peu excentrique. Sa cuisine est imprévisible. Je
l'adore.
Sa voix se teinta de mélancolie, et son front se rida. À nouveau, on
aurait dit un parent plutôt qu'un enfant.
Je m'arrêtai en face de chez elle, me demandant trop tard si j'étais
censé savoir où elle habitait. Non, cela ne lui semblerait pas étrange,
dans une si petite ville, avec un père connu de tous...
- Quel âge as-tu, Bella ?
Elle devait être plus âgée que ses condisciples. Peut-être
avait-elle commencé l'école plus tard, ou avait-elle redoublé... cela me
semblait peu probable, cependant.
- Dix-sept ans.
- Tu fais plus.
Elle rit.
- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?
- Ma mère passe son temps à raconter que j'avais trente-cinq ans à
la naissance et que je suis un peu plus dans la force de l'âge chaque
année, rit-elle avant de soupirer. Il faut bien que quelqu'un soit adulte.
Cela rendait les choses plus claires. Je pouvais voir maintenant...
comment la mère irresponsable aidait à expliquer la maturité de Bella.
Elle avait dû mûrir tôt, pour devenir celle qui prenait tout en charge.
C'était pour cela qu'elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle – elle
estimait que c'était son travail.
- Toi non plus, tu n'as pas beaucoup l'allure d'un lycéen, me
fit-elle remarquer, en me sortant de ma rêverie.
Je grimaçai. À chaque fois que je découvrais un aspect de sa
personnalité, il fallait qu'elle remarque elle aussi quelque chose chez
moi. Je changeai de sujet.
- Pourquoi ta mère a-t-elle épousé Phil ?
Elle hésita une minute avant de répondre.
- Elle... elle n'est pas très mûre, pour son âge. Je crois que Phil
lui donne l'impression d'être plus jeune. Et puis, elle est folle de lui.
Elle secoua la tête, indulgente.
- Tu approuves ?
- Quelle importance ? Je veux qu'elle soit heureuse... Et il est ce
dont elle a envie.
Le désintéressement de ce commentaire m'aurait choqué, n'eut été le
fait que cela cadrait parfaitement avec ce que j'avais appris de son
caractère.
- C'est très généreux... Je me demande...
- Oui ?
- Pousserait-elle la courtoisie à te rendre la pareille ? Quel que
soit le garçon que tu choisisses ?
C'était une question idiote, et je ne parvins pas à garder une voix
désinvolte en la posant. Il était si stupide de penser que quelqu'un
pourrait accepter que sa fille me choisisse.
- Je...je crois, bégaya-t-elle, régissant à mon regard intense.
Peur... ou attirance ?
- Mais c'est elle la mère, après tout, acheva-t-elle. C'est un peu
différent.
Je souris, amer.
- Alors, pas un type trop effrayant, j'imagine.
Elle m'adressa un grand sourire.
- Qu'entends-tu par là ? Des piercings sur toute la figure et une
collection de tatouages?
- C'est une des définitions possibles du mot.
Une définition assez peu inquiétante, comparée à la mienne.
- Quelle est la tienne ?
Elle posait toujours les mauvaises questions. Ou peut-être justement
les bonnes. Celles auxquelles je ne voulais pas répondre, en tout cas.
- Penses-tu que je pourrais passer pour effrayant ? lui demandai-je,
essayant de sourire un peu.
Elle y réfléchit avant de me répondre d'une voix sérieuse.
- Euh... oui. Si tu le voulais.
J'étais également sérieux.
- As-tu peur de moi, là, maintenant ?
Elle répondit immédiatement, sans réfléchir cette fois.
- Non.
Je souris, plus décontracté. Je ne pensais pas qu'elle disait
vraiment la vérité, mais elle ne mentait pas complètement non plus. Elle
n'était pas assez effrayée pour s'en aller, au moins. Je me demandai ce
qu'elle ressentirait si elle savait qu'elle était en train de discuter
avec un vampire. J'eus un mouvement de recul interne à sa réaction
imaginaire.
- Et toi ? Vas-tu me parler de ta famille ? Elle doit être bien plus
intéressante que la mienne
Plus effrayante, c'était sûr.
- Que veux-tu savoir ? demandai-je prudemment.
- Les Cullen t'ont adopté ?
- Oui.
Elle hésita, puis reprit d'une petite voix.
- Qu'est-il arrivé à tes parents ?
Ce n'était pas si difficile ; je n'avais même pas besoin de lui
mentir.
- Ils sont morts il y a des années.
- Désolée, marmonna-t-elle, craignant visiblement de m'avoir blessé.
Elle s'inquiétait pour moi.
- Je ne m'en souviens pas bien, lui assurai-je. Carlisle et Esmée
les ont remplacés depuis si longtemps.
- Et tu les aimes, déduit-elle.
Je souris.
- Oui. Je doute qu'il y ait de meilleures personnes au monde.
- Tu as beaucoup de chance.
- J'en suis conscient.
Dans ce domaine, celui des parents, je ne pouvais pas nier ma
chance.
- Et ton frère et ta s½ur ?
Si je la laissais demander trop de détails, j'aurais à lui mentir.
Je jetai un coup d'½il à l'horloge du tableau de bord, découragé de voir
que mon moment avec elle touchait à sa fin.
- Mon frère et ma s½ur, sans parler de Jasper et Rosalie, vont être
furieux si je les fais languir sous l'averse.
- Désolée. Il faut que tu y ailles.
Elle ne bougea pas. Elle ne voulait pas que ce moment se termine,
elle non plus. J'aimais beaucoup, beaucoup ça.
- De ton côté, tu préfères sûrement récupérer ta camionnette avant
que le Chef Swan rentre, histoire de ne pas avoir à lui mentionner le
petit incident de tout à l'heure.
Je souris au souvenir de son embarras, quand je l'avais prise dans
mes bras.
- Je suis sûre qu'il est déjà au courant. Il n'y a pas de place pour
les secrets, à Forks.
Elle prononça le nom de la ville avec un dégoût clairement audible.
Je ris à ses paroles. Pas de secrets, en effet.
- Amuse-toi bien à la mer.
Je jetai un ½il à la pluie torrentielle, sachant qu'elle n'allait
pas durer, et souhaitant plus fort que d'habitude qu'elle persiste
pourtant.
- Joli temps pour bronzer.
Enfin, ce serait le cas samedi. Elle apprécierait ça.
- Je te vois, demain ?
L'inquiétude dans sa voix me ravit.
- Non. Emmett et moi avons décidé de nous octroyer un week-end
précoce.
Je me serais donné des gifles pour avoir eu cette idée. Je pouvais
toujours annuler... mais il était mieux que j'aille chasser, et ma famille
s'inquiétait déjà assez de mon comportement pour que je ne leur révèle pas
à quel point je devenais obnubilé par cette fille.
- Qu'est-ce que vous avez prévu ? demanda-t-elle, semblant déçue par
ma réponse.
Bien.
- Une randonnée du côté de Goat Rocks, au sud du mont Rainier.
Emmett était impatient de voir arriver la saison des ours.
- Ah bon. Profites-en bien, me souhaita-t-elle à contrec½ur.
Son manque d'enthousiasme me plut à nouveau.
Tandis que je la regardais, je me sentis presque déchiré à l'idée de
lui faire ne seraient-ce que des adieux provisoires. Elle était si douce
et vulnérable. Il me semblait imprudent de la perdre de vue, alors que
n'importe quoi pouvait lui arriver. Et pourtant, les choses les plus
horribles qui risquaient de lui arriver se passeraient si elle restait
avec moi.
- Accepterais-tu de me rendre un service, ce week-end ? lui
demandai-je d'un ton grave.
Elle acquiesça, les yeux agrandis et interrogatifs devant ma
soudaine intensité.
Je devais rester léger.
- Ne le prends pas mal, mais j'ai l'impression que tu es de ces gens
qui attirent les accidents comme un aimant. Alors... tâche de ne pas
tomber à l'eau ni de te faire écraser par quoi que ce soit, d'accord ?
Je lui souris d'un air contrit, espérant qu'elle ne détecte pas la
tristesse dans mes yeux. Je souhaitais tellement qu'elle ne soit pas trop
heureuse en mon absence, quoi qu'il puisse lui arriver ici.
Cours, Bella, cours. Je t'aime trop, pour ton bien ou le mien.
Elle se fâcha, vexée, et me jeta un regard furieux.
- On verra ! aboya-t-elle, sortant affronter la pluie en claquant la
portière le plus fort possible derrière elle.
Comme un chaton furieux persuadé d'être un tigre.
Je refermai le poing sur la clef que je venais de prendre dans la
poche de sa veste, et fis demi-tour en souriant. Poster un commentaire5
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7ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
00:39Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!Chapitre
7: Mélodie
Je dus attendre une fois arrivé au lycée. La dernière heure de cours
n'était pas encore finie. Ce qui était parfait, car je devais réfléchir à
certaines choses et j'avais besoin d'être seul.
Son parfum flottait encore dans la voiture. Je gardai les vitres
fermées, la laissant m'imprégner, essayant de m'habituer à cette sensation
de brûlure à l'intérieur de ma gorge.
L'attirance.
C'était une chose problématique à prendre en compte. Elle avait tant
de facettes, tant de significations et de niveaux différents. Pas
identique à l'amour, mais elle lui était inextricablement liée.
Je ne savais absolument pas si Bella était attirée par moi. (Son
silence mental continuerait-il à devenir de plus en plus frustrant jusqu'à
ce que je devienne fou ? Ou y avait-il une limite que j'arriverais un jour
à franchir ?)
J'essayai de comparer ses réponses physiques à celles d'autres, comme
la secrétaire et Jessica Stanley, mais la comparaison fut peu concluante.
Les mêmes signes – changement de rythme cardiaque et de respiration –
pouvaient tout aussi bien signifier la peur, le choc ou l'anxiété que
l'intérêt. Il semblait peu probable que Bella puisse entretenir le même
type de pensées que celles que Jessica Stanley avait auparavant eues à mon
égard. Après tout, Bella savait très bien qu'il y avait quelque chose
d'étrage chez moi, même si elle ne savait pas exactement de quoi il
s'agissait. Elle avait touché ma peau glacée, elle avait reculé sa main
loin du froid.
Et pourtant... alors que je me remémorais ces fantasmes qui m'avaient
éc½uré, mais les imaginant avec Bella à la place de Jessica...
Je respirai plus rapidement, le feu s'agrippant en tous sens le
long de ma gorge.
Et si c'avait été Bella m'imaginant avec mes bras autour de son corps
fragile ? Me sentant la presser tendrement contre mon torse, puis mettre
ma main sous son menton ? Repoussant de sa main le lourd rideau de ses
cheveux pour la voir rougir ? Traçant la forme de ses lèvres du bout de
mes doigts ? Penchant mon visage vers le sien, où je pourrais sentir la
chaleur de son haleine sur ma bouche ? Me rapprochant encore plus...
Mais alors je rejetai ce songe, sachant, comme je l'avais su quand
Jessica avait imaginé ces choses, ce qui se passerait si je me rapprochais
aussi près d'elle.
Cette attirance était un dilemme impossible, parce que j'étais déjà
trop attirée par Bella de la pire des manières.
Voulais-je que Bella soit attirée par moi, comme une femme par un
homme ?
C'était la mauvaise question. La bonne question était : devais-je
vouloir que Bella soit attirée par moi de cette façon, et la réponse était
non. Parce que je n'étais pas un homme humain, et que ce n'était pas juste
envers elle.
De chaque fibre de mon être, je désirai l'être, pour pouvoir la
serrer dans mes bras sans risquer sa vie. Ainsi je pourrais donner libre
cours à mes propres fantasmes, des fantasmes qui ne se termineraient pas
avec son sang sur mes mains, son sang brillant dans mes yeux.
La poursuivre ainsi était indéfendable. Quelle sorte de relation
pourrais-je lui offrir, alors que je ne pouvais me risquer à la toucher ?
Je me pris la tête dans les mains.
Tout était si confus : je ne m'étais jamais senti aussi humain de
toute ma vie – même pas quand j'étais encore humain, d'aussi loin que je
pouvais me souvenir. Quand j'avais été humain, mes pensées étaient toutes
tournées vers la gloire militaire. La Grande Guerre avait fait rage
pendant la plupart des années de mon adolescence, et je n'étais qu'à neuf
mois de mon dix-huitième anniversaire quand la grippe espagnole avait fait
rage... Il ne me restait que des impressions vagues de ces années-là, des
souvenirs brumeux qui s'estompaient de plus en plus à chaque décennie qui
passait. Mon souvenir le plus clair était celui de ma mère, et je sentis
une ancienne douleur en repensant à son visage. Je me souvenais, quoique
faiblement, combien elle avait haï l'avenir vers lequel je me ruais de mon
plein gré, priant chaque nuit quand elle disait les grâces au dîner pour
que « l'horrible guerre » se termine... Je n'avais pas d'autre souvenir de
ce type de désir ardent. En dehors de l'amour de ma mère, il n'y avait eu
aucun autre amour pour me donner envie de rester...
C'était entièrement nouveau pour moi. Je n'avais aucune référence en
ce domaine, pas de comparaison possible.
L'amour que je ressentais pour Bella m'était venu le plus purement du
monde, et maintenant il était souillé. Je voulais être capable de la
toucher. Ressentait-elle la même chose ?
Cela n'avait aucune importance, essayai-je de me convaincre.
Je contemplai mes mains blanches, haïssant leur dureté, leur
froideur, leur force inhumaine...
Je sursautai quand la portière passager s'ouvrit.
Ha. J't'ai eu. C'est bien la première fois, pensa Emmett pendant
qu'il se glissait sur le siège.
- Je parie que Madame Goff pense que tu es drogué, tu as été si
irrégulier ces derniers temps. Où étais-tu aujourd'hui ?
- Je faisais... ma B.A.
Hein ?
- Soigner les malades, ce genre de choses, ris-je.
Cela l'embrouilla encore plus, mais il respira et sentit l'odeur dans
la voiture.
- Oh. Encore la fille ?
Je grimaçai.
Ça devient vraiment bizarre.
- À qui le dis-tu, grommelai-je.
Il inspira à nouveau.
- Hum, elle sent quand même vachement bon, non ?
Le grognement franchit mes lèvres avant même que je n'aie compris
tous ses mots, un réflexe.
- Du calme, gamin. Je ne fais que constater.
Les autres arrivèrent à ce moment-là. Rosalie remarqua tout de suite
l'odeur et me fusilla du regard, toujours pas calmée. Je me demandai quel
pouvait être son problème, mais tout ce que j'entendais de sa part était
des insultes.
Je n'aimai pas la réaction de Jasper non plus. Comme Emmett, il
remarqua l'attrait de Bella. L'odeur n'avait pourtant pas pour eux le
millième de l'attirance qu'elle avait pour moi. Cela me gênait que son
sang leur soit agréable. Jasper avait un si pauvre contrôle de lui-même...
Alice glissa de mon côté de la voiture et tendit la main pour la
clé de la camionnette de Bella.
- Je me suis seulement vue le faire, dit-elle d'un ton obscur,
comme à son habitude. Tu devras m'expliquer.
- Ça ne veut pas dire...
- Je sais, je sais. J'attendrai. Ce ne sera pas long.
Je soupirai et lui donnai la clé.
Je la suivis jusqu'à la maison de Bella. La pluie tambourinait comme
un million de petits marteaux, si fort que peut-être les oreilles humaines
de Bella ne pouvaient pas entendre le tonnerre du moteur de la
camionnette.
Je regardai sa fenêtre, mais elle ne vint pas voir. Peut-être
n'était-elle pas là. Il n'y avait aucune pensée à entendre.
Cela me rendit triste de ne pas pouvoir l'entendre assez même pour
me rassurer – pour être sûr qu'elle était heureuse, ou en bonne santé au
moins.
Alice monta à l'arrière et nous rentrâmes rapidement chez nous. Les
routes étaient vides, cela ne prit donc que quelques minutes. Nous nous
engouffrâmes dans la maison, et retournâmes à nos différents passe-temps.
Emmett et Jasper étaient au milieu d'une partie d'échecs élaborée,
utilisant huit plateaux joints – alignés le long du mur du fond en verre –
et leurs propres règles compliquées. Ils ne me laisseraient pas les
rejoindre ; il n'y avait qu'Alice qui acceptait encore de jouer avec moi.
Alice alla à son ordinateur dans l'angle du mur près d'eux, et je pus
entendre ses moniteurs se réveiller. Alice travaillait sur un projet de
stylisme pour la garde-robe de Rosalie, mais cette dernière ne la
rejoignit pas aujourd'hui, pour rester derrière elle et diriger les coupes
et les couleurs qu'Alice traçait à la main sur les écrans tactiles
(Carlisle et moi avions dû trafiquer le système, étant donné qu'il
répondait à la température). Au lieu de cela, Rosalie se vautra sur le
divan et commença à zapper à vingt chaînes par seconde sur l'écran plat,
sans s'arrêter. Je pouvais l'entendre essayer de décider si oui ou non
elle irait au garage faire de nouveaux réglages sur sa BMW.
Esmée était à l'étage, fredonnant en s'affairant autour d'un nouvel
assortiment d'imprimés bleus.
Alice pencha la tête sur le mur après un moment et commença à
articuler les prochains mouvements d'Emmett – Emmett était assis sur le
sol, dos tourné par rapport à elle – à Jasper, qui garda son expression
impassible en prenant le chevalier favori d'Emmett.
Et moi, pour la première fois depuis si longtemps que j'en avais
honte, j'allai m'assoir devant le fabuleux piano à queue positionné juste
à côté de l'entrée.
Je laissai courir mes doigts doucement sur les touches, testant les
accords. Le son était toujours parfait.
A l'étage, Esmée arrêta ce qu'elle était en train de faire et pencha
sa tête sur le côté.
Je commençai les premières mesures de la mélodie qui s'était suggérée
d'elle-même dans la voiture aujourd'hui, satisfait de voir qu'elle rendait
encore mieux que ce que j'avais imaginé.
Edward joue à nouveau, pensa Esmée, joyeuse, un sourire s'étirant
sur son visage. Elle se leva du bureau, et se dirigea d'un pas léger vers
le haut de l'escalier.
J'ajoutai une ligne d'accompagnement, laissant la mélodie centrale
s'y insérer.
Esmée soupira de contentement, s'assit sur une marche, et appuya sa
tête contre la rambarde. Une nouvelle musique. Cela faisait si longtemps.
Quelle mélodie merveilleuse.
Je laissai la mélodie me conduire dans une nouvelle direction, la
suivant avec les basses.
Edward s'est remis à composer ? pensa Rosalie, et ses dents se
claquèrent sous l'effet de son ressentiment intense.
À ce moment, elle baissa sa garde, et je pus lire toute la vexation
qu'elle m'avait cachée. Je vis pourquoi elle m'en voulait à ce point.
Pourquoi tuer Bella n'avait pas gêné sa conscience le moins du monde.
Avec Rosalie, c'était toujours une affaire de vanité.
La musique s'arrêta brutalement, et je ris avant de pouvoir me
retenir, un amusement intense qui s'éteignit rapidement quand je mis ma
main devant ma bouche.
Rosalie se tourna pour me fusiller du regard, les yeux pleins
d'éclairs d'une fureur ennuyée.
Emmett et Jasper se tournèrent pour me fixer aussi, et j'entendis la
confusion d'Esmée. Elle fut en bas en un éclair, s'interposant entre
Rosalie et moi.
- Ne t'arrête pas, Edward, m'encouragea-t-elle après un moment tendu.
Je recommençai à jouer, tournant mon dos à Rosalie en essayant de
toutes mes forces de contrôler le sourire qui s'étalait sur mon visage.
Elle sauta sur ses pieds et se rua hors de la pièce, plus furieuse
qu'embarrassée. Mais certainement embarrassée aussi.
Si tu dis quoi que ce soit je te traquerai comme un chien.
J'étouffai un autre rire.
- Qu'est-ce qu'il y a, Rose ? l'appela Emmett.
Rosalie ne se tourna pas. Elle continua, le dos droit comme un i,
vers le garage, et s'enfourna sous sa voiture comme si elle avait pu
s'enterrer là.
- Quel est le problème ? me demanda Emmett.
- Je n'en ai pas la moindre idée, mentis-je.
Emmett grommela, frustré.
- Continue à jouer, m'intima Esmée.
Mes doigts s'étaient encore arrêtés.
Je fis ce qu'elle me demandait, et elle vint se mettre debout
derrière moi, mettant ses mains sur mes épaules.
Le morceau était intéressant mais incomplet. Je tentai un pont mais
il ne semblait pas convenir, pour une raison que je ne parvenais pas à
saisir.
- C'est charmant. Cette musique a-t-elle un nom ? demanda Esmée.
- Pas encore.
- A-t-elle une histoire ? demanda-t-elle, un sourire dans la voix.
Cela lui faisait énormément plaisir, et je me sentis coupable d'avoir
négligé ma musique si longtemps. J'avais été égoïste.
-C'est... une berceuse, je crois.
Je trouvai le bon pont juste à ce moment-là. Conduisant naturellement
au prochain mouvement, il prit vie de lui-même.
- Une berceuse, répéta-t-elle pour elle-même.
Il y avait une histoire liée à cette mélodie, et une fois que j'en
eus pris conscience, les morceaux se mirent en place sans effort. C'était
l'histoire d'une fille qui dormait dans un lit étroit, sa chevelure sombre
épaisse et emmêlée formant des vaguelettes sur l'oreiller...
Alice laissa Jasper à ses propres réflexions et vint s'asseoir à
côté de moi sur le banc. De sa voix de haut perchée, comme un carillon
dans le vent, elle esquissa un contrechant sans paroles deux octaves
au-dessus de la mélodie.
- J'aime bien ça, murmurai-je. Mais que penses-tu de cela ?
J'ajoutai son interprétation dans la mélodie – mes mains volaient sur
les touches maintenant, pour assembler les morceaux –, la modifiant un
peu, l'emmenant dans une nouvelle direction...
Elle comprit l'ambiance et reprit son chant.
-Oui, parfait, dis-je.
Esmée pressa mon épaule.
Mais je pouvais voir la fin maintenant, avec la voix d'Alice
s'élevant au-dessus de la mélodie et l'emmenant autre part. Je pouvais
voir comment la chanson finirait, parce que la fille était parfaite de
cette façon, et que le moindre changement serait mauvais, une tristesse.
La musique suivit cette prise de conscience, plus lente et plus basse à
présent. La voix d'Alice s'abaissa, elle aussi, et devint solennelle, un
ton qui appartenait aux échos des arches d'une cathédrale éclairée de
bougies.
Je jouai la dernière note, et penchai ma tête sur les touches.
Esmée me caressa les cheveux. Ça va bien aller, Edward. Tout se
passera pour le mieux. Tu mérites le bonheur, mon fils. Le destin te le
doit bien.
-Merci, murmurai-je, souhaitant pouvoir le croire.
L'amour ne vient pas toujours dans un paquet-cadeau.
J'eus un rire bref et sans joie.
Toi, plus que tous sur cette planète, es peut-être le plus apte à te
sortir de cette situation difficile. Tu es le meilleur et le plus
prometteur de nous tous.
Je soupirai. Chaque mère pensait la même chose de son fils.
Esmée était encore toute réjouie que mon c½ur ait été enfin touché
après tout ce temps, quelle que soit la tragédie potentielle à la clé.
Elle avait pensé que je serais toujours seul...
Elle devra t'aimer aussi, pensa-t-elle soudain, me surprenant par
la direction de ses pensées. Si c'est une fille intelligente. Elle sourit.
Mais je ne peux pas imaginer quelqu'un qui ne réaliserait pas la perle que
tu es.
- Arrête Maman, tu me fais rougir, la taquinai-je.
Ses mots, bien qu'improbables, me réjouirent.
Alice rit et commença à pianoter la première voix de "Heart and
soul". Je souris et complétai l'harmonie toute simple avec elle. Puis je
lui accordai une performance de "Chopsticks".
Elle gloussa, et soupira.
- J'aimerais que tu me dises pourquoi tu riais à cause de Rose, dit
Alice. Mais je vois que tu n'en feras rien.
- Nan.
Elle m'envoya une chiquenaude sur l'oreille.
- Sois gentille, Alice, la réprimanda Esmée. Edward est un
gentleman.
- Mais je veux savoir.
Je ris au ton pleurnichard qu'elle employa. Alors j'interpellai Esmée
et commençai à jouer son morceau favori, un hommage sans titre à l'amour
que j'avais contemplé entre elle et Carlisle pendant tant d'années.
- Merci, mon c½ur.
Elle pressa mon épaule à nouveau.
Je n'avais pas besoin de me concentrer pour jouer ce morceau
familier. Au lieu de cela, je pensai à Rosalie, toujours à se tordre de
honte – au sens figuré –, mortifiée, dans le garage, et je me souris à
moi-même.
Venant de découvrir moi-même la puissance de la jalousie, j'eus un
peu pitié d'elle. Cela faisait se sentir misérable. Bien sûr, sa jalousie
était mille fois plus mesquine que la mienne. Une goutte d'eau par rapport
à l'océan.
Je me demandai si la vie et la personnalité de Rose auraient été
différentes si elle n'avait pas toujours été la plus belle. Aurait-elle
été une personne plus heureuse si la beauté n'avait pas été de tous temps
le plus fort de ses attraits ? Moins égocentrique ? Plus encline à la
compassion ? Enfin, je me dis qu'il était inutile de se demander puisque
ce qui était fait était fait ; elle avait toujours été la plus belle. Même
humaine, elle avait toujours vécu illuminée par sa propre séduction. Mais
cela ne l'avait pas gênée. Au contraire, elle avait aimé l'admiration
par-dessus pratiquement tout. Cela n'avait pas changé avec la perte de sa
mortalité.
Il n'était donc pas surprenant, considérant ce fait comme établi,
qu'elle ait été offensée quand je n'avais pas, dès le début, adoré sa
beauté de la façon dont elle s'attendait à ce que tout homme l'idolâtre.
Non pas qu'elle m'ait désiré un tant soit peu – loin de là. Mais cela
l'avait exaspérée que je ne la désire pas, malgré tout. Elle était
habituée à être désirée.
C'était différent avec Jasper ou Carlisle – ils étaient déjà
amoureux. J'étais un électron libre qui, pourtant, restait complètement
insensible.
Je pensais que ce vieux ressentiment était enterré maintenant.
Qu'elle avait dépassé cette ranc½ur.
C'était ce qui s'était passé jusqu'au jour où j'avais trouvé
quelqu'un dont la beauté m'avait touché, au contraire de la sienne.
Rosalie s'était agrippée à l'idée que si je n'avais pas trouvé sa
beauté digne d'adoration, aucune beauté au monde ne pourrait m'atteindre.
Elle avait été furieuse dès le moment où j'avais sauvé la vie de Bella,
devinant, avec sa fine intuition féminine, l'intérêt dont j'étais
complètement inconscient moi-même.
Rosalie avait été mortellement offensée que j'aie trouvé une humaine
insignifiante plus séduisante qu'elle.
Je réprimai mon envie de rire à nouveau. La façon dont elle voyait
Bella me gênait, cependant. Rosalie considérait la fille comme quelconque.
Comment pouvait-elle penser cela ? Cela me semblait incompréhensible. Un
fruit de sa jalousie, sans aucun doute.
- Oh ! s'exclama soudait Alice. Jasper, devine quoi ?
Je vis ce qu'elle venait de voir, et mes mains se figèrent sur les
touches.
- Quoi ? demanda Jasper.
- Peter et Charlotte vont venir la semaine prochaine ! Ils vont être
dans le voisinage, super, non ?
- Qu'est-ce qui ne va pas, Edward ? demanda Esmée, sentant la tension
dans mes épaules.
- Peter et Charlotte viennent à Forks ? sifflai-je
Elle leva les yeux au ciel.
- Calme-toi, Edward. Ce n'est pas leur première visite.
Mes dents claquèrent. C'était leur première visite depuis que Bella
était arrivée, et son doux sang n'était pas attirant que pour moi.
Alice fronça des sourcils à mon expression.
- Ils ne chassent jamais ici, tu le sais.
Mais le quasi-frère de Jasper et la petite vampire qu'il aimait
n'étaient pas comme nous ; ils chassaient de manière habituelle. On ne
pouvait leur faire confiance avec Bella à proximité.
- Quand ? demandai-je.
Elle pinça les lèvres, mais dit ce que j'avais besoin de savoir.
Lundi matin. Personne ne fera de mal à Bella.
- Non, acquiesçai-je avant de me détourner. Tu es prêt, Emmett ?
- Je pensais qu'on y allait demain matin ?
- Nous reviendrons vers minuit dimanche. À toi de décider quand
partir.
- Bon, d'accord. Laisse-moi dire au revoir à Rosalie d'abord.
- Bien sûr.
Avec l'état d'esprit de Rosalie, cet au revoir ne serait pas long.
Tu es vraiment devenu dingue, Edward, pensa-t-il en se dirigeant
vers la porte du fond.
- Je suppose que tu as raison.
- Joue-moi encore le nouveau morceau, demanda Esmée.
- Si tu veux, acceptai-je, bien qu'un peu hésitant à suivre la
mélodie jusqu'à sa fin inévitable – la fin qui provoquait une douleur si
nouvelle.
J'y pensai un moment, puis retirai le bouchon de bouteille de ma
poche et le posai sur le porte-partition vide. Cela m'aida un peu – un
petit rappel de son oui.
Je hochai la tête pour moi-même, et commença à jouer.
Esmée et Alice échangèrent un coup d'½il, mais aucune ne posa de
questions.
- Personne ne t'a dit de ne pas jouer avec la nourriture ? dis-je à
Emmett.
- Oh, hé Edward ! me cria-t-il, en souriant et me faisant un signe de
la main.
L'ours profita de sa distraction pour abattre sa grosse patte sur le
torse d'Emmett. Les griffes acérées passèrent à travers sa chemise, et
crissèrent le long de sa peau.
L'ours beugla à ce son aigu.
Nom d'un chien, c'est Rose qui m'avait donné cette chemise !
Emmett rugit après l'animal enragé.
Je soupirai et m'assis sur un rocher confortable. Cela risquait de
prendre du temps. Mais Emmett avait presque fini. Il laissa l'ours essayer
de dégager sa tête avec une autre attaque de sa patte, riant alors que son
souffle rebondissait et envoyait l'ours tituber en arrière. L'ours rugit
et Emmett lui rugit après en riant. Puis il se rua sur l'animal, qui le
dominait d'une tête sur ses deux pattes, et leurs corps tombèrent sur le
sol, emmêlés, entraînant dans leur chute un arbre vigoureux. Les
grognements de l'ours s'arrêtèrent avec un hoquet.
Quelques minutes plus tard, Emmett trottinait à ma rencontre. Sa
chemise était en lambeaux, détruite, ensanglantée, poisseuse de sève et
couverte de fourrure. Ses cheveux noirs et frisés n'étaient pas en
meilleure forme. Il avait un sourire ravi sur la figure.
- Il était fort, celui-là. Je l'ai presque senti quand il m'a
mordu.
- Quel enfant tu fais, Emmett.
Il observa ma chemise propre et sans faux pli, bien boutonnée.
- Alors, tu n'as pas été capable d'attraper ce puma ?
- Bien sûr que si. Seulement moi, je ne mange pas comme un sauvage.
Emmett rit de son rire de stentor.
- J'aimerais qu'ils soient plus forts. Ce serait plus drôle.
- Personne n'a dit que tu devais te battre avec ta nourriture.
- Ouais, mais avec qui je m'amuserais sinon ? Alice et toi, vous
trichez, Rose ne veut jamais se faire décoiffer, et Esmée devient folle
quand Jasper et moi on s'y met pour de bon.
- La vie est dure, non ?
Emmett me sourit, changeant son poids de côté un peu de façon à être
prêt à me charger.
- Allez, Edward. Arrête tes tricheries une minute et combats-moi
vraiment.
- Ça ne s'arrête pas comme ça, lui rappelai-je.
- Je me demande comment fait cette humaine pour te retenir hors de
sa tête, songea t-il. Peut-être qu'elle pourrait me donner quelques
tuyaux.
Ma bonne humeur s'évanouit.
- Reste loin d'elle, grognais-je à travers mes dents.
- C'est ton point sensible, non ?
Je soupirai. Emmett vint s'assoir à côté de moi sur le rocher.
- Désolé. Je sais que tu traverses un moment difficile. J'essaie
vraiment de ne pas être insensible comme un gros bourrin, mais, comme
c'est ma nature profonde...
Il s'attendait à ce que je rie de sa plaisanterie, puis afficha une
mine inquiète.
Si sérieux à tout le temps. Qu'est-ce qui te préoccupe en ce moment
?
- Je pense à elle. En fait, je me ronge les sangs.
- Qu'y a-t-il de si problématique ? Tu es ici, à ce que je sais. Elle
ne risque rien.
Il rit bruyamment. J'ignorai sa plaisanterie, mais répondis à sa
question.
- As-tu jamais pensé à quel point ils sont tous si fragiles ? Au
nombre de dangers qui guettent les mortels ?
- Pas vraiment. Mais je vois à peu près ce que tu veux dire. Je
n'étais pas vraiment à la hauteur pour mon premier match avec un ours,
n'est-ce pas ?
- Les ours, murmurais-je, ajoutant cette nouvelle peur à la pile. Ce
serait vraiment sa chance, n'est-ce pas ? Un ours lâché en ville. Bien
sûr, il irait droit sur Bella.
Emmett rit.
- On dirait vraiment un dingue, à t'entendre, tu en as conscience ?
- Imagine juste une minute que Rosalie soit humaine, Emmett. Et
qu'elle puisse se retrouver nez à nez avec un ours... être renversée par une
voiture... ou être foudroyée... ou tomber dans les escaliers... ou tomber malade
– attraper un virus grave !
Les mots sortirent comme une tempête hors de moi. Cela me fit du bien
de les laisser sortir – ils m'avaient rongé tout le week-end.
- Les incendies, les tremblements de terre et les ouragans ! Quand
as-tu regardé les infos pour la dernière fois ? Tu as vu le genre de
choses qui peuvent leur arriver ? Des attaques, des meurtres...
Mes dents claquèrent, et j'étais tellement furieux à l'idée qu'un
autre humain puisse la blesser que je n'arrivais plus à respirer.
- Hé, ho ! Du calme, gamin. Elle habite à Forks, tu te souviens ?
Donc elle sera condamnée à être mouillée, s'esclaffa-t-il.
- Je pense vraiment qu'elle attire la poisse, Emmett, vraiment.
Regarde les faits. De tous les endroits possibles, elle a atterri dans une
ville où les vampires constituent une bonne partie de la population.
- Ouais, mais on est végétariens. Donc ce n'est pas de la poisse, non
?
- Avec l'odeur qu'elle a ? Si, complètement. Et, pire, l'odeur
qu'elle a pour moi.
Je regardai mes mains, les haïssant encore.
- Sauf que tu as plus de contrôle que la plupart d'entre nous, à part
Carlisle. Encore une fois, c'est plutôt une chance.
- Le van ?
- C'était juste un accident.
- Tu aurais dû le voir venir vers elle, Em, encore et encore. Je te
jure, c'était comme si elle l'avait attiré par son magnétisme.
- Mais tu étais là. C'était de la chance.
- Vraiment ? N'est-ce pas la pire malchance pour une humaine d'avoir
un vampire amoureux de elle ?
Emmett considéra cela silencieusement pour un moment. Il imagina la
fille dans sa tête, et trouva l'image inintéressante. Honnêtement, je ne
vois pas ce que tu lui trouves.
- Eh bien je ne vois pas non plus en quoi Rosalie est attirante,
dis-je grossièrement. Honnêtement, elle ne mérite pas plus
d'investissement qu'une belle poupée.
Emmett s'esclaffa.
- Je suppose que tu ne me diras pas...
- Je ne sais pas quel est son problème, Emmett, mentis-je avec un
sourire large et soudain.
Je vis son intention à temps pour me dégager. Il essaya de me faire
tomber du rocher, et il y eut un énorme craquement alors qu'une fissure
s'ouvrait dans la pierre entre nous.
- Tricheur, grommela-t-il.
J'attendis qu'il essaye une autre fois, mais ses pensées prirent une
autre direction. Il se représenta à nouveau le visage de Bella, mais
l'imagina plus blanc, imaginant ses yeux rouge vif...
- Non, dis-je d'une voix étranglée.
- Ça résoudrait tes angoisses sur sa mortalité, non ? Et tu ne veux
pas la tuer non plus. N'est-ce pas la meilleure voie ?
- Pour moi ? Ou pour elle ?
- Pour toi, répondit-il, très naturel.
Son ton impliquait un "bien sûr". Je ris avec tristesse.
- Mauvaise réponse.
- Ça ne m'a pas tellement gêné, me rappela-t-il.
- Rosalie l'a été.
Il soupira. Nous savions tous deux que Rosalie ferait tout,
abandonnerait tout, si cela lui permettait de redevenir humaine. Même
Emmett.
- Ouais, ça l'a bien embêtée, acquiesça-t-il tranquillement.
- Je ne peux pas... je ne dois pas... Je ne vais pas ruiner la vie de
Bella. N'aurais-tu pas la même attitude, si c'était Rosalie ?
Emmett y pensa pendant un moment. Alors, tu... l'aimes vraiment ?
- Je ne peux même pas décrire à quel point, Emmett. Tout d'un coup,
cette fille est devenue le centre du monde pour moi. Je ne vois même pas
l'intérêt du reste de l'univers sans elle.
Mais tu ne la transformeras pas ? Elle ne durera pas éternellement,
Edward.
- Je sais bien, grognai-je.
Et comme tu l'as fait remarquer, elle est assez fragile.
- Tu peux me faire confiance, je le sais aussi.
Emmett n'était pas une personne pleine de tact, et les discussions
délicates n'étaient pas son fort. Il s'efforçait de ne pas se montrer trop
brusque.
Peux-tu au moins la toucher ? Je veux dire que si tu l'aimes... ne
voudras-tu pas, eh bien, la toucher... ?
Emmett et Rosalie partageaient un amour physique intense. Il lui
était difficile d'imaginer que l'on puisse aimer sans cet aspect. Je
soupirai.
- Je ne peux même pas y penser, Emmett.
Ah. Quelles sont tes options, dans ce cas ?
- Je ne sais pas, soupirai-je. J'essaye d'imaginer une façon de la
quitter. C'est juste que pour le moment je n'arrive pas à voir comment
rester loin d'elle...
Avec un profond sentiment de soulagement, je me rendis soudain
compte qu'il était bien pour moi de rester – au moins pour l'instant, avec
Peter et Charlotte en route. Elle serait temporairement plus en sécurité
avec moi que sans. Pour quelques temps, je pourrais être son improbable
protecteur. Cette pensée me rendit impatient ; je mourais d'envie de
repartir pour remplir mon rôle le plus longtemps possible.
Emmett remarqua mon changement d'expression. À quoi penses-tu ?
- En ce moment, admis-je honteusement, je meurs d'envie de retourner
à Forks et de vérifier qu'elle va bien. Je ne sais pas si je pourrai
attendre dimanche soir.
- Non, non, non ! Hors de question que tu rentres plus tôt. Laisse
Rosalie se calmer un peu. Je t'en prie ! C'est pour mon bien.
- J'essaierai de rester, dis-je, loin d'en être certain.
Emmett tapa le téléphone dans ma poche.
- Alice t'appellerait s'il y avait une justification à ta panique.
Elle aussi bizarre que toi concernant cette fille.
Cela me fit grimacer.
- Bon. Mais je ne reste pas plus tard que dimanche.
- Il n'y a pas de raison de se presser – il va y avoir du soleil, de
toute façon. Alice dit que nous somme dispensés d'école jusqu'à mercredi.
Je secouais inflexiblement la tête.
- Peter et Charlotte savent comment se comporter.
- C'est différent, Emmett. Avec la chance de Bella, elle va se
balader dans les bois exactement au mauvais moment et...
Je tressaillis.
-... Peter n'est pas connu pour son contrôle. Je rentre dimanche.
Emmett soupira. Vraiment comme un dingue.
Bella dormait paisiblement quand je grimpai par la fenêtre de sa
chambre, tôt lundi matin. Je m'étais souvenu de prendre de l'huile cette
fois-ci, et la fenêtre me laissa passer silencieusement.
Je pouvais dire, à la façon dont ses cheveux étaient disposés sur
l'oreiller, qu'elle avait eu une nuit moins tranquille que la dernière
fois que j'étais venu. Elle avait les mains recroquevillées sous sa joue
comme un petit enfant, et sa bouche était entrouverte. Je pouvais entendre
son souffle passer entre ses lèvres.
C'était un soulagement extraordinaire d'être ici, d'être capable de
la voir à nouveau. Je réalisai que je n'avais pas vraiment été serein tant
que ce n'avait pas été le cas. Rien n'allait quand j'étais loin d'elle.
Non pas que tout fut simple quand j'étais avec elle, non plus. Je
soupirai, laissant la soif faire rage dans ma gorge. J'avais été loin trop
longtemps. Le temps passé sans douleur et tentation me les faisait
ressentir avec plus de force. Il était déjà assez dur que je sois effrayé
de m'agenouiller près de son lit afin de lire les titres de ses livres. Je
voulais connaître les histoires qu'elle avait en tête, mais, plus que ma
soif, j'avais peur que, si je m'autorisais à l'approcher de si près, je
voudrais l'être encore plus jusqu'à ce que...
Ses lèvres paraissaient si douces et chaudes. Je pouvais imaginer
les toucher avec le bout du doigt. Très légèrement...
C'était exactement le type d'erreur à ne pas commettre.
Mes yeux parcoururent son visage encore et encore, recherchant les
changements. Les mortels changeaient sans cesse – j'étais triste à l'idée
de manquer quelque chose...
Elle semblait... fatiguée. Comme si elle n'avait pas eu assez de
sommeil ce week-end. Était-elle sortie ?
Je ris silencieusement, désabusé, en constatant à quel point cela
m'insupportait. Et si c'était le cas ? Elle ne m'appartenait pas. Elle
n'était pas mienne.
Non, elle n'était pas mienne – et je fus triste à nouveau.
Une de ses mains se tourna et je remarquai qu'elle avait des
égratignures superficielles, presque cicatrisées en bas de sa paume.
S'était-elle blessée ? Même si ce n'était apparemment pas une blessure
sérieuse, cela me perturba. J'examinai l'endroit de la plaie, et décidai
qu'elle avait dû glisser. Cela semblait une explication plausible, tout
bien considéré.
Il était réconfortant de penser que je n'aurais plus à me creuser
la tête sur ces petits mystères à l'avenir. Nous étions amis maintenant –
ou au moins essayions d'être amis. Je pourrais lui demander ce qui était
arrivé à ses mains. Je pourrais lui parler de son week-end ; de la plage,
et de l'activité tardive, quelle qu'elle ait été, qui l'avait rendue si
fatiguée. Je pourrais lui demander ce qui était arrivé à ses mains. Et je
pourrais rire un peu si elle confirmait ma théorie.
Je souris doucement en me demandant si elle était vraiment tombée
dans l'océan. Je me demandai si elle s'était amusée pendant sa sortie. Si
elle avait pensé à moi un peu. Si je lui avais manqué ne serait-ce qu'une
infime partie de ce qu'elle m'avait manqué.
J'essayai de l'imaginer dans le soleil sur la plage. L'image était
incomplète, bien sûr, puisque je n'étais jamais allé à First Beach
moi-même. Je ne la connaissais que par des photos...
Je ressentis un léger malaise en pensant à la raison pour laquelle
je n'avais pas été, ne serait-ce qu'une fois, sur la jolie plage située à
seulement quelques minutes de course de ma maison. Bella avait passé la
journée à La Push – un endroit qui m'était interdit d'accès par traité. Un
endroit où une poignée de vieux hommes se souvenaient encore des histoires
à propos des Cullen, se souvenaient et les croyaient. Un endroit où notre
secret était connu...
Je secouai ma tête. Je n'avais rien à craindre de ce côté-là. Les
Quileute étaient aussi liés par le traité. Même si Bella avait interrogé
un de ces vieux sages, ils n'auraient rien pu révéler. Et pourquoi le
sujet aurait-il été abordé ? Pourquoi Bella aurait-elle fait part de sa
curiosité là-bas ? Non. Les Quileute étaient peut-être la seule chose dont
je n'avais pas à me soucier.
Je fus en colère contre le soleil quand il commença à se lever.
Cela me rappela que je ne pourrais pas satisfaire ma curiosité pendant les
jours à venir. Pourquoi avait-il choisi de briller maintenant ?
Avec un soupir, je repassai par sa fenêtre avant qu'il y ait assez de
lumière pour que l'on me vît ici. J'avais l'intention de rester dans la
forêt dense près de sa maison et la voir partir à l'école, mais quand
j'atteignis les arbres, je fus surpris de trouver la trace de son odeur
persister à cet endroit.
Je la suivis rapidement, curieux, de plus en plus inquiet en voyant
qu'elle conduisait de plus en plus loin dans l'ombre. Qu'avait bien pu
faire Bella ici ?
La piste s'arrêta brusquement, au milieu d'aucun endroit particulier.
Elle s'était éloignée du chemin de quelques pas, dans les fougères, où
elle avait touché le tronc d'un arbre mort. Peut-être s'y était-elle
assise.
Je m'assis au même endroit, et regardai alentour. Tout ce qu'elle
avait pu voir n'était que fougères et forêt. Il avait dû pleuvoir ; la
senteur s'était effacée, sans avoir eu le temps de s'incruster dans
l'arbre.
Pourquoi Bella était-elle venue s'asseoir seule – car elle avait
été seule, pas de doute à ce sujet – au milieu de cette forêt humide et
glauque ?
Cela n'avait aucun sens, et, contrairement à d'autres sujets de ma
curiosité, je ne pouvais ramener cela dans une conversation.
« Alors voilà, Bella, je suivais ta trace à travers les bois après
que j'aie quitté ta chambre où je te regardais dormir...» Oui, ce serait
vraiment une bonne entrée en matière.
Je ne saurais jamais ce qu'elle avait fait et pensé là, et cela me
fit grincer des dents de frustration. Pire, cela ressemblait trop au
scénario que j'avais dépeint à Emmett – Bella se baladant seule dans les
bois, où son odeur attirerait immanquablement tous ceux qui possédaient
les sens nécessaires pour la chasser...
Je grognai. Elle n'avait pas seulement de la malchance, elle
courait après.
Enfin, en ce moment elle avait un protecteur. Je la surveillerais,
l'éloignerais de tout danger, aussi longtemps que je pourrais le
justifier.
Je me surpris soudain à espérer que Peter et Charlotte prolongeraient
leur séjour.
Désolé s' il y a des fautes d' orthographe. Poster un commentaire4 commentaire(s) Recommander
8ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
00:41Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!Chapitre
8 : Fantôme
Je ne vis pas beaucoup les invités de Jasper durant les deux jours
ensoleillés où ils étaient à Forks. Je ne revenais à la maison que pour
éviter à Esmée de s'inquiéter. Autrement, mon existence ressemblait plus à
celle d'un spectre qu'à celle d'un vampire. Je me cachais, invisible dans
l'ombre, d'où je pouvais suivre l'objet de mon amour et de mon obsession –
d'où je pouvais la voir et l'entendre à travers les esprits des humains
chanceux qui pouvaient marcher à ses côtés dans la lumière du soleil,
parfois même caresser accidentellement le dos de sa main avec la leur.
Elle ne réagissait jamais à de tels contacts ; leur peau était aussi tiède
que la sienne.
Cette absence forcée ne m'avait jamais parue aussi oppressante. Mais
le soleil semblait la rendre heureuse, ce qui m'empêchait de trop en
vouloir au beau temps. Tout ce qui faisait plaisir à Bella était dans mes
bonnes grâces.
Le lundi matin, j'épiai une conversation qui aurait eu le potentiel
de réduira à néant mon assurance et faire de ce temps passé loin d'elle
une véritable torture. Néanmoins, lorsqu'elle se termina, j'avais gagné ma
journée.
J'étais forcé de devoir un peu de respect à Mike Newton ; il ne
s'était pas résigné à abandonner et à s'éclipser discrètement pour panser
ses blessures. Il était plus brave que ce que j'avais présumé. Il allait
réessayer.
Bella arriva à l'école assez tôt et, ayant manifestement l'intention
de profiter du soleil le plus longtemps possible, s'assit sur une des
tables de pique-nique rarement utilisées en attendant que la sonnerie
retentisse. Chose inattendue, les reflets que le soleil alluma dans ses
cheveux étaient roux.
Mike la trouva là, toujours à griffonner, ravi de sa chance.
J'agonisais d'être impuissant, réduit au rôle de simple spectateur,
retenu dans la forêt sombre par le soleil éclatant.
Elle le salua avec assez d'enthousiasme pour le rendre extatique, et
moi l'inverse.
Bon, elle m'aime bien. Elle ne sourirait pas comme ça si elle ne
m'aimait pas. Je parie qu'elle voulait aller au bal avec moi. Me demande
ce qu'il y a de si important à Seattle...
Il perçut le changement dans ses cheveux.
- Je ne l'avais encore jamais remarqué, mais tes cheveux ont des
reflets roux.
Je déracinai accidentellement le jeune épicéa sur lequel je
m'appuyais quand il prit entre ses doigts une mèche de ses cheveux pour la
replacer derrière son oreille.
- Seulement quand il y a du soleil, répondit-elle.
À ma grande satisfaction, elle se dégagea légèrement lorsqu'il
effleura sa peau.
Il fallut une minute à Mike pour rassembler son courage, perdant du
temps en bavardages futiles.
Elle lui rappela la dissertation que nous avions à rendre pour
mercredi. D'après son expression légèrement suffisante, la sienne était
déjà terminée. Lui avait complètement oublié, ce qui diminua
considérablement son temps libre.
Flûte – stupide disserte.
Il en vint finalement à l'essentiel – mes dents étaient si serrées
qu'elles auraient pu pulvériser du granit – et même à ce moment, il ne put
se résoudre à poser sa question de but en blanc.
- Je comptais t'inviter à sortir.
- Oh.
Il y eut un bref silence.
"Oh" ? Qu'est-ce que ça signifie ? Elle va dire oui ? Attends – je ne
lui ai pas encore vraiment demandé.
Il déglutit bruyamment.
- Tu sais, on pourrait aller dîner quelque part... je bosserai après.
Idiot. Ce n'était pas une question non plus.
- Mike...
La furie et l'agonie de ma jalousie étaient aussi intenses que la
semaine précédente. Je brisai un autre arbre en tentant de m'y retenir. Je
voulais tellement courir vers le lycée, trop rapide pour les yeux humains,
et me saisir d'elle – l'éloigner le plus possible du garçon qu'en ce
moment je haïssais tant que j'aurais pu le tuer et y prendre plaisir.
Lui dirait-elle oui ?
- Je ne crois pas que ce serait une très bonne idée.
Je me remis à respirer. Mon corps rigide se relaxa.
Seattle n'était qu'une excuse, après tout. Je n'aurais pas lui
demander. A quoi est-ce que je pensais ? Je parie que c'est encore ce
monstre, Cullen...
- Pourquoi ? demanda-t-il, maussade.
-Parce que... (Elle hésita) et si jamais tu répètes ce que je vais dire
je te jure que je t'étranglerai avec joie –
J'éclatai de rire au son la menace de mort sortant de ses lèvres. Un
geai poussa un cri perçant, effrayé, et s'envola loin de moi.
- À mon avis, ce serait blessant envers Jessica.
Jessica ? Quoi ? Mais... Oh. D'accord. Je pense...Donc. Hein ?
Ses pensées n'étaient plus cohérentes du tout.
- Franchement, Mike, tu es aveugle ou quoi ?
Je partageais ce sentiment. Elle ne pouvait pas s'attendre à ce que
tout le monde soit aussi perspicace qu'elle, mais ce fait relevait de
l'évidence. Pendant qu'il s'obligeait à prendre sur lui pour s'adresser à
Bella, n'avait-il pas remarqué que c'était aussi dur pour Jessica ?
C'était son égoïsme qui le rendait aveugle aux autres. Et Bella était si
peu égoïste qu'elle voyait tout.
Jessica. Euh. Wow. Euh...
- Oh ! réussit-il à répondre.
Bella utilisa sa confusion pour s'esquiver.
- Il est l'heure d'aller en cours, et je ne peux pas me permettre
d'arriver en retard une nouvelle fois.
Mike devint dès lors un point de vue peu fiable. Il se rendit compte,
tandis qu'il tournait et retournait l'idée de Jessica dans sa tête, qu'il
appréciait la pensée de la savoir attirée par lui. Ce n'était qu'un second
choix, pas aussi satisfaisant que si c'était Bella qui avait pensé cela.
Elle est pas mal, quand même. Un corps décent. Un oiseau dans la
main...
Il n'était plus concentré, embarqué par ses nouveaux fantasmes, tout
aussi vulgaires que ceux qu'il avait eus à propos de Bella, mais à présent
ils m'irritaient au lieu de me rendre furieux. Il méritait si peu chacune
de ces deux filles ; elles étaient presque interchangeables à ses yeux. Je
restai loin de sa tête après cela.
Quand elle était hors de ma vue, je me blottissais contre le tronc
froid d'un gros arbre, et naviguais d'esprit en esprit, la gardant à
l'½il, toujours content quand Angela Weber était disponible. Je souhaitais
trouver un moyen pour la remercier d'être simplement une personne
gentille. Je me sentais mieux à l'idée que Bella ait une amie qui la
méritât.
J'admirais le visage de Bella sous tous les angles, et remarquai
qu'elle était à nouveau triste. Cela me surprit – je pensais que le soleil
suffirait à la garder souriante. Le midi, je la vis jeter plusieurs fois
des regards furtifs à la table vide des Cullen, et cela me fit frissonner.
Me donna de l'espoir. Peut-être lui manquais-je aussi.
Elle avait des projets de sortie avec les autres filles après les
cours – je prévus aussitôt de la surveiller – mais ils furent repoussés
quand Mike invita Jessica à sortir, au même endroit que celui où il avait
prévu d'emmener Bella.
À la place, je retournai directement chez elle, faisant un crochet
par les bois afin de m'assurer que personne de dangereux n'y rôdait. Je
savais que Jasper avait prévenu son ancien frère d'éviter la ville –
utilisant mon état mental à la fois comme explication et comme
avertissement – mais je préférais ne courir aucun risque. Peter et
Charlotte n'avaient aucune intention de s'attirer l'animosité de ma
famille, mais les intentions changeaient rapidement...
Bon, j'exagérais. Je le savais.
Comme si elle savait que je la regardais, comme si elle avait eu
pitié de l'agonie que je ressentais quand je ne pouvais pas la voir, Bella
sortit sur la pelouse derrière sa maison, après plusieurs heures passées à
l'intérieur. Elle avait un livre à la main et un plaid sous le bras.
Silencieusement, je grimpai jusqu'aux plus hautes branches de l'arbre
le plus proche du petit jardin.
Elle étala la couverture sur l'herbe humide puis s'allongea sur le
ventre et commença à feuilleter le livre, comme si elle cherchait un
passage précis. Je lus par-dessus son épaule.
Ah, des classiques. Elle était une fan d'Austen.
Elle lisait vite, croisant et décroisant ses chevilles en l'air. Je
regardais les rayons du soleil et le vent jouer dans ses cheveux quand son
corps se raidit soudain, et sa main s'immobilisa au-dessus de la page.
Tout ce que je vis était qu'elle avait atteint le chapitre trois quand
elle tourna brutalement plusieurs pages d'un coup.
Je pus lire la page de titre : Mansfield Park. Elle commençait une
nouvelle histoire – le livre était une anthologie. Je me demandai pourquoi
elle avait si abruptement changé de roman.
Quelques instants plus tard, elle referma violemment le livre. D'un
air férocement renfrogné, elle repoussa le livre et se retourna,
s'allongeant sur le dos. Elle prit une profonde inspiration, comme pour se
calmer, remonta ses manches et ferma les yeux. Je me déroulai mentalement
l'histoire, mais n'y trouvai rien d'offensant au point de la contrarier
ainsi. Un autre mystère. Je soupirai.
Elle restait immobile, ne bougeant qu'une seule fois la main pour
étaler ses cheveux sur la couverture, loin de son visage. Ils se
déployèrent autour de sa tête, en une rivière châtain. Elle ne bougea
plus.
Sa respiration ralentit. Après quelques minutes, ses lèvres
commencèrent à trembler. Elle marmonna dans son sommeil.
Impossible de résister. J'écoutai aussi loin que possible, captant
les voix dans les maisons voisines.
Deux cuillères à soupe de farine... une tasse de lait...
Allez ! Lance-le à travers le cerceau ! Allez, vas-y !
Rouge ou bleu... ou peut-être que je devrais mettre quelque chose de
plus décontracté...
Il n'y avait personne à proximité. Je sautai par terre, me recevant
silencieusement sur la pointe des pieds.
C'était mal, et très risqué. J'avais jadis jugé Emmett avec
condescendance pour ses actes irréfléchis et Jasper pour son manque de
discipline. Pourtant, à présent, j'enfreignais consciencieusement toutes
les règles avec un abandon sauvage qui rendait, en comparaison, leurs
écarts de conduite totalement insignifiants.
Je soupirai, mais avançai malgré tout dans la lumière du soleil.
J'évitai de me regarder, éclairé par ses rayons éblouissants. Il
était assez douloureux d'avoir une peau de pierre, inhumaine, dans l'ombre
; je ne voulais pas voir Bella et moi côte à côte dans la lumière. La
différence entre nous était déjà insurmontable, inutile d'y ajouter cette
vision.
Mais je ne pus ignorer les arcs-en-ciel qui se reflétèrent sur sa
peau quand je me rapprochai. Mes mâchoires se serrèrent à cette vue.
Pouvais-je être plus monstrueux ? J'imaginai sa terreur si elle ouvrait
les yeux à ce moment...
Je commençai à reculer, mais elle recommença à marmonner, ce qui me
retint.
- Mmm... Mmm.
Rien d'intelligible. Eh bien, j'attendrais un peu.
Je lui pris le livre, tendant précautionneusement le bras et retenant
mon souffle tant que j'étais près d'elle. Au cas où. Je recommençai à
respirer une fois éloigné de quelques mètres, goûtant comment les rayons
lumineux et le plein air affectaient son odeur. La chaleur semblait
l'adoucir encore. Ma gorge s'enflamma de désir, d'un feu plus fort, ravivé
par ma longue absence. J'avais été trop longtemps loin d'elle.
Je passai un moment à la juguler, puis – en me forçant à respirer par
le nez – j'ouvris le livre. Elle avait commencé avec le premier roman... Je
feuilletai rapidement les pages jusqu'à arriver au chapitre trois de
Raison et Sentiments, à la recherche de quelque chose de potentiellement
offensant dans la prose polie de Jane Austen.
Quand mes yeux s'arrêtèrent automatiquement sur mon nom – le
personnage d'Edward Ferrars était présenté pour la première fois – Bella
se remit à parler.
- Mmm. Edward.
Cette fois-ci, je ne craignis pas qu'elle se soit réveillée. Sa voix
n'était qu'un murmure bas et mélancolique. Pas le hurlement de peur
qu'elle aurait eu si elle m'avait aperçu.
Ma joie se heurtait à un profond mépris de moi-même. Au moins, elle
rêvait toujours de moi.
- Edmund. Ahh. Trop... proche...
Edmund ?
Ah ! Elle ne rêvait pas du tout de moi, réalisai-je sombrement. Le
mépris pour moi-même revint en force. Elle rêvait de personnages de
fiction. Autant pour ma vanité.
Je replaçai le livre près d'elle, et retournai sous le couvert des
arbres, dans les ténèbres auxquelles j'appartenais.
L'après-midi passa et je la contemplais, à nouveau impuissant, tandis
que le soleil se couchait lentement et que les ombres s'étiraient,
glissant vers elle sur la pelouse. Je voulais les repousser, mais
l'obscurité était inévitable ; les ombres l'atteignirent. Une fois la
lumière partie, sa peau devint trop pâle, fantomatique. Ses cheveux
étaient à nouveau sombres, presque noirs contre son visage.
C'était effrayant à regarder – comme si je voyais la vision d'Alice
se réaliser sous mes yeux. Son rythme cardiaque fort et régulier était la
seule chose rassurante, le son qui empêchait cet instant d'avoir trop
l'air d'un cauchemar.
Je fus soulagé quand son père rentra.
J'entendis assez peu de lui tandis qu'il remontait la petite rue vers
la maison. Une vague contrariété... dans le passé, quelque chose qui avait
se dérouler au travail. Une attente associée à la faim – je devinai qu'il
avait hâte de passer à table. Mais ses pensées étaient si étouffées et
contenues que je ne pouvais pas en être sûr ; je n'en comprenais que
l'essentiel.
Je me demandai à quoi les pensées de sa mère ressemblaient – quelle
combinaison génétique avait pu produire cette fille unique.
Bella commençait à se réveiller, et s'assit brusquement quand les
pneus de la voiture de son père crissèrent sur l'allée de briques. Elle
regarda autour d'elle, semblant désorientée par les ténèbres inattendues.
Pendant un bref moment, elle effleura du regard les ombres dans lesquelles
je me cachais, mais elle détourna rapidement les yeux.
- Charlie ? demanda-t-elle d'une voix basse, scrutant toujours les
arbres qui entouraient le jardin.
La portière se referma en claquant, et elle regarda dans la direction
du son. Elle se leva rapidement et ressembla ses affaires, jetant un autre
coup d'½il en arrière vers les bois.
Je changeai de place, m'abritant derrière un arbre proche de la
fenêtre de derrière la petite cuisine, et écoutai leur soirée. Il était
intéressant de comparer les paroles de Charlie à ses pensées assourdies.
Son amour et sa préoccupation pour sa fille étaient presque écrasants, et
pourtant ses paroles étaient toujours concises et ordinaires. La plupart
du temps, ils restaient dans un silence de bonne compagnie.
Je l'entendis discuter de ses projets pour la soirée suivante à Port
Angeles, et j'affinai mes propres plans en l'écoutant. Jasper n'avait pas
dit à Peter et Charlotte de rester à l'écart de Port Angeles. Même si je
savais qu'ils s'étaient nourris récemment et qu'ils n'avaient pas
l'intention de chasser dans notre voisinage, je la surveillerais, des fois
que... Après tout, il y en avait toujours d'autres de ma race au-dehors.
Sans compter tous ces dangers humains auxquels je n'avais jamais pensé
auparavant.
Je l'entendis s'inquiéter à voix haute à l'idée de laisser son père
dîner tout seul, et souris à cette preuve de ma théorie – oui, elle était
vraiment quelqu'un d'attentionné, aux petits soins pour ceux qu'elle
aimait.
Je partis juste après, sachant que je serais bientôt de retour, quand
elle dormirait.
Je n'attenterais pas à sa vie privée à la manière d'un voyeur.
J'étais là pour sa protection, pas pour la lorgner comme Mike Newton le
ferait sans aucun doute s'il était assez agile pour grimper à la cime des
arbres, comme moi. Je ne la traiterais pas si grossièrement.
Ma maison était vide quand j'y retournai, ce qui n'était pas plus mal
pour moi. Je captais toujours leurs pensées désobligeantes et perplexes
concernant ma santé mentale. Emmett avait laissé une note sur la boîte aux
lettres.
Football au champ Rainier. Allez ! S'te plaît ?
Je trouvai un stylo et griffonnai le mot désolé sous son plaidoyer.
Les équipes étaient égales sans moi, de toute façon.
Je fis la chasse la plus courte possible, me contentant de petits
herbivores pas aussi savoureux que les prédateurs, puis me changeai avant
de retourner à Forks.
Bella ne dormait pas aussi bien cette nuit. Elle se débattait dans ses
couvertures, le visage parfois inquiet, parfois triste. Je me demandai
quel cauchemar la hantait... puis réalisai que je ne voulais peut-être pas
savoir.
Quand elle parla, elle chuchota principalement des choses
désobligeantes sur Forks d'une voix sombre. Une seule fois, quand elle
soupira "Reviens" en ouvrant les mains – une supplication muette – pus-je
espérer qu'elle rêvait de moi.
Le lendemain au lycée, le dernier jour pendant lequel le soleil me
retiendrait prisonnier, ressembla beaucoup à la veille. Bella avait l'air
encore plus morose qu'avant, et je me demandais si elle allait annuler ses
projets – elle ne semblait pas d'humeur. Mais, étant Bella, elle jugerait
probablement le plaisir de ses amies plus important que le sien.
Elle portait un corsage bleu marine, et cette couleur seyait
parfaitement à son teint, faisant ressembler sa peau à de la crème
fraîche.
La journée de cours se termina, et Jessica accepta de passer prendre
les autres filles. Angela les accompagnait, ce de quoi je lui étais
reconnaissant.
Je rentrai à la maison pour prendre ma voiture. Quand je vis que
Peter et Charlotte étaient là, je décidai que je pouvais me permettre
d'accorder aux filles une bonne heure d'avance. Je n'aurais jamais été
capable de supporter de conduire derrière, en respectant la limite de
vitesse – horrible pensée.
Je rentrai par la cuisine, accordant un vague signe de tête aux
saluts d'Emmett et Esmée tandis que je passais entre tout le monde dans le
salon, et me dirigeai droit vers le piano.
Ugh, il est rentré. Rosalie, évidemment.
Ah, Edward. Je déteste le voir souffrir ainsi. La joie d'Esmée était
gâchée par le souci qu'elle se faisait. Elle avait bien raison de s'en
faire, d'ailleurs. L'histoire d'amour qu'elle avait imaginée tournait à la
tragédie, plus visible à chaque instant.
Amuse-toi bien à Port Angeles ce soir, pensa gaiement Alice. Dis-moi
quand je pourrai parler à Bella.
Tu es pathétique. J'arrive pas à croire que tu aies manqué la partie
hier soir juste pour regarder quelqu'un dormir, maugréa Emmett.
Jasper ne m'accorda aucun intérêt, même si l'air que je m'étais mis à
jouer devenait un peu plus orageux que je n'en avais eu l'intention.
C'était une vieille chanson, avec un thème familier : l'impatience.
Jasper saluait ses amis, qui me regardèrent avec curiosité.
Quelle créature étrange, pensait Charlotte aux cheveux blonds presque
blancs, aussi grande qu'Alice. Il était si normal la dernière fois que je
l'ai vu.
Les pensées de Peter étaient en phase avec les sienne, comme d'habitude.
Ce doit être les animaux. Le manque de sang humain doit les rendre
fous, concluait-il. Ses cheveux étaient aussi clairs que les siens,
presque aussi longs. Ils étaient très similaires – sauf en ce qui
concernait la taille, Peter était aussi grand que Jasper – tant dans leurs
pensées que dans leur apparence. Un couple bien assorti, avais-je toujours
pensé.
Tout le monde sauf Esmée arrêta de penser à moi après un moment, et
je jouai dans des tons plus feutrés qui ne les dérangeraient pas trop.
Je ne leur prêtai pas attention pendant un long moment, me contentant
de laisser la musique me distraire de mon malaise. Il était difficile de
sortir cette fille de ma tête. Je ne tournai la tête vers eux que quand
les adieux semblèrent toucher à leur fin.
- Si vous revoyez Maria, leur dit Jasper avec méfiance, dites-lui que
j'espère qu'elle se porte bien.
Maria était le vampire qui avait créé Peter et Jasper – Jasper dans la
deuxième moitié du dix-neuvième siècle, Peter plus récemment, dans les
années quarante. Elle était passée voir Jasper une fois, quand nous étions
à Calgary. Cela avait été une visite riche en évènements – nous avions dû
partir immédiatement. Jasper lui avait poliment demandé de garder ses
distances à l'avenir.
- Je ne pense pas que ça arrivera bientôt, dit Peter en riant.
Maria était indéniablement dangereuse et il n'y avait plus beaucoup
d'affection entre elle et Peter. Il n'avait après tout été qu'un
instrument de la défection de Jasper. Jasper avait toujours été le préféré
de Maria ; elle considérait comme un détail mineur le fait qu'elle avait
un jour projeté de le tuer.
- Mais si ça arrive, je le ferai, lui assura-t-il.
Ils se serrèrent la main, se préparant à partir. Je laissai la
chanson que je jouais se dissiper en une fin insatisfaisante, et me levai
rapidement.
- Charlotte, Peter, leur dis-je avec un signe de tête.
- J'ai été heureuse de te revoir, répondit Charlotte d'un ton
incertain.
Peter se contenta de me retourner mon signe de tête.
Aliéné, me jeta Emmett.
Idiot, pensa Rosalie en même temps.
Le pauvre. Esmée.
Et Alice, d'un ton réprobateur. Ils vont droit à l'est, vers Seattle.
Absolument pas près de Port Angeles. Elle me montra la preuve dans ses
visions.
Je fis semblant de ne pas l'avoir entendue. Mes excuses étaient déjà
assez piètres comme cela.
Une fois dans ma voiture, je me sentis plus détendu ; le ronronnement
puissant du moteur que Rosalie avait amélioré – l'année précédente, quand
elle était de meilleure humeur – était apaisant. C'était un soulagement de
bouger, de savoir que je me rapprochais de Bella à chaque kilomètre qui
s'envolait sous mes roues.
Désolé s' il y a des fautes d' orthographe.Poster un commentaire5
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9ème Chapitre de Midnight Sun (Soleil de Minuit) Mardi 13 Janvier 2009 à
19:01Publié par Beyond Twilight dans Midnight Sun en Français !!!
Chapitre 9: Port Angeles
Il y avait trop de lumière pour que je puisse conduire à travers la
ville en direction de Port Angeles. Le soleil était encore trop haut, au
dessus de ma tête, et, malgré mes vitres teintées, il n'y avait aucune
raison de prendre des risques inutiles. Plus de risques inutiles
devrais-je dire.
J'étais certain de pouvoir trouver les pensées de Jessica à distance
-- les pensées de Jessica étaient plus bruyantes que celles d'Angela, une
fois que j'entendrais la première, je pourrais trouver la seconde. Puis
une fois que la nuit tomberait, je pourrais me rapprocher d'elles. Pour
l'instant je m'écartais de la route à l'entrée de la ville, pour m'arrêter
sur un parking qui semblait peu fréquenté.
Je savais déjà vers où chercher -- il n'y avait qu'une seule boutique
de robes à Port Angeles. Cela ne me prit pas longtemps avant de trouver
Jessica, tournant devant trois miroirs, et je pouvais voir Bella dans sa
vision périphérique, étudiant la longue robe noire qu'elle portait.
Bella a encore l'air énervé. Haha. Angela avait raison-- Tyler en a
trop fait. Mais, je ne peux pas croire qu'elle soit à ce point
bouleversée. Au moins, elle sait qu'elle a une personne de rechange pour
le bal de fin d'année. Et si Mike ne s'amusait pas au bal, et ne voulait
plus sortir avec moi? Et s'il demandait à Bella de l'accompagner au bal de
fin d'année? Aurait-elle demandé à Mike de l'accompagner au bal s'il
n'avait pas parlé de notre rendez-vous? Est-ce qu'il pense qu'elle est
plus jolie que moi? Est-ce qu'elle pense qu'elle est plus jolie que moi?
“Je pense que je préfère la bleu. Ca fait vraiment ressortir tes
yeux.”
Jessica sourit à Bella, en se forçant un peu, le regard suspicieux.
Est-ce vraiment ce qu'elle pense? Ou veut-elle que je ressemble à une
grosse vache samedi?
J'en avais déjà marre d'écouter les pensée de Jessica. Je cherchais
Angela, tout prés - ah, mais elle était en train de changer de robe, je
m'éclipsais rapidement de son esprit pour lui rendre son intimité.
Bien, il n'y avait pas beaucoup de problèmes que Bella pourrait
rencontrer dans ce magasin. Je les laisserais faire leur shopping, et
retourneraient vers elle quand elles auraient finis. Il ne restait plus
très longtemps avant qu'il ne fasse sombre - les nuages commençaient à
revenir glissant depuis l'ouest. Je pouvais seulement les entr'apercevoir
à travers les arbres épais, mais je savais qu'il accélérerait la tombée de
la nuit. Je les accueillais, désirant plus que jamais leur ombre qui
s'abattait. Demain, je pourrais de nouveau m'asseoir à côté de Bella au
lycée, une nouvelle fois monopoliser son attention au déjeuner.
Donc, elle était furieuse après les présomptions de Tyler. J'avais vu
ça dans sa tête - qu'il pensait vraiment aller au bal de fin d'année avec
elle, c'était une évidence pour lui. Je me remémorais l'expression de
Bella de cet après-midi là - le refus outré - et je ris. Je me demandais
ce qu'elle pourrait bien lui dire là dessus. Je ne voulais surtout pas
rater sa réaction.
Le temps passa lentement tandis que j'attendais que les ombres
s'allongent. Je vérifiais de temps en temps les pensées de Jessica; sa
voix mentale était la plus facile à trouver, mais je n'aimais pas m'y
attarder trop longtemps. Je vis l'endroit ou elles comptaient manger. Il
ferait sombre au moment du dîner,... peut-être que je pourrais choisir le
même restaurant par pure coïncidence. . Je touchais le téléphone dans ma
poche, pensant inviter Alice à dîner... Elle serait emballée par l'idée,
mais elle voudrait aussi parler à Bella. Je n'étais pas sur d'être prêt
pour que Bella soit plus impliqué dans mon monde. Un seul vampire
n'était-il pas déjà assez problématique.
Je vérifiais les pensées de Jessica une nouvelle fois, comme une
routine. Elle pensait à ses bijoux, et demandait l'opinion d'Angela.
“Peut-être que je devrais rapporter le collier. J'en ai déjà à la
maison qui serait parfait, j'ai dépensé plus d'argent que j'aurais du...”
Maman va paniquer. A quoi je pensais?
“Ca ne m'ennuies pas de retourner au magasin. Mais penses-tu que Bella
nous cherchera?”
Quoi? C'était quoi ca? Bella n'était pas avec elles? Je regardais à
travers les yeux de Jessica pour passer rapidement à ceux d'Angela. Elles
étaient sur le trottoir en face d'une rangée de boutiques, en train de
faire demi-tour. Bella n'était nulle part.
Oh, mais qui se fiche de Bella? pensa Jess impatiemment, avant de
répondre à Angela “Ca va aller. On aura bien assez de temps pour aller au
restaurant, même si on fait demi-tour. De toutes façon, je pense qu'elle
voulait être seule”. J'eus un bref aperçus de la librairie à laquelle
Jessica pensait que Bella s'était rendu.
“Alors dépêchons nous”, dit Angela. J'espère que Bella ne pensera pas
qu'on s'est débarrassé d'elle. Elle a été tellement gentille avec moi dans
la voiture... C'est vraiment une gentille fille. Mais elle m'a semblé mal
toute la journée. Je me demande si c'est à cause d'Edward Cullen? Je parie
que c'est pour ca qu'elle se posait des questions sur sa famille...
J'aurais du être plus attentif. Qu'avais-je manqué? Bella déambulait
toute seule, et elle avait posé des questions sur moi auparavant? Angela
se concentrait sur Jessica maintenant -- cette dernière parlait de Mike
Newton à présent -- je n'en tirerais rien de plus.
Je jaugeais les nuages. Le soleil se retrouverait bientôt derrières
eux. Si je reste sur le côté gauche de la route, là ou les immeubles
bloquaient la lumière...
Je commençais à me sentir anxieux tandis que je conduisais à travers le
trafic dense du centre ville. C'était quelque chose que je n'avais pas
envisagé -- Bella partant de son côté -- et je ne savais vraiment pas
comment la retrouver. J'aurais du y penser.
Je connaissais bien Port Angeles. Je conduisis directement à la
libraire à laquelle Jessica pensait, espérant que ma recherche serait de
courte durée, doutant que ce serait facile. Quand Bella rendrait-elle les
choses faciles?
Bien sur, la petit boutique était vide, excepté pour une femme vêtu de
façon anachronique, derrière le comptoir. Cela ne ressemblait pas du tout
à un endroit auquel Bella pourrait s'intéresser -- trop new âge pour une
personne rationnel. Je me demandais si elle était vraiment entrée à
l'intérieur.
Il y avait une place à l'ombre où je pourrais me garer...l'ombre
continuait jusque sous l'auvent du magasin. Vraiment, je ne devrais pas.
Me balader en pleine journée était risqué. Et si une voiture réfléchissait
la lumière du soleil vers l'ombre au mauvais moment?
Mais je ne savais pas comment chercher Bella autrement!
Je me garais et sortais, restant du côté le plus sombre. J'entrais
rapidement dans me magasin, je ne sentais pas l'odeur de Bella. Elle était
venue ici, sur le trottoir, mais il n'y avait pas la moindre trace de son
arôme dans le magasin.
“Bienvenu! Puis-je vous aider?” Commença le vendeur, mas j'étais déjà
sorti.
Je suivis l'odeur de Bella aussi loin que l'ombre me le permis,
stoppant à la limite du soleil.
Comme je me sentais impuissant -- coincé par la ligne départageant
l'ombre de la lumière qui se trouvait juste devant moi sur le trottoir.
Tellement limité.
Je pouvais seulement imaginer qu'elle avait continué à travers la rue,
vers le sud. Il n'y avait pas grand chose dans cette direction. Etait-elle
perdue? Eh bien, cette possibilité lui ressemblait bien.
Je retournais dans ma voiture, conduisant doucement à travers les
rues, la cherchant Je sortais de la voiture sous quelques endroits
ombragés, mais je pouvais seulement sentir son odeur une fois de plus et
la direction me désarçonnait. Où essayait-elle d'aller?
Je fis plusieurs allés retours entre le magasine et le restaurant,
espérant la voir sur la route. Jessica et Angela étaient déjà là, essayant
de décider si elles devaient commander, ou attendre Bella. Jessica voulait
commander tout de suite.
Je commençais à scanner les esprits d'étrangers, cherchant à travers
leurs yeux. Quelqu'un l'avait certainement remarqué.
J'étais de plus en plus anxieux au fur et à mesure qu'elle restait
introuvable. Je n'avais jamais pensé à la difficulté qu'il serait de la
trouver une fois, comme maintenant, qu'elle se trouverait hors de ma vue.
Je n'aimais pas ça.
Les nuages s'amassaient à l'horizon, et dans quelques minutes, je
pourrais suivre sa trace à pied. Alors, ça ne me prendrais pas trop
longtemps. Seul le soleil me rendait inutile à ce moment précis. Juste
quelques minutes supplémentaires, puis l'avantage serait de nouveau de mon
côté, et le monde humain serait impuissant.
Un autre esprit, puis un autre. Tant d'esprits triviaux.
...je pense que le bébé a encore une infection aux oreilles...
... Est ce que c'était 640 ou 604...?
...Encore en retard. Je dois vraiment lui dire...
La voilà! Haha!
Voilà, finalement, son visage. Finalement, quelqu'un l'avait remarqué!
Le soulagement ne dura qu'une fraction de seconde, puis, je lus
complètement les pensées de l'homme qui exultait devant son visage dans
l'ombre.
Son esprit m'était étranger, et pourtant pas complètement inconnu non
plus. J'avais un jour traqué des esprits similaires.
“Non”! Criais-je et des grognements sortirent de ma gorge. Mon pied
enfonça l'accélérateur, mais où devais-je aller?
Je connaissais la direction général de ses pensées, mais je ne savais
pas où il se trouvait exactement. Quelque chose, il devait y avoir quelque
chose -- un panneau de rue, une devanture de magasin, quelque chose dans
sa vision qui me donnerait sa position. Mais Bella s'enfonçait dans le
noir, et les yeux de l'homme se focalisaient sur son expression apeurée-
se délectant de sa peur.
Dans son esprit, le visage de Bella se confondait avec d'autres. Elle
n'était pas sa première victime.
Mes grognements résonnèrent dans l'habitacle de la voiture, mais je
n'y prêtais pas attention.
Il n'y avait pas de fenêtre dans le mur derrière elle. Un endroit
industriel, loin des quartiers commerciaux. Ma voiture dérapa à une
intersection, évitant un autre véhicule, en me dirigeant vers, je
l'espérai, la bonne direction. Au moment où l'autre conducteur klaxonna,
j'étais déjà loin du bruit.
Regarde-la trembler! Gloussa l'homme. La peur était son moment
favoris.
“Ne me touchez pas” La voix de Bella était claire et ferme, pas un
cri.
“Ne sois pas comme ça, ma chérie”
Il la regarda tressaillir alors qu'un rire retentit d'une autre
direction. Ce bruit l'irritait -- Tais-toi Jeff! pensa-t-il - tout en se
délectant du recul de Bella. Ça l'excitait. Il commença à imaginer ses
supplications, la façon dont elle implorerait.
Je n'avais pas réalisé qu'il y avait d'autres personnes avec lui
jusqu'à ce que j'entende des rires bruyants. Je scannai ses pensées,
tentant d'y dénicher quelque chose qui pourrait m'être utile. Il commença
à s'approcher d'elle, étirant ses mains.
Les esprits autour de lui n'étaient pas aussi fous que le premier. Ils
étaient tous plus ou moins intoxiqués, mais aucun d'entre eux ne réalisait
jusqu'où l'homme appelé Lonnie avait prévu d'aller ce soir. Ils le
suivaient aveuglement. Ils leurs avaient promis de s'amuser.
L'un d'entre eux fixa la rue nerveusement - il ne voulait pas se faire
attraper, en train de harceler une fille - il me donna exactement ce que
je voulais. Je reconnus la rue qu'il fixait.
Je grillai un feu rouge, glissant à travers un espace juste assez
grand entre deux voitures roulant dans le trafic. Les klaxonnes
résonnèrent derrière moi.
Mon téléphone vibra dans ma poche. Je l'ignorais.
Lonnie se rapprocha lentement de la fille, allongeant le suspens - le
moment de terreur qui l'excitait. Il attendit son cri, se préparant à le
savourer.
Mais Bella serra ses mâchoires et se contracta. Il fut surprit- il
s'attendait à ce qu'elle court. Surprit, et légèrement déçut. Il aimait
traquer sa proie, l'adrénaline de la chasse.
Courageuse, celle ci. Peut-être même meilleure, j'imagine...elle à
plus de lutte en elle.
J'étais à un pâté de maison. Le monstre pouvait entendre rugir mon
moteur maintenant, mais il n'y prêtait pas attention, trop concentré sur
sa victime.
On allait voir combien il aimerait la traque une fois qu'il en serait
la proie. On verrait ce qu'il penserait de mon style de chasse.
Dans un autre compartiment de mon esprit, je sélectionnais déjà les
différentes techniques de tortures que j'avais utilisées auparavant,
recherchant la plus douloureuse. Il souffrirait pour ca. Il allait
agoniser. Les autres allaient simplement mourir pour avoir pris part, mais
le monstre dénommé Lonnie implorerait la mort bien avant que je ne lui
fasse ce cadeau.
Il était sur la route, se rapprochant d'elle.
Je tournai à l'angle de la rue, mes phares éclairaient la scène,
immobilisant tous les autres. J'aurais pu écraser le chef, qui les avait
amenés ici, mais ca aurait été une mort bien trop facile.
Je laissai la voiture tourner complètement, me retrouvant face à
l'endroit d'ou je venais, ainsi la porte passager se trouvait prés de
Bella. Je l'ouvris, elle se dirigeait déjà vers la voiture en courant.
“Monte” criai-je
C'est quoi ca?
Je savais que c'était une mauvaise idée! Elle n'est pas toute seule.
Est ce que je dois courir?
Je crois que je vais vomir...
Bella se jeta à travers la porte sans hésitation, la refermant
aussitôt.
Puis elle me regarda avec l'expression la plus confiante que je
n'avais jamais vue sur aucun visage humain, et tous mes plans violents
s'effondrèrent.
Cela me prit bien moins d'une seconde pour constater que je ne pouvais
pas la laisser dans la voiture pour m'occuper des quatre hommes. Que lui
dirai-je, de ne pas regarder? Ha! Quand faisait-elle ce qu'on lui demande?
Quand faisait-elle quelque chose de non risqué?
Est-ce que je les emmènerais hors de sa vue, la laissant seule ici ?
Il y avait peu de chances qu'un autre homme dangereux chasse ce soir, mais
il y avait déjà eu peu de chance la première fois. Comme un aimant, elle
attirait toutes les choses dangereuses à elle. Je devais la garder en
vue.
Ca devait, pour elle, faire partie du même mouvement, alors que
j'accélérais, l'éloignant de ses poursuivants, tellement vite qu'ils
regardaient ma voiture ahuris. Elle ne verrait pas mon instant
d'hésitation. Elle penserait que je voulais m'échapper depuis le début.
Je ne pouvais même pas le frapper avec ma voiture. Cela effraierait
Bella.
Je voulais la mort de cet homme tellement sauvagement que ce désir
boucha mes oreilles, brouilla ma vision, et laissa un goût amer sur ma
langue. Mes muscles se tendirent sous l'urgence, l'envie, la nécessité. Je
devais le tuer. Je le découperais, doucement, bout par bout, de la peau
aux muscles, des muscles aux os...
Sauf que la fille - la seule fille au monde - se tenait au siège des
deux mains, me fixant, les yeux grands ouverts, et absolument confiants.
La vengeance devrait attendre.
“Mets ta ceinture” ordonnais-je. Ma voix fut dure sous l'effet de la
haine et de l'envie de tuer. Pas une envie normale. Je ne voulais pas me
souiller en ingurgitant la moindre goutte de sang de cet homme.
Elle attacha sa ceinture, sursautant en la clipant. Ce tout petit son
la fit sursauter, et pourtant elle ne cilla pas alors que je me ruai à
travers la ville, ignorant tous les feux. Je pouvais sentir ses yeux sur
moi. Elle semblait bizarrement sereine. Cela n'avait pas de sens -- pas
après ce qu'elle venait de vivre.
“Est-ce que ça va?” demanda-t-elle, la voix pleine de stress et de
peur.
Elle voulait savoir si moi, j'allais bien?
Je pensai à sa question pendant une fraction de seconde. Pas assez
longtemps pour qu'elle remarque mon hésitation. Est ce que j'allais bien?
“Non”, je réalisai que mon ton était plein de rage.
Je l'emmenai vers le même parking désert où j'avais passé
l'après-midi, dans le pire poste de surveillance du monde. Il y faisait
noir maintenant, sous les arbres.
J'étais tellement furieux que mon corps se raidit, complètement figé.
Mes mains glaciales voulant écraser son assaillant, le réduire en si
petites pièces que son corps ne seraient jamais identifié...
Mais cela impliquait de la laisser seule, sans protection, dans le
noir.
“Bella?” Demandais-je les dents serrées.
“Oui?” répondit-elle la gorge enrouée. Elle éclaircit sa voix.
“Es- ce que tu vas bien?” C'était vraiment la chose la plus
importante, la première priorité. La vengeance était secondaire. Je le
savais, mais mon corps était empli de rage, m'empêchant de le penser.
“Oui”. Sa voix était toujours basse - la peur sans doute.
Donc, je ne pouvais pas la laisser.
Même si elle courait un danger constant pour une raison trés énervante
-- l'univers me jouait une blague - même si je pouvais être sur qu'elle
serait en parfaite sécurité durant mon absence, je ne pouvais pas la
laisser toute seule dans le noir.
Elle devait être tellement apeurée.
Pourtant je ne pouvais pas la réconforter -- même si j'avais su
comment faire, et ce n'était pas le cas. Elle pourrait certainement sentir
la brutalité qui m'irradiait, c'était évident. Je l'effraierais encore
plus si je ne pouvais calmer le désir de dévastation qui bouillait en moi.
Je de vais penser à quelque chose d'autre.
“Distrais moi s'il te plait”, la priais-je
“Pardon?”
J'avais juste assez de contrôle sur moi même pour lui expliquer ce que
je voulais.
“Parle moi, dis moi n'importe quoi, même des bêtises, jusqu'à ce que
je me calme.” Je lui indiquais cela, la mâchoire fermé. Le seul fait
qu'elle avait besoin de moi me retenait dans cette voiture. Je pouvais
entendre les pensées de l'homme, sa déception, et sa rage... Je savais où
le trouver... je fermai mes yeux, espérant ne plus le revoir...
“Um...” elle hésitait - essayant de comprendre ma requête j'imagine.
“Je vais écraser Tyler Crowley demain avant les cours?” Elle dit cela
comme s'il s'agissait d'une question.
Oui- c'est ce dont j'avais besoin. Bien sur Bella allait dire quelque
chose d'imprévu. Comme auparavant, la menace de violence venant de sa
bouche était hilarant- tellement comique cela résonnait en moi. Si je
n'étais pas en train de me consumer d'envie de meurtre, j'aurais ris.
“Pourquoi?” Aboyais-je, pour la forcer à parler encore.
“Il dit à tout le monde qu'il m'emmène au bal de fin d'année”,
dit-elle de sa voix outragée, comme un chaton se prenant pour un lion.
“Soit il est fou, soit il veut toujours se faire pardonner pour avoir
faillit me tuer la dernière... eh bien, tu te souviens,” plaça-t-elle
sèchement, “et il pense que le bal de fin d'année est un bon moyen d'y
arriver. Donc je pensais que si je mettais sa vie en danger, nous serions
quittes et il n'essaiera plus de se faire pardonner. Je n'ai pas besoin
d'ennemis et peut-être que Lauren me laisserait tranquille. Je vais tout
de même devoir emboutir sa Sentra,” elle continua, pensive à présent.
“S'il n'a plus de voiture, il ne pourra pas m'emmener au bal...”
Il était encourageant de voir qu'elle se trompait parfois. La
persistance de Tyler n'avait rien à voir avec l'accident. Elle ne semblait
pas comprendre l'attirance qu'elle exerçait sur les garçons humains du
lycée. Ne voyait-elle pas à quel point elle m'attirait moi non plus?
Ah, ça marchait. La fluidité de son raisonnement était toujours
captivante. Je commençais à reprendre le contrôle, voir au delà de la
vengeance et la torture.
“J'en ai entendu parler” lui dis-je. Elle s'arrêta de parler, et
j'avais besoin qu'elle continue.
“Vraiment?” demanda-t-elle incrédule. Sa voix se fit plus énervée. “Si
il est paralysé, il ne peux pas aller au bal non plus.”
J'espérais trouver un moyen de lui demander de continuer à proférer
des menaces de morts sans passer pour un fou. Elle ne pouvait pas avoir
choisit un meilleur moyen pour me calmer. Et ses mots - de simples
sarcasmes dans son cas, des hyperboles - étaient quelque chose dont
j'avais vraiment besoin en ce moment.
Je soufflais et rouvrait les yeux.
“C'est mieux? “ Demanda-t-'elle timidement.
“Pas vraiment”.
Maintenant, j'étais plus calme, mais pas mieux. Parce que je venais
juste de réaliser que je ne pourrais pas tuer l'homme nommé Lonnie, et
pourtant c'est ce que je voulais, plus que tout au monde. Pratiquement
tout.
La seule chose que je voulais plus que de commettre un meurtre
extrêmement justifié à présent, était la fille. Et même si je ne pouvais
pas l'avoir, juste la pensée de l'avoir rendait impossible ma petite
partie de chasse de ce soir - peu importe combien elle aurait été
justifiée.
Bella méritait mieux qu'un tueur.
J'avais passé sept décennies a essayé d'être quelque chose d'autre que
- quoi que ce soit d'autre qu'un tueur. Malgré toutes ces années
d'efforts, je ne mériterais jamais cette fille assise à côté de moi. Et
pourtant je sentais que si je retournerais à cette vie - celle d'un tueur
- ne serait-ce que pour une nuit, je ne serais jamais digne d'elle. Même
si je ne buvais pas leur sang - même si la preuve ne rendait pas mes yeux
rouges - ne sentirait-elle pas la différence?
J'essayais d'être quelqu'un de bien pour elle. C'était impossible.
J'essaierais tout de même.
“Qu'est-ce qui ne va pas?” murmura-t-elle.
Son haleine emplit mon nez, me rappelant pourquoi je ne la méritais
pas. Après tout cela, malgré tout mon amour pour elle...elle faisait quand
même couler mon venin.
Je serais aussi honnête que possible avec elle. Je le lui devais.
“Parfois, j'ai du mal à contrôler mes humeurs Bella.” Je plongeais mon
regard dans la nuit noir, espérant qu'elle comprendrait l'horreur de mes
propos et ou pas. Elle ne le comprendrait surement pas. Cours Bella,
cours. Reste Bella, reste. “ Surtout qu'il ne servirait à rien que je
retourne là bas pour régler leurs comptes à ces..." Le seul fait d'y
penser faillit m'arracher de la voiture. Je pris une profonde inspiration,
laissant son odeur s'engouffrer dans ma gorge. “Enfin, j'essaie de m'en
convaincre”.
“Oh”
Elle ne dit rien d'autre. Quelle conclusion avait-elle tiré de mes
propos? Je lui jetai un regard furtif, mais son expression était
illisible. Peut-être sous le choc. Au moins elle ne criait pas. Pas
encore.
Le silence s'installa un moment. Je luttai contre moi même, essayant
d'être ce que je ne pouvais pas être.
“Jessica et Angela sont s'inquiéter,” dit-elle doucement. Sa voix
était calme, je ne savais pas que ce serait possible. Etait-elle sous le
choc? Peut-être qu'elle n'avait pas encore intégrés les événements de ce
soir. “Je devais les retrouver.”
Voulait-elle s'éloigner de moi. Ou s'inquiétait-elle seulement pour
ses amies?
Je ne lui répondis pas, mais démarrai la voiture pour la ramener. Plus
je me rapprochais du centre ville, plus il était difficile de résister à
la tentation. J'étais trop proche de lui...
Si c'était impossible -- si je ne pouvais jamais avoir, ou mériter la
fille -- alors pourquoi laisser filer cet homme sans le punir ? Je ne
pouvais pas aller si loin...
Non. Je ne lâcherai pas. Pas encore. Je voulais trop qu'elle se laisse
aller.
Nous étions au restaurant où elle devait retrouver ses amies avant
même que je réussisse à m'éclaircir les idées. Jessica et Angela
finissaient de manger, et toutes les deux s'inquiétaient réellement pour
Bella. Elles s'apprêtaient à sortir pour la chercher, du côté de la rue
sombre.
Ce n'était pas une bonne nuit pour leur petite balade.
“Comment savais-tu où...?” La question interrompue de Bella me coupa,
et je m'aperçus que j'avais encore fais une gaffe. J'avais été trop
distrait pour lui demander où elle était supposé rencontrer ses amies.
Mais au lieu de conduire un interrogatoire en insistant sur ce point,
Bella hocha simplement la tête en souriant à moitié.
Qu'est ce que ça voulait dire?
Eh bien je n'avais pas le temps de m'interroger sur son acceptation
bizarre de mon intuition encore plus bizarre. J'ouvrai la porte.
“Que fais-tu?” demanda-t-elle, alarmée.
Je te garde bien en vue. Je ne veux pas que tu sois seule ce soir.
Dans cet ordre. “Je t'emmène dîner”
Eh bien, ça allait être intéressant. Ca ne semblait plus être la même
nuit que celle imaginée où j'emmenai Alice avec moi, prétextant me
retrouver dans le même restaurant que Bella et ses amies par hasard. Et
maintenant, j'avais pratiquement rendez-vous avec elle. Mais ça ne
comptait pas, parce que je ne lui laissais aucune chance de dire non.
Elle avait déjà sa portière à moitié ouverte -- ca n'avait jamais été
aussi frustrant d'avoir à marcher à une vitesse normale. -- au lieu
d'attendre que je l'ouvre pour elle. Etait-ce parce que 'elle n'avait pas
l'habitude d'être traité comme une femme, ou parce qu'elle pensait que je
n'étais pas un gentleman?
J'attendis qu'elle me rejoigne, de plus en plus anxieux alors que les
filles continuaient vers les ruelles sombres.
“Va arrêter Jessica et Angela avant que je ne doive les sauvé elles
aussi” ordonnais-je rapidement. “Je ne pense pas pourvoir me contenir si
nous rencontrons tes amis une nouvelle fois”. Non, je ne serais pas assez
fort pour ça.
Elle trembla légèrement puis se ressaisit. Elle fit un pas dans leur
direction puis cria “Jess! Angela”. Elle leur fit un grand signe
lorsqu'elles se tournèrent, essayant de capter leur attention.
Bella! Oh, elle va bien! pensa Angela, soulagée.
Légèrement en retard non? protesta Jessica, mais elle aussi sembla
heureuse que Bella ne fut pas perdue ou blessée. Je l'appréciais déjà
plus.
Elles se dépêchèrent de rejoindre Bella, puis s'arrêtèrent net,
presque choquée en me voyant à ses côtés.
Uh-uh! pensa Jessica, étonnée. Pas possible!
Edward Cullen? Est-ce qu'elle est partie de son côté pour le
retrouver? Mais pourquoi aurait-elle posé des questions sur le fait qu'il
soit parti si elle savait qu'il était là... J'eus un bref flash de
l'expression mortifiée de Bella lorsqu'Angela lui apprit que ma famille
était souvent absente du lycée. Non, elle ne pouvait pas savoir,
Les pensées de Jessica passaient de la surprise à la suspicion. Bella
m'a caché ça.
“Où étais-tu passée?” demanda-t-elle, fixant Bella, en me jetant des
coups d'½il.
“Je me suis perdue, puis j'ai rencontré Edward” dit Bella, en me
montrant du doigt. Son ton était remarquablement calme. Comme si c'était
réellement tout ce qu'il c'était passé.
Elle devait être sous le choc. C'était la seule explication
rationnelle.
“Ca ne vous dérange pas si je me joins à vous” demandais-je -- pour
être poli. Je savais qu'elles avaient déjà mangé.
Oh mon Dieu, qu'est ce qu'il est beau! pensa Jessica, sa tête
soudainement confuse.
Angela n'était pas plus rationnelle. Nous n'aurions pas du manger.
Wow. Juste. Wow
Pourquoi ne pouvais-je pas faire cet effet à Bella?
“Euh... bien sur” acquiesça Jessica.
Angela fronça les sourcils. “En fait, Bella, nous avons mangé en
t'attendant” admit-elle. “Désolée”.
Quoi? La ferme! Protestait Jessica intérieurement.
Bella haussa légèrement les épaules. Tellement sereine. Définitivement
sous le choc. “C'est bon, Je n'ai pas faim.”
“Je pense que tu devrais manger quelque chose” m'opposai-je. Elle
avait besoin d'un peu de sucre dans le sang, même s'il sentait déjà assez
bon, je frémis. L'horreur allait s'abattre sur elle d'un moment à l'autre,
et avoir l'estomac vide ne l'aiderait pas. Elle s'évanouissait facilement,
je le savais par expérience.
Les filles ne seraient pas en danger si elles rentraient directement à
la maison. Elles, le danger ne les suivaient pas comme leur propre ombre.
Et je préférai être seul avec Bella -- tant que c'est ce qu'elle
voulait aussi.
“Ca ne vous dérange pas si je ramène Bella ce soir ?” Demandai-je à
Jessica avant que Bella ne puisse répondre. ”Comme ça vous n'aurez pas à
attendre le temps qu'elle mange.”
“Euh bien sur, pas de problème j'imagine...” Jessica jeta un long
regard à Bella, cherchant à savoir si c'était ce qu'elle voulait.
J'aimerai rester...mais elle le veut probablement pour elle seule. Qui
ne le voudrait pas? pensa Jess. Au même moment elle regardait Bella lui
faire un clin d'½il.
Bella, un clin d'½il ?
“Okay,” dit Angela rapidement, cherchant à s'éclipser rapidement
puisque ce devait être ce que Bella voulait. Et c'était le cas. “On se
voit demain, Bella...Edward.” Elle lutta pour prononcer mon nom
normalement. Puis elle attrapa la main de Jessica et commença à la tirer
en arrière.
Je devrais trouver un moyen de remercier Angela.
La voiture de Jessica était tout prés, sous les spots d'un lampadaire.
Bella les suivit prudemment du regard, un petite ride d'anxiété entre les
yeux, jusqu'à ce qu'elles soient dans la voiture, donc elle devait être
consciente du danger qu'elle avait courut. Jessica lui fait au revoir de
la main, et s'en alla, et Bella lui rendit son geste. Ce ne fut qu'une
fois la voiture disparut qu'elle prit une profonde inspiration et se
tourna pour me regarder.
“Franchement, je n'ai pas faim” dit-elle.
Pourquoi avait-elle attendu qu'elles soient parties pour le dire?
Voulait-elle vraiment être seule avec moi -- même maintenant, ayant
constaté ma furie meurtrière?
Que ce soit le cas ou pas, elle allait manger quelque chose.
“C'est ce qu'on va voir” dis-je.
Je tenais la porte du restaurant pour elle, attendant.
Elle soupira et entra.
Je marchai derrière elle vers les serveuses. Bella semblait toujours
maîtresse d'elle même. Je voulais toucher sa main, son front, vérifier sa
température. Mais ma main glacée la révulserait, comme auparavant
Oh mon Dieu, la voix de l'hôtesse extrêmement forte fit intrusion dans
mon inconscient. Mon Dieu mon Dieu.
Ca semblait être ma nuit pour tourner la tête. Ou est ce que je m'en
rendais compte parce que je voulais faire le même effet à Bella. Nous
étions toujours très attrayants pour nos proies. Je n'y avais jamais
autant pensé auparavant. D'habitude -- sauf avec des personnes telles que
Shelly Cope ou Jessica Stanley, qui semblaient imperméable à l'horreur --
la peur s'installait juste après la première réaction.
“Une table pour deux s'il vous plaît?” Lançai-je puisque l'hôtesse ne
parlait pas.
“Oh, euh, oui. Bienvenus à La Bella Italia.” Humm! Quelle voix! “S'il
vous plaît, suivez-moi.” Ses pensées étaient préoccupées, calculatrices.
Peut-être que c'est son cousin. Elle ne pourrait pas être sa s½ur, ils
ne se ressemblent vraiment pas du tout. Mais de la famille. Il ne peut pas
être avec elle.
Les yeux humains étaient flous, ils ne voyaient rien clairement.
Comment est ce qu'une femme à l'esprit si étriqué pouvait trouver mes
qualités physiques -- mes pièges à proies-- attractives, et pourtant
semblait incapable de voir la douce perfection de cette fille à côté de
moi?
Eh bien, pas besoin de l'aider, juste au cas où il serait ensemble,
pensa l'hôtesse nous emmenant vers une table familiale en plein milieu du
restaurant bondé. Est ce que je peux lui donner mon numéro pendant qu'elle
est là...?
Je tirai un billet du fond de ma poche. Les gens étaient
invariablement coopératifs dés qu'il s'agissait d'argent.
Bella était déjà en train de s'asseoir sans la moindre objection. Je
lui fis non de la tête, elle hésita, penchant la tête de curiosité. Oui,
elle allait être très curieuse ce soir. Une foule n'était pas le meilleur
endroit pour une conversation.
“Peut-être quelque chose d'un peu plus privé?” Lançai-je à l'hôtesse,
lui tendant l'argent. Ses yeux s'ouvrir sous l'effet de la surprise, puis
se plissèrent tandis qu'elle enroulait sa main autour du pourboire.
“Bien-sur.”
Elle jeta un regard au billet en nous accompagnant dans un coin isolé.
Cinquante dollars pour changer de table? Il est riche aussi.
Evidemment -- je paris que sa veste coûte plus cher que mon dernier
bulletin de paye. Merde. Pourquoi veut-il être en privé avec elle?
Elle nos offrit une table dans un coin tranquille du restaurant, d'où
personne ne pouvait nous voir -- voir les réactions de Bella quoi que je
puisse lui dire. Je ne savais pas du tout ce qu'elle attendait de moi ce
soir. Ou ce que je lui dirai.
Qu'avait-elle deviné? Quelle explication s'était-elle fabriqué pour
les événements de ce soir.
“Est ce que ça vous va?” demanda l'hôtesse.
“Parfait” lui répondis-je, légèrement agacée par le ressentiment
qu'elle avait envers Bella, je lui fis un grand sourire, toutes dents
dehors. Pour qu'elle voie qui j'étais.
Houa. “Euh... votre serveuse arrive tout de suite”. Il ne peut pas
être réel, je dois être en train de dormir. Peut-être qu'elle va
disparaître... peut-être que je devrais lui écrire mon numéro de téléphone
directement dans le plat, avec du ketchup...Elle s'éloigna, continuant de
chercher un moyen.
Bizarre. Bella n'était toujours pas effrayé. Je me souvins
soudainement d'Emmett, se moquant de moi à la cafétéria, voilà déjà
plusieurs semaines. Je parie que j'aurais pus l'effrayer plus facilement
que toi.
Est ce que je perdais mon talent?
“Tu ne devrais pas faire ça aux gens tu sais,” Bella interrompit mes
pensées d'un ton désapprobateur. “Ce n'est vraiment pas juste.”
Je fixai son expression critique. Que voulait-elle dire? Je n'avais
pas effrayé l'hôtesse, malgré mes intentions. “Faire quoi?”
“Les éblouirent comme ça -- elle est probablement en train
d'hyper-ventiler en cuisine maintenant.”
Hmm. Bella avait presque tout juste. L'hôtesse était à moitié
cohérente en ce moment, me décrivant à une de ses collègues. Elle avait
tout faux.
“Oh voyons” me secoua Bella tandis que je ne répondais pas
immédiatement. “Tu dois savoir l'effet que tu fais aux gens.”
“Je les éblouis?” C'était un moyen intéressant de le décrire. Assez
juste pour ce soir. Je me demandais quelle différence...
“Tu n'as pas remarqué?” demanda-t-elle toujours critique. “Tu penses
que tout le monde arrive à ses fins aussi facilement?”
“Est ce que je t'éblouis, toi?” Ma voix se fit curieuse
instantanément, et les mots sortis, c'était trop tard pour revenir en
arrière.
Mais avant que je n'aie eu le temps de regretter trop profondément mes
mots, elle répondit. “Fréquemment.” Et ses joues devinrent immédiatement
roses.
Je l'éblouissais.
Mon c½ur sans battement se remplit d'espoir comme jamais auparavant.
“Bonjour” lança la serveuse, se présentant. Ses pensées étaient
bruyantes, et plus explicites que celle de l'hôtesse, je l'effaçais.
J'admirai le visage de Bella au lieu de l'écouter, regardant le flux
sanguin s'étendre sous sa peau, ne remarquant pas à quel point cela
enflammé ma gorge, mais plutôt comme cela illuminait son visage, comment
cela effaçait son teint blanchâtre.
La serveuse attendait quelque chose de moi. Ah, elle voulait ma
commande de boisson. Je continuais à fixer Bella, et la serveuse se tourna
vers elle, presque irritée.
“Je vais prendre un coca ?” dit Bella, presque en quête d'approbation.
“Deux cocas” repris-je. La soif - la soif humaine - était un signe de
choc. J'allais m'assurer qu'elle ait le sucre du soda dans son système.
Elle avait l'air d'être en forme pourtant. Plus qu'en forme. Radieuse.
“Quoi ?” dit-t-elle - se demandant sûrement pourquoi je la fixais. Je
n'avais pas réalisé que la serveuse était partie.
“Comment te sens-tu ?” Demandai-je
Elle cligna des yeux, surprise par la question. “Ça va.”
“Tu ne te sens pas nauséeuse, ou malade, tu n'as pas froid ?”
Elle semblait encore plus perdue maintenant “Je devrais ?”
“Eh bien, en fait, j'attends le contrecoup”. Je lui souris à moitié,
attendant qu'elle me contredise. Elle ne voudrait pas que je m'occupe
d'elle.
Cela lui prit une minute de me répondre. Ses yeux ne semblaient pas
concentrés. Parfois, elle prenait cet air, quand je lui souriais.
Etait-elle...éblouie ?
J'aurais aimé le croire.
“Je ne pense pas qu'il y aura un contrecoup. J'ai toujours était très
bonne pour refouler les souvenirs déplaisant,”
Avait-elle enduré beaucoup de choses déplaisantes? Sa vie était elle
toujours aussi dangereuse?
“Quand bien même” lui dis-je. “Je me sentirai mieux lorsque tu auras
ingurgité un peu de sucre et de nourriture.”
La serveuse revint avec les deux cocas et une corbeille de pain. Elle
les mit en face de moi, et me demanda ce que j'avais choisit, essayant de
capter mon regard. Je lui indiquais qu'elle ferait mieux de demander à
Bella, puis m'obligeai à éteindre ses pensées. Elle avait un esprit très
vulgaire.
“Euh...” Bella jeta un coup d'½il rapide au menu. “Je prendrais les
raviolis aux champignons.”
La serveuse se tourna vers moi pleine d'espoirs. “Et pour vous?”
“Rien pour moi.”
Bella prit une expression insultée. Hmm. Elle devait avoir remarqué
que je ne mangeais jamais rien. Elle remarquait tout. J'oubliais toujours
de faire attention avec elle.
J'attendais que nous soyons seuls.
“Bois” insistai-je.
Je fus surpris qu'elle s'exécute immédiatement sans aucune objection.
Elle but jusqu'à ce que le verre soit complètement vide, donc, je lui
tendis le second coca, fronça les sourcils légèrement. Soif ou choc ?
Elle but encore un peu, puis trembla légèrement.
“Est ce que tu as froid ?”
“C'est juste le coca”, dit-elle tremblant de nouveau, ses lèvres
bougèrent lentement comme si elle allait se mettre à claquer des dents.
Le joli blouson qu'elle portait semblait trop fin pour la réchauffer
convenablement; il la moulait comme une seconde peau, presque aussi
fragile que la première. Elle était si fragile, si mortelle. “Tu n'as pas
de manteau ?”
“Si.” Elle regarda autour d'elle, un peu perplexe. “Oh - je l'ai
laissé dans la voiture de Jessica.”
J'enlevai mon blouson, espérant qu'il ne serait pas trop froid, à
cause de la température de mon corps. Cela aura été bien de pouvoir lui
offrir un manteau chaud. Elle me fixa, les joues devenant rouges à
nouveaux. Que pensait-elle maintenant ?
Je lui tendis la veste au dessus de la table, elle l'enfila, puis
trembla de nouveau.
Oui, ce serait vraiment bien d'être chaud.
“Merci” dit-elle. Elle prit une inspiration profonde, puis repoussa
les manches trop longues pour libérer ses mains. Elle reprit une longue
inspiration.
Est ce qu'elle se sentait à l'aise ? Sa couleur était toujours la
bonne; sa peau était crème, légèrement rosée en contraste avec le bleu
foncé de son t-shirt.
“Cette couleur bleue te va très bien au teint”, la complimentai-je.
J'étais juste honnête.
Elle piqua un fard, augmentant l'effet.
Elle avait l'air en forme, mais il n'y avait pas besoin de prendre de
risque. Je poussais le panier de pain dans sa direction.
“Vraiment” objecta-t-elle, devinant mes motivations. “Je ne vais pas
avoir de contrecoups.”
“Tu devrais pourtant - une personne normal en aurait un. Tu n'as même
as l'air ébranlée.” Je lui donnais un regard désapprobateur, me demanda
pourquoi elle ne pouvait pas être normale, puis si je voulais vraiment
qu'elle le soit.
“Je me sens en sécurité avec toi” dit-elle, ses yeux une nouvelle fois
emplis de confiance. Une confiance que je ne méritais pas.
Tous ses réflexes étaient faussés - inversées. C'était sûrement le
problème. Elle ne reconnaissait pas l